Coronavirus en Belgique : stimuler le nerf vague pour mieux traiter les "covid longs"

Melvin a 25 ans, et a attrapé le covid-19 à la mi-mars. Au début, les symptômes étaient classiques : grosse fatigue, nez qui coule… et soudainement ça s’est aggravé. "Ça me brûlait vraiment partout, raconte-t-il. Je me suis retrouvé à terre dans la cuisine. C’était vraiment un cauchemar ce que j’ai vécu." Une crise qui a duré plus d’un mois.

Melvin fait partie des personnes qui ont développé un syndrome de 'covid long' : par périodes, des symptômes s’en vont et reviennent, chaque fois différents, parfois inquiétants, comme de la tachycardie. "En septembre, je suis allé en cours, mais je n’ai tenu que deux heures", témoigne le jeune homme, qui est en troisième année. Le 'covid long' concernerait un quart, voire un tiers des infections.


►►► À lire aussi : La fatigue persistante est fréquente après la Covid-19, selon une étude


A court d’idées pour atténuer ses douleurs, Melvin a fait partie des 20 patients volontaires, des jeunes actifs en bonne santé avant d’être infectés, qui ont été traités par un groupe de recherche de l’ULB, avec une méthode innovante : la stimulation transcutanée du nerf vague. Leur travail se base sur une hypothèse : le syndrome de 'covid long' serait lié à une poursuite "à bas bruit" du syndrome hyperinflammatoire, appelé 'orage cytokinique' qui marque la phase aiguë de la maladie.

Dès lors, les chercheurs ont tenté d’appliquer une méthode déjà utilisée dans des maladies inflammatoires, comme l’arthrite rhumatoïde : stimuler le nerf vague, un nerf crânien aux multiples tâches, à la fois sensorielles, cardiaques, digestives ou même phonologique. Les chercheurs le stimulent là où il est accessible, c’est-à-dire au niveau de l’oreille, par un courant électrique, une fois par jour pendant vingt jours. "Cela permet de diminuer au niveau sanguin les facteurs inflammatoires", explique Paul Verbanck, professeur en médecine interne et neuropsychiatrie à l’ULB, et initiateur de l’essai clinique baptisé 'Neurocov'.

Toutes les évaluations montrent que toutes les personnes vont mieux

Pour analyser le problème, le groupe de recherche a établi une liste des symptômes qui revenaient le plus souvent. "C’était la fatigue, les douleurs thoraciques, les difficultés respiratoires", explique Florence Burton, chercheuse chez Human Waves Clinic. A chaque première séance avec un patient, les chercheurs ont fait une anamnèse complète, c’est-à-dire le récit des antécédents du patient, et ont déterminé les symptômes à suivre pour chacun.

Les résultats sont encourageants, estime Paul Verbanck. "Toutes les évaluations montrent que toutes les personnes vont mieux", se réjouit-il. "Chez chaque patient, il y a vraiment une amélioration, que ce soit au niveau de la fatigue, de la concentration, et on remarque qu’ils ont moins la nécessité de faire des siestes ou de couper leur travail", renchérit. Les douleurs thoraciques ont également diminué, comme les essoufflements. "Une majorité s’est vraiment améliorée chez chaque patient", conclut la chercheuse. Paul Verbanck admet toutefois que ce sont des "critères subjectifs", puisque tout se base sur les dires et ressentis des patients.


►►► À lire aussi : Yves Van Laethem : "Tout symptôme viral ressenti dit grippal habituellement est probablement lié au coronavirus"


Ces résultats donnent de grands espoirs, même si Paul Verbanck veut rester mesuré. "Nous avons fait une étude sur deux semaines, donc nous n’avons pas la prétention de croire que nous guérissons toute personne en deux semaines, note-t-il. Mais ça nous apparaît comme un outil thérapeutique extrêmement puissant et intéressant, qui doit être exploité dès maintenant en clinique". Il rappelle d’ailleurs que cet outil est accessible : "nous ne l’avons pas inventé, il est disponible mais il faut apprendre à l’utiliser."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK