Coronavirus et confinement : les Belges toujours plus inégaux pour l'accès à un ordinateur et internet

La fracture numérique au temps du coronavirus
La fracture numérique au temps du coronavirus - © LightFieldStudios - Getty Images/iStockphoto

On le savait déjà avant la crise du coronavirus, mais le confinement actuel met encore plus en évidence la fracture numérique que vit une partie de la population.


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À l’heure où le télétravail et les cours à distance sont devenus la règle pour de nombreux citoyens, les témoignages directs ou indirects montrent que l’accès aux outils numériques n’est pas encore garanti à tous.

Des témoignages

Les situations sont diverses. Certains ont un ordinateur à la maison, mais ils doivent le partager avec tous les membres de la famille (parents en télétravail et les enfants pour les cours).

Exemple d’un message reçu cette semaine : "Dès le petit-déjeuner, avant même la vaisselle terminée, le bruit des disputes pour avoir le droit d’utiliser notre nouveau meilleur ami résonne dans l’appartement. 'C’est toi qui as commencé à travailler hier !', 'Mais je n’ai pas terminé mon devoir de chimie !', 'Ce n’est pas juste, je suis le plus petit !'. Une fois la vaisselle expédiée, moi aussi j’ai besoin de ce PC et en plus aujourd’hui il y a une réunion via Skype…".

D’autres n’ont tout simplement pas d’ordinateur. Et puis, il y a ceux qui ont un ordinateur, mais qui n’ont pas de connexion à internet à la maison (en temps normal ils utilisent le wi-fi de l’université ou de l’internat).

Il doit visionner par capture d’écran

Exemple à nouveau avec ce témoignage envoyé par un père inquiet : "Un cours donné à l’ULB prend 3 heures d’étude à Germain. Mais par vidéo, ce même cours prend jusqu’à 9 heures. Il doit visionner par capture d’écran. Ceci chez sa grand-mère à Malonne. Chez nous, pas de connexion fixe. Les montants demandés par les opérateurs sont excessifs pour un raccordement. (Proximus : 1500 euros) et ce pour une connexion non fiable dans notre village près de Houyet. Le confinement ne permet pas de se rendre chez des amis pour étudier. Je vais contacter la commune de Houyet pour essayer d’avoir un espace de travail à disposition".

Pour tous ces jeunes, du fondamental aux études supérieures, suivre des cours en cette période de confinement n’est pas une mince affaire. Et elle ne l’est pas non plus pour les instituteurs et professeurs qui ont parfois du mal à garder le contact avec l’ensemble de leurs élèves et étudiants.

4% des étudiants dans le supérieur en situation de fracture numérique

Les universités sont conscientes de cette réalité. Un professeur de l’ULB précise : "Les universités réfléchissent à des solutions".

Une professeure de l’université Saint-Louis confirme aussi que le sujet est régulièrement abordé par le corps enseignant et elle explique que pour ses cours par exemple : "Consciente que tous les étudiant.e.s ne peuvent pas suivre mes cours en direct, je les enregistre pour qu’ils puissent les télécharger lorsqu’ils peuvent le faire".

Les questions sont nombreuses : l’étudiant a-t-il un ordinateur et si oui est-il assez puissant pour de la vidéoconférence, a-t-il un accès à internet à toute heure, etc. ?

Tout cela dans un contexte où les universités ont déjà annoncé que les cours à distance seraient maintenus jusqu’à la fin de l’année académique.

À la FEF, la fédération des étudiant.e.s francophones on connaît bien cette situation. Chems Mabrouk, la présidente nous explique qu’une récente étude auprès de 13.000 étudiants montre que 4% d’entre eux sont en situation de fracture numérique.

La fracture numérique, à nouveau, s’exprime sous différentes formes. Ce sont des étudiants qui n’ont pas un ordinateur ou alors qui ont une machine, mais pas assez puissante pour suivre des cours en ligne.

Enfin, on l’a vu plus haut, certains n’ont pas un accès à internet en ce moment.


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Des initiatives

La fracture numérique n’est pas un phénomène que l’on découvre aujourd’hui. Des entreprises ou des associations proposent des solutions. Certaines pour tous les publics, d’autres uniquement à destination des étudiants.

Le premier exemple est celui d’Oxfam. Frédéric Van Hauteghem est le responsable commercial pour les activités de seconde main.

Il nous explique que l’ONG collecte toute l’année auprès d’entreprises privées ou publiques du matériel informatique qui n’a pas plus de 4 ou 5 ans. Ces appareils sont ensuite testés, les données sont effacées et un nouveau système (Linux ou Windows, ndlr) est installé. Les ordinateurs sont ensuite vendus dans les magasins à des prix abordables.

Ces machines sont destinées à un public varié. L’ONG explique qu’elle travaille aussi avec des CPAS qui accordent dans le cadre de mesures contre la fracture numérique des chèques de 100 euros pour acheter un ordinateur.

Un montant suffisant, nous explique Frédéric Van Hauteghem : "Nous avons toujours une configuration complète pour 100 euros spécifiquement pour ce public fragilisé".

Mais aujourd’hui, comme de nombreux magasins ou entreprises, dans le cadre des mesures de confinement, Oxfam a fermé ses magasins et entrepôts. L’organisation explique qu’elle est sensible à ce qui se passe actuellement et qu’elle dispose encore d’un stock d’ordinateurs (150 portables et autant de tours) prêts à être utilisés.

Les renseignements sont pris avec d’éventuels partenaires capables d’identifier le public le plus vulnérable et qui pourraient ensuite le distribuer. À l’heure de cet entretien, tout n’était pas encore réglé, mais l’ONG a bon espoir que cela puisse se faire.

Beaucoup de demandes

Autre initiative, déjà active en Flandre, celle de l’association Digital4Youth. Une collaboration entre DNS. be, chargé des noms de domaine en Belgique et de l’entreprise sociale Close the Gap. "Avec la crise du coronavirus, nous explique Philippe Dubois, le président du conseil d’administration, on fait face à beaucoup de demandes en ce moment de la part d’étudiants qui n’ont pas d’ordinateurs".

L’association dispose actuellement d’un millier d’ordinateurs, mais cela n’est pas suffisant pour toute la Belgique. L’ASBL espère récupérer 10.000 machines et elle fait donc appel aux entreprises qui souhaitent se séparer d’un parc informatique.

Pour remettre à neuf ces ordinateurs, Digital4Youth a aussi besoin de fonds. Elle a déjà récolté depuis ses débuts 400.000 euros et espère encore des dons à hauteur de 600.000 euros. Côté néerlandophone, la distribution des machines est organisée par les écoles et universités. L’association espère mettre rapidement en place un circuit similaire côté francophone.

Pas suffisant

Troisième initiative dont nous avons entendu parler, celle de l’ASBL Droit et Devoir à Mons. Cette association récolte également les ordinateurs dans les entreprises pour les remettre à neuf.

En cette période de confinement, l’association propose de prêter gratuitement un ordinateur portable aux étudiants de l’U-Mons qui en font la demande, afin qu’ils puissent suivre leurs cours à distance.

L’ASBL dispose de 200 ordinateurs, mais elle sait très bien que cela n’est pas suffisant et elle demande donc aussi aux entreprises souhaitant se séparer d’un parc informatique de la contacter.

Enfin, Molengeek, consciente également des difficultés du moment, se mobilise aussi. Outre, des formations proposées aux enseignants en matière de Ealerning, l’association lance elle aussi un appel aux dons à l’attention des entreprises pour récupérer un maximum d’ordinateurs pour les jeunes les plus fragilisés. Selon l’association bruxelloise, la demande actuelle s’élève déjà à plus de 200 ordinateurs, mais cela ne semble qu’un début.

Sujet du JT du 25/03/2020 – Les vidéos partagées des Belges en confinement

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