Coronavirus et confinement: la classe à la maison, difficile et inégalitaire


"Juliette, troisième fois, peux-tu t’installer ! Il est où le dossier que t’a donné Jeanne ? ! Il faut que tu te mettes au travail pour l’école ! ". A quelques variantes de prénoms près, cet air résonne déjà dans pas mal de salons et de cuisines depuis le début du confinement. Quand il ne fait pas trembler les murs...

10 jours déjà que la cloche ne sonne plus… Dans chacun des foyers de Belgique c’est évidemment une autre dynamique qui s’est installée.


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Alors, bien sûr, il y a des aspects positifs : plus de réveil pénible, plus de courses contre la montre pour "s’habiller-se laver les dents-avaler le petit déjeuner-préparer les collations- où est ta tenue de gym ??-prendre le cartable-arriver à l’heure à l’école"… ouf !

Mais la gestion de la classe à domicile n’est pas toujours simple pour des parents… souvent eux-mêmes en télétravail.

 

J’ai l’impression que les inégalités éclatent au grand jour

Chez Géraldine, Renaud, Sasha et Alexis, comme dans beaucoup de famille, il a fallu mettre en place un horaire afin de permettre à tout le monde de travailler plus ou moins en paix. Mais la cohabitation télétravail-enfants à scolariser à la maison n’est pas simple.

"Pour moi cette expérience ne peut être positive que si toutes les conditions de disponibilité et de conforts matériel et technologique sont réunies", constate la mère de famille. "Malheureusement, ce n'est pas le cas de nombreuses familles. J’ai l’impression que les inégalités éclatent au grand jour".

Le réel apprentissage, c'est aussi le contact avec les autres

Le plus difficile pour ces parents confinés transformés en professeurs particuliers tient aussi dans l'absence de formation pédagogique.

Si se replonger dans les divisions des nombres décimaux ou dans les conjugaisons de l'imparfait, réveille parfois de très lointains souvenirs, appréhender les matières enseignées en cinquième primaire, voire en quatrième secondaire ou en rhéto, reste un véritable défi.


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"Vous l’aurez compris, j’attends avec impatience la reprise de l’école et le retour à une vie sociale normale", plaisante Géraldine Georges.

Alexis, est en 5e primaire. Il sait  qu'il ne peut pas demander pour jouer pendant les périodes de travail. Il s'accroche et s'applique.

La journée du jeune garçon est jalonnée d'objectifs, entre travaux et découvertes que lui a fait parvenir son institutrice. Tout cela entrecoupé de récrés et de pauses pour manger et se défouler.

On n'a pas eu le temps de se préparer. Ni de préparer nos élèves

Pour le corps enseignant aussi, ce confinement inédit est bien particulier. Jeanne Delhausse, institutrice dans une classe de 5-8 ans à l’école Clair-Vivre d’Evere, trouve tout cela très étrange : "En particulier parce qu’on n’a pas réellement eu le temps de se préparer, de les préparer, de préparer les supports nécessaires pour garder le lien entre eux et avec eux", explique-t-elle.

Jeanne est institutrice, elle entretient un contact virtuel étroit avec ses élèves

Si l’institutrice espère que ses petits élèves trouveront dans leur vie confinée de quoi progresser et apprendre, elle est aussi inquiète du temps qui s’écoule loin des bancs d’école : "Je suis inquiète pour la suite, en particulier pour les enfants dont les parents ne maîtrisent pas la langue d’apprentissage ou ceux qui n’ont pas la possibilité de soutenir leurs enfants dans leurs progrès. Je suis inquiète pour les enfants qui démarrent en lecture et qui n’auront peut-être pas l’occasion de lire à la maison. Je suis inquiète pour l’écart qui va se creuser encore plus entre les enfants qui sont suivis et soutenus et ceux qui le sont moins".

Mes élèves appellent cela des "vacances de travail"

Une fois revenus en classe, tous trouveront sans aucun doute de belles choses à en tirer, ensemble, en partageant les expériences de chacun.

Reste à savoir quand ce moment arrivera.


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"Je pense, j’espère que les enfants arriveront à tirer de belles choses de cette expérience compliquée", confie Jeanne Delhausse. "J’espère surtout qu’ils comprendront, avec ces 'vacances de travail"'– comme disent certains enfants de la classe – qu’apprendre ça peut venir de n’importe où et que, même si on leur demande de continuer à lire, à écrire, à calculer un peu tous les jours, ce qui est important aussi c’est la façon dont ils vont accepter de s’ennuyer ou au contraire, la façon dont il vont s’occuper, inventer, apprendre par eux mêmes".

Rythme intense

Sasha est en première latine à l'Athénée Adolphe Max à Bruxelles. Et elle travaille plusieurs heures par jour, peut-être davantage encore que pendant les périodes de cours. 

Studieuse, Sasha a même du travail à domicile en gym et en dessin. Le rythme est intense.

Les écoles ne sont pas censées donner de nouvelles matières, mais on voit dans les faits que les professeurs s’attendent à ce que les élèves aient réalisé tout ce qu’il leur est demandé pour... la rentrée scolaire. Au risque de se faire sanctionner.

Après 10 jours de classe à domicile, certains parents tresseraient bien des couronnes de laurier aux enseignants ! Ou, mieux : leur donneraient le Prix Nobel !

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