Coronavirus: entre AstraZeneca et l'Europe, la rupture de confiance est commerciale, pas scientifique

C’est la rupture de confiance entre la firme pharmaceutique AstraZeneca et les instances européennes. La Commission européenne pourrait ne pas signer de nouveau contrat avec le laboratoire anglo-suédois. Même si aucune décision n’a encore été prise, c’est ce qu’a laissé entendre le commissaire européen au Commerce intérieur, Thierry Breton. Dans l’émission de nos confrères de la VRT "De zevende dag", Didier Reynders, son homologue belge, commissaire européen à la Justice, a abondé dans son sens : "Nous avons un réel problème avec AstraZeneca. Il y a un manque de confiance. Il est donc impossible désormais d’acheter ce vaccin."

Jusqu’au mois dernier, AstraZeneca avait livré environ 30 millions de doses alors qu’elle aurait dû en livrer plus de 100 millions. Pour le deuxième trimestre, la firme prévoit de livrer 100 millions de doses, soit bien moins que les 300 millions qu’elle s’était engagée à fournir. La Commission a introduit un recours en référé devant le Tribunal de Première Instance de Bruxelles.

"Ce non-renouvellement de contrat n'a aucun impact sur notre campagne de vaccination. Nous avons acheté 7,5 millions de doses et les doses ne sont planifiées que quand nous les recevons": insiste notre ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, "Toute personne qui a reçu une première dose recevra donc bien la deuxième."

Des différends liés aux livraisons des vaccins AstraZeneca pas à leur efficacité

Rupture de confiance, faut-il s’en inquiéter ? Sabine Stordeur, Co-Responsable de la Task force vaccination chez nous met les points sur les "I": "Les différends entre Europe et AstraZeneca sont liés la stabilité des livraisons, au respect des engagements commerciaux par la firme. Ils ne mettent absolument pas en doute les caractéristiques d’efficacité du vaccin ou sa sécurité. Les arguments européens ne sont pas d’ordre scientifique mais d’ordre commercial."

Et d’en profiter pour rappeler que l’efficacité de ce vaccin deux semaines après la deuxième dose est d’environ 90%, des résultats proches de ceux des vaccins Pfizer ou Moderna. Même si, après les premiers essais cliniques, l’efficacité était moindre (+ /- 70%), des études menées depuis en Angleterre et en Ecosse, montrent que cette efficacité avoisinait bien les 90%. Selon elle, ce vaccin protégerait très bien les personnes contre les risques de formes sévères de la maladie, les risques d’hospitalisation et les décès.

Va-t-on encore administrer des premières doses ?

Sabine Stordeur explique : "Vu les prévisions de livraison, cette semaine 72.000 doses, la semaine prochaine 82.000 doses et l’accélération à 370.000 doses la semaine du 24 mai, nous continuerons à donner des premières doses au plus de 41 ans. Le réservoir potentiel de personnes à vacciner va doucement s’épuiser. Au mois de juin, les premières doses ne seront plus administrées."

Y aura-t-il assez de vaccins pour toutes les 2es doses ?

La responsable de la gestion de la vaccination est sereine : "Il y aura clairement un ralentissement des vaccinations en premières doses ces prochaines semaines et alors les Régions vont utiliser les livraisons essentiellement pour les deuxièmes doses. Aujourd’hui, 980.000 personnes ont reçu une première dose d’AstraZeneca, les deuxièmes doses commencent à être injectées depuis la semaine dernière. A ce jour, 2500 personnes ont reçu les deux doses. Aucune crainte à avoir donc pour la deuxième dose, nous allons poursuivre tout au long du mois de mai mais aussi en juin, juillet et août, comme cela était initialement prévu au calendrier."

Délais raccourcis entre les deux doses à Bruxelles et bientôt dans tout le pays

La Task Force vaccination confirme que l’option de raccourcir le délai entre les deux doses de 12 à 8 semaines, prise à Bruxelles, est envisageable pour les autres Régions et intéressante pour accélérer le rythme des vaccinations à la veille de l’été. Ici, ce ne serait pas l’argument scientifique qui prévaudrait mais l’argument organisationnel. L’efficacité du vaccin avec une deuxième dose à 8 ou 12 semaines serait identique. L’option permettrait d’écouler les stocks d’AstraZeneca qui vont arriver en juin, plus rapidement. Les 8 semaines entre deux doses, devraient recevoir le feu vert de la conférence interministérielle, cette semaine et s’appliquer ensuite dans tout le pays.

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