Coronavirus en France : le professeur Raoult accusé d'avoir tenu des propos qualifiés d'"infamants" et de "calomnie"

Coronavirus en France : le professeur Raoult accusé d'avoir tenu des propos qualifiés d'"infamants" et de "calomnie"
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Coronavirus en France : le professeur Raoult accusé d'avoir tenu des propos qualifiés d'"infamants" et de "calomnie" - © THOMAS COEX - AFP

Propos "infamants" qui relèvent de la "calomnie" et "semblent s'apparenter à un faux témoignage": les déclarations du controversé professeur Didier Raoult devant la commission d'enquête de l'Assemblée natioale sur le Covid-19 font l'objet de lourdes accusations d'organismes publics.

Elles sont respectivement portées par le Conseil scientifique chargé d'éclairer le gouvernement pendant l'épidémie, la Haute autorité de santé (HAS) et l'AP-HP (Hôpitaux de Paris), dans trois courriers à l'Assemblée nationale obtenus par l'AFP.

Tous trois mettent en cause des déclarations du Pr Raoult, fervent autant que controversé défenseur de l'hydroxychloroquine, lors de son audition par les députés de la commission d'enquête le 24 juin.

Des procédures contre le professeur Raoult?

"On ne va pas réagir à des polémiques. S'il y a des questions précises, nous nous ferons un plaisir d'apporter des éléments sur ce que nous avons affirmé", a commenté l'entourage de Didier Raoult.

D'éventuelles procédures basées sur ces accusations ne peuvent être exercées qu'à la requête de la présidente de la commission ou, lorsque le rapport de la commission aura été publié, du Bureau de l'Assemblée.

Le Conseil scientifique et la HAS contestent plus particulièrement des accusations de conflits d'intérêts portées par le directeur de l'IHU Méditerranée-Infection de Marseille.

"Les membres du Conseil scientifique Covid-19 considèrent ses propos et insinuations comme infamants et dépourvus de fondements", écrit le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, dans une lettre datée du 30 juin.

Cette missive est adressée à la présidente de la commission, Brigitte Bourguignon (LREM), son rapporteur, Eric Ciotti (LR), et au président de l'Assemblée, Richard Ferrand.

Selon le Pr Delfraissy, le Pr Raoult a fait preuve d'une "certaine forme d'intention de tromper" les députés en "entretenant de manière répétée une confusion entre les notions pourtant bien distinctes de liens et de conflits d'intérêts".

"Outranciers"

Certains membres du Conseil ont bien des liens d'intérêts avec "des entreprises du médicament", écrit-il, en rappelant que cela fait l'objet de "déclarations publiques".

Mais cela s'explique par leur participation "à des activités de recherche ayant pour objectif l'innovation thérapeutique, par exemple sur l'hépatite C, Ebola ou les virus grippaux", fait-il valoir.

"Les membres du Conseil scientifique souhaitent vous faire part de leur vive réprobation à l'endroit d'allégations sans fondement tenues par le Pr Raoult pourtant sous serment, ainsi que de propos manifestement outranciers dont les intentions et les prétentions ne lui semblent plus guère relever du registre de la science", conclut la lettre du Pr Delfraissy.

Le Pr Raoult avait brièvement fait partie du Conseil scientifique créé le 11 mars, avant de le quitter.

Dans un courrier distinct daté du 1er juillet et adressé à Richard Ferrand, la présidente de la HAS, Dominique Le Guludec, conteste aussi des propos du Pr Raoult sur les conflits d'intérêts.

"Affirmer devant la représentation nationale, de manière vague et non étayée, que la HAS est soumise à "des conflits d'intérêts très sérieux", relève de la calomnie", écrit la Pr Le Guludec dans cette lettre..

"Je ne saurais accepter que la réputation de la Haute autorité de santé, son sérieux et son intégrité soient remis en cause avec une telle légèreté à l'occasion d'un moment aussi important qu'une audition par les parlementaires", conclut-elle.

Deux passages sont contestés

Mercredi, l'AFP s'était procuré un premier courrier adressé au président de l'Assemblée par le patron de l'AP-HP, Martin Hirsch.

Il contestait deux passages de l'audition du Pr Raoult: d'une part, une estimation des taux de décès de malades en réanimation, et de l'autre, des propos sur un patient chinois de 80 ans hospitalisé à Paris fin janvier et qui était décédé mi-février (c'était la première mort du Covid-19 officiellement enregistrée hors d'Asie).

"Ces déclarations, qui mettent gravement en cause l'AP-HP, faites sous serment, me semblent s'apparenter à un faux témoignage", accusait Martin Hirsch.

Sollicité par l'AFP, l'entourage du Pr Raoult avait maintenu ses déclarations, en renvoyant notamment à un document "de la cellule de crise de l'AP-HP du 14 avril" pour les chiffres de mortalité.

Le professeur Didier Raoult auditionné par la commission d'enquête covid, le 24 juin (extrait)

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