Coronavirus: en cas d'hospitalisation, moins de chances pour les personnes handicapées ?

En cas d'hospitalisation : moins de chances pour les personnes handicapées, s'il faut choisir entre deux patients?
En cas d'hospitalisation : moins de chances pour les personnes handicapées, s'il faut choisir entre deux patients? - © MARCO BERTORELLO - AFP

C’est un message publié sur Facebook par la maman d’une jeune fille handicapée qui pose question : "Infirmière et surtout maman d’une handicapée de 25 ans que l’on vient de tester car état général inquiétant. J’ai appris par un médecin que si elle faisait un problème, on ne la réanimerait pas car elle est handicapée".

Ce que l’on lit sur le profil Facebook d’Anne-Françoise Henri Steinwehe Legros, c’est le coup de gueule et l’inquiétude d’une maman.

Sa fille, Séverine présente les symptômes du Covid-19. La jeune fille est autiste profonde, ce qui la rendrait non prioritaire aux yeux du corps médical, comme l’explique la maman : "On m’a signalé que si l’état de Séverine se détériorait, elle n’était pas dans les conditions pour qu’on la réanime. J’ai été écœurée. Quand on creuse, on nous explique que, s’il y a deux personnes malades, s’il n’y a qu’une place en réanimation, on ne choisira pas les personnes handicapées, ni les personnes âgées, les personnes fragiles". 


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Un cas pas isolé

Le cas de Séverine ne serait pas isolé. Le Conseil supérieur national des personnes handicapées a reçu de nombreux témoignages similaires.

Et pour ce conseil, le handicap ne doit pas être un critère de sélection. "Il ne peut pas être le critère. Cela n’est pas un critère de tri. Le problème de la santé, de l’état de santé de la personne, ça oui. Ça, c’est un point à prendre en considération, mais pas le handicap", explique Gisèle Marlière, la présidente du Conseil supérieur national des personnes handicapées.

L’hospitalisation des personnes handicapées est une problématique parfois délicate, en fonction de la nature du handicap, de l’état de santé du patient et aussi, en fonction de la situation de l’hôpital, de ses capacités et de celles de son personnel soignant. 

Les médecins sont démunis par rapport au handicap

Nicolas Mary dirige les Pilotis, une structure d’accueil pour personnes handicapées, à Bruxelles. Certains de ses pensionnaires ont dû être hospitalisés dans le cadre de l’épidémie de coronavirus. Ils ont reçu les soins qu’ils étaient en droit de recevoir mais il se demande si cela aurait toujours été le cas : "Nous n’avons pas eu le sentiment lors de l’hospitalisation que nos habitants n’étaient pas prioritaires. Mais c’était au début de la crise. Ces personnes ont été prises en charge comme n’importe qui : ambulance, urgences, scanner des poumons pas bons, et hospitalisation. Ils les ont renvoyés après 1 semaine, parce qu’il n’y avait plus de place, et qu’ils préféraient prendre les cas plus urgents.

Ce sont des personnes avec qui il est possible de communiquer. Je me demande comment cela se serait passé pour une personne autiste. Les médecins sont démunis par rapport au handicap. Un jour, une de nos pensionnaires a eu un grave problème gynécologique et le gynécologue de l’hôpital a refusé de s’en occuper ".

En cas de choix à faire entre patients, les hôpitaux ont des critères à respecter

Du côté du corps médical, on tient à repréciser le cadre général qui devrait prévaloir au cas où, faute de place dans un service comme les soins intensifs, il faudrait choisir entre les patients. Actuellement, les hôpitaux belges n’ont pas encore eu à faire de choix.

Mais si cela devait arriver, l’objectif de ces choix serait clair : sauver les patients avec les chances de survie le plus élevées. C’est ce qu’explique Philippe Devos, le président de l’Association belge des syndicats médicaux, l’Absym : "Les critères de sélection sont basés sur les chances de survie. On a des grilles de décision, en cas de catastrophe, qui sont définies depuis plus de vingt ans. Ces grilles se basent sur un certain nombre de critères. Par exemple, un des critères, c’est une atteinte neurologique sévère et irréversible. Si vous êtes dans un état proche du coma, comme Michael Schumacher, vous ne serez pas prioritaire aux soins intensifs, même si vous vous appelez Michael Schumacher. On prendra quelqu’un d’autre qui a plus de chances de survie à long terme".

Pour éviter de devoir poser ces choix, l’Absym demande de l’aide au gouvernement…

Elle veut des moyens supplémentaires comme des médicaments.

Cela permettra de traiter un plus grand nombre de patients et donc d’éviter de devoir sélectionner les patients.

Un appel à l’aide partagé par les associations qui aident les personnes handicapées.

Reportage dans notre 19h30 de ce lundi 13 avril:

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