Coronavirus en Belgique : soins intensifs, réanimation… Quelle est la situation des personnes hospitalisées en raison du Covid-19 ?

Six mois après le début de l’épidémie de covid-19 en Belgique, où en sont nos hôpitaux ? Après avoir pris de plein fouet une pandémie dont personne n’imaginait l’ampleur, le secteur hospitalier semble avoir encaissé le coup. Au 16 septembre, Sciensano rapportait que 353 lits d’hôpitaux étaient occupés dans le pays, contre 5635 le 10 avril, au plus fort de l’épidémie.

Même si la courbe augmente, elle semble maîtrisée, comme l’explique Frédéric Dubois, chargé de communication au CHU de Charleroi : "ce mercredi, on compte trois patients hospitalisés en unité Covid, dont un seulement en soins intensifs. Quatre cas suspects n’ont pas encore été confirmés." Des chiffres qui sont loin de la première vague : le 6 avril, 97 patients étaient hospitalisés, dont 17 en soins intensifs !

Quid en termes de proportion ?

La proportion de ces cas les plus graves est toutefois sensiblement la même en ce mois de septembre qu’elle l’était lors du pic d’avril. Au 16 septembre, 74 des lits d’hôpitaux occupés sont en unité de soins intensifs (USI), soit 21% du total des lits. 39 d’entre eux (11%) nécessitent toujours une assistance respiratoire, et 7 (2%) ont besoin d’une oxygénation par membrane extra-corporelle (ECMO). En avril, 1262 lits USI étaient occupés sur 5636 lits au total, soit environ 22%. 981 patients (17%) étaient sous assistance respiratoire, et 48 (0,8%) avec une ECMO. On remarque donc une nette diminution des patients sous assistance respiratoire parmi l’ensemble des personnes hospitalisées.

Toutefois, la situation sanitaire et la capacité d’absorption des hôpitaux sont loin de celle du mois d’avril, lors du pic de l’épidémie. Du côté de Charleroi, on estime n’avoir "jamais été submergés" : "Au maximum, nous avons eu 60 à 70% d’occupation, note Frédéric Dubois. En août, nous avons eu un pic à 20 patients hospitalisés, dont 3 aux soins intensifs." Il rappelle que Sciensano oblige les hôpitaux à garder 25% de leurs moyens en unité covid. "Ces unités ne sont jamais fermées", affirme le porte-parole.

Des capacités réduites

Par ailleurs, l’activité des hôpitaux n’est évidemment pas la même que pendant le pic de l’épidémie. "L’activité est repartie, les opérations non urgentes qui avaient dû être repoussées ont pu être programmées et pour ce qui est des lits en unités de soins intensifs, nous sommes face à un retour à la normale", indique Yves Van Laethem, porte-parole du centre interfédéral de crise.

En fait, avec l’amélioration de la situation sanitaire des unités covid-19 qui avaient été mises sur pied à la hâte et qui avaient mobilisé la très grande majorité des capacités des structures hospitalières ont été supprimées. Elles peuvent être réactivées rapidement en cas de rebond. D’ailleurs, explique Yves Van Laethem, "nous avons déjà vécu l’expérience en temps réel au moment du premier rebond de cet été. Il a fallu renvoyer des patients et rouvrir des places covid-19. S’il faut dégager des salles très rapidement la faisabilité est là".

Mais pour l’heure, "la situation est gérable. L’activité liée au coronavirus se rajoute à l’activité normale d’un hôpital au cours d’un mois de septembre. Nous sommes à une période de l’année où les hôpitaux sont occupés mais pas surchargés", souligne Yves Van Laethem.

Nouvelle politique d’admissions

Par ailleurs, explique Yves Van Laethem, les politiques d’admissions ont évolué. En effet, si au moment du pic, seuls les cas les plus graves étaient hospitalisés ou admis en unité de soins intensifs, "aujourd’hui on admet en USI des cas pas tout à fait stables mais qu’on peut mieux surveiller en USI, les admissions peuvent se faire dans un état moins grave".

Ce qui a des conséquences aussi sur les durées d’hospitalisations et les guérisons, pointe le porte-parole du centre de crise. "On peut traiter les patients de façon plus active, aujourd’hui dès qu’il y a un doute, le patient est placé en USI donc le suivi est aussi meilleur".

Des situations diverses

Mais bien la situation n’est pas la même d’un hôpital à l’autre. "On a certaines structures où le taux de remplissage des unités covid a largement augmenté et en peu de temps. Il y a des inégalités en fonction de la structure et du lieu", pointe le porte-parole du centre de crise.

Au CHR de la Citadelle, à Liège, les chiffres sont un peu plus élevés : 24 patients hospitalisés, dont 21 cas confirmés. 8 personnes sont en soins intensifs (USI), dont 6 nécessitent d’avoir un respirateur. Une seule personne est sous ECMO. Selon le porte-parole du CHR, Antoine Gruselin, ces patients en USI devraient rester hospitalisées deux semaines. "24 personnes, ce n’est pas rien, on va ouvrir une deuxième salle Covid", note-t-il. Lors du pic, l’hôpital avait dû ouvrir cinq salles Covid, avec 130 patients (91 confirmés), dont 48 en USI. Deux salles Covid USI avaient été utilisées et une troisième a été ouverte au cas où.

Si ça redémarrait comme en mars, pas sûr qu’on pourrait assumer le choc comme on l’a fait, humainement

La Citadelle n’est donc pas au niveau de ce qu’elle a connu de pire. "On ne panique pas, affirme Antoine Gruselin, mais le personnel est sur les rotules. L’accalmie a été plus courte que ce que l’on espérait. Ce ne sont pas les deux semaines que certains ont pu prendre qui ont permis de recharger les batteries." Au niveau humain, les ressources sont entamées : en soins intensifs, le personnel est "habitué à la mort" mais pas dans les proportions que l’hôpital a connues. "Si ça redémarrait comme en mars, pas sûr qu’on pourrait assumer le choc comme on l’a fait, humainement", s’inquiète le porte-parole. Ce mercredi, un sondage révélait qu’un médecin sur trois en Belgique n’est pas prêt pour une deuxième vague.

Ce qui inquiétant, c’est la lassitude par rapport aux mesures

Ce qui inquiète particulièrement les hôpitaux, ce ne sont pas tant les prises en charge de patients que le dépistage, qui explose. "Nous avons dû passer en rendez-vous parce que les files s’allongeaient devant l’hôpital", raconte Frédéric Dubois à Charleroi. La machine travaille jour et nuit mais elle a atteint sa capacité maximale." Même son de cloche à Liège : "Nous avons fait 1600 tests lundi, avec une positivité de moins de 5%", note Antoine Gruselin. Et le porte-parole de le rappeler : un test négatif n’est pas un vaccin, et le plus important reste de maintenir les règles sanitaires. "Ce qui inquiétant, c’est la lassitude par rapport aux mesures", dit-il.


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