Coronavirus en Belgique : soigner dans les milieux précarisés, ce que la crise a révélé

Médecins du Monde aura testé 2500 personnes en situation de précarité ou en rupture de logement au Samu social de Woluwe Saint Lambert.
Médecins du Monde aura testé 2500 personnes en situation de précarité ou en rupture de logement au Samu social de Woluwe Saint Lambert. - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

La crise du coronavirus a mis en lumière les inégalités sociales au sein de notre société. En effet, impossible de vivre le confinement de la même façon lorsque l’on possède un jardin et que l’on peut télétravailler que lorsqu’on se retrouve dans un appartement exigu et au chômage technique ou encore lorsqu’on est sans domicile. Des disparités criantes que les soignants et les aidants en premières lignes ont appréhendé au quotidien.

L’accès à la santé inégalitaire

C’est d’ailleurs le constat que fait Alexis Andries, directeur des opérations pour Médecins du Monde : "Cette crise révèle de grosses lacunes en termes d’accès à la santé, d’accès à du logement digne. Ce sont des moments qui devraient nous inspirer pour l’avenir."

D’ailleurs, en termes de gestion de la crise du coronavirus, c’est aussi ce que pointait du doigt Emmanuel André, ancien porte-parole du centre interfédéral de crise de lutte contre le Covid-19.


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Selon lui, "la capacité de l’Europe à contenir l’épidémie du coronavirus en cette période de déconfinement sera largement déterminée par sa capacité à fournir un accès universel et inclusif aux systèmes de soins de santé aux populations les plus vulnérables, comme les migrants et les autres personnes exclues ", disait-il dans un tweet.

Un confinement impossible ?

Pour certaines personnes, les conditions de vie, la taille des logements ou pire l’absence de logement ont fait de ces deux mois de confinement un enfer. Petit appartement, impossibilité de sortir, plusieurs personnes vivant ensemble dans de petits espaces. Les psychologues tirent d’ailleurs la sonnette d’alarme quant aux conséquences psychologiques du confinement sur les personnes précarisées.


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Conditions que Khadija qui vit dans une chambre du Samu social de Woluwe Saint Lambert décrit. Elle est séparée de son conjoint et vit avec ses trois enfants dans une seule pièce du Samu Social depuis trois ans : "on est obligé de rester dans notre chambre. Pour la nourriture, on sort faire les courses et on revient le plus rapidement possible dans la chambre. On est obligé de rester confinés", explique la mère de famille.

123 sans-abri répartis en 38 familles vivent dans ce Samu social de Woluwe Saint Lambert. Difficile alors de faire respecter les mesures de distanciation sociale.

De la difficulté de tester et de tracer le virus

Au centre du Samu Social de Woluwe Saint Lambert, une campagne de test a été lancée il y a un mois. Peu de temps après le chiffre est tombé. 20% des personnes étaient positives au coronavirus la première semaine.

Aujourd’hui les chiffres ont diminué. Toutefois, constate Alexis Andries, "le virus continue de circuler". Et d’ajouter, "notre capacité à gérer la crise passera par notre capacité à gérer la crise auprès des personnes des personnes vulnérables".

Mais c’est toute la difficulté. Pouvoir entrer en contact avec ces personnes exclues. Il faut de la confiance, une prise de contact. Et avec les mesures de confinement, il n’était pas nécessairement facile d’avoir accès à ces personnes. Qui de fait n’avaient donc pas accès aux soins de santé. Une situation qui pourrait créer des situations de cluster de contamination.

Au sein des personnes prises en charge par le Samu social, celles qui sont testées positives sont ensuite redirigées vers les centres de la Croix-Rouge et de Médecins Sans Frontières. A la fin de cette campagne au Samu Social de Woluwe Saint Lambert, Médecins du Monde aura testé 2500 personnes en situation de précarité ou en rupture de logement.

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