Coronavirus et détenus libérés : "Hors de question que mes parents confinés accueillent leur fils"

C’est une des mesures exceptionnelles prises avec cette crise du coronavirus : des détenus peuvent être libérés sous certaines conditions, afin de soulager le travail des gardiens et réduire les tensions qui règnent au sein des établissements pénitentiaires. Mais où seront accueillis ces détenus une fois dehors ? Le frère d’Hafida (prénom d’emprunt), Bruxelloise, a 53 ans. Multirécidiviste, purgeant une énième peine de prison depuis septembre 2018, il entre dans les critères pour quitter sa cellule. "L’administration pénitentiaire a demandé à mes parents de l’accueillir. Ce qu’ils ont accepté dans un premier temps. C’est leur fils. Mais ils ont depuis fait marche arrière", témoigne Hafida.

Mes parents sont âgés, ils ont une santé fragile

La raison : les parents d’Hafida, 72 ans pour la maman, 77 ans pour le papa, sont confinés à leur domicile, dans un logement social. Eux aussi se protègent contre le coronavirus. "Et on envoie mon frère chez eux, sans dépistage. On ne sait pas s’il est porteur du virus, il l’est peut-être", se demande Hafida.

"Cela fait 20 ans que mon frère ne vit plus chez mes parents. Aujourd’hui, ils sont âgés, ils ont une santé fragile", ajoute Hafida qui avec les autres membres de sa famille observe strictement les règles de distanciation sociale, même avec ses propres parents.

Sortir du confinement pour lui acheter des vêtements, trouver un logement

Cela, c’est pour l’aspect sanitaire. "Ensuite, mes parents n’ont pas de revenu si ce n’est une maigre pension. Si mon frère arrive, il n’aura pas de vêtements à sa taille. Il faudra donc sortir du confinement pour lui en acheter". Compliqué avec la fermeture des commerces non essentiels. Ensuite, "il faudra introduire sa demande de revenu d’intégration auprès du CPAS. Lui trouver un logement, mais pour l’instant c’est impossible. Et lui acheter des meubles, n’en parlons même pas. Cela fait des semaines que nous veillons à la sécurité de nos parents en leur interdisant de sortir. Un seul membre de la famille se charge de leur déposer les courses et nous les contactons uniquement via caméra. Et maintenant, on a vraiment l’impression que l’Etat se décharge de ses responsabilités sur les citoyens."

Pour Hafida, la problématique de la surpopulation des prisons n’est pas récente. "Alors pourquoi vouloir le régler en plein confinement si ce n’est pour affaiblir encore plus les plus faibles et culpabiliser nos aînés qui ne pourront pas prendre en charge leur enfant détenu et en les mettant en danger face à ce virus ?"

Réquisitionner des bâtiments ?

La solution ? "Je ne sais pas s’il y a une solution idéale. Mais ils auraient pu, comme pour les sans-abri, réquisitionner des immeubles pour répartir les détenus, sous surveillance policière. Et non pas les lâcher dans la nature comme ça ! Normalement, la sortie d’un détenu se fait avec un accompagnement. Mais aujourd’hui, nous sommes en confinement et il n’y a pas assez de personnel pour gérer cet accompagnement et son suivi. Je comprends les agents du SPF justice et des prisons qui sont en sous-effectifs depuis longtemps et qui sont face au risque et sans réelle protection. Mais ce n’est au citoyen à palier cette faille du politique."

La famille a toujours le droit de refuser

Kathleen Van de Vijver, porte-parole au SPF Justice, explique : quand un détenu entre dans les conditions de libération provisoire, "le service social prend contact avec l’adresse d’accueil. La famille a alors le droit d’accepter ou a toujours le droit de refuser". Dans le cas d’un refus, "la libération n’est pas possible et nous recherchons d’autres solutions, soit via le CPAS local ou une maison d’accueil". De plus, un détenu testé positivement au Covid-19 n’est pas libéré, assure la porte-parole, mais "mis à l’isolement médical".

Cet épisode a de toute manière été mal vécu par sa famille. Elle utilise une expression forte : "On a l’impression qu’on envoie la mort à nos parents. L’Etat nous retourne les uns contre les autres comme une arme mortelle. Il est hors de question que mon frère puisse poser un pied chez mes parents. On sécurise nos parents, on sécurise nos enfants. Ce n’est pas parce que le SPF a décidé de désengorger nos prisons qu’on va mettre nos aînés en danger."

Douze détenus positifs

A noter que douze détenus au total et 57 membres du personnel ont été testés positivement au nouveau coronavirus dans les prisons belges, indique lundi le directorat général de l'administration pénitentiaire. La semaine dernière, deux prisonniers supplémentaires ont été testés positifs au Covid-19, portant le total jusqu'ici à 12.

Onze de ces détenus se trouvent au centre médical de la prison de Bruges, le douzième a été transféré dans un hôpital bruxellois, en dehors du périmètre pénitentiaire. La semaine dernière, on a enregistré 10 nouveaux cas auprès des gardiens et du personnel administratif, ce qui porte le total à 57 contaminations au sein du personnel jusqu'à présent.

Dix-neuf d'entre-eux sont néanmoins déjà guéris. On dénombre également 49 personnes présentant des symptômes du Covid-19 placées en isolation, en attente des résultats de leur test. L'administration pénitentiaire précise qu'elle dispose du matériel suffisant pour effectuer les tests. "Tous ceux qui devaient être testés l'ont été", affirme la porte-parole Kathleen Van De Vijver.

 

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