Coronavirus en Belgique : si on avait pris les premières mesures plus tôt, on aurait pu éviter bien des morts

Les scientifiques et les experts du coronavirus s’accordent aujourd’hui sur un point : si l’on avait pris les premières mesures, comme la quarantaine, plus tôt en Belgique, on aurait pu éviter des morts.

Cela semble une évidence aujourd’hui, notre pays s’est mis en marche trop tard dans sa lutte contre le Covid-19.

Au mois de février, alors que l’épidémie n’était pas encore entrée dans le pays, des voix se sont élevées pour demander des mesures sanitaires plus strictes, mais elles n’ont pas été entendues.

Wuhan : là où tout a commencé.

28 décembre 2019. A l’hôpital central de Wuhan, le docteur Ai Fen détecte le tout premier cas de Covid-19. Deux jours plus tard, son collègue, le docteur Li Wenliang lance l’alerte. Il décédera du Covid-19 cinq semaines plus tard. Les autorités chinoises les ont accusés, tous les deux, de propager des rumeurs. Li Wenliang fera l’objet d’une enquête.

Au docteur Ai Fen, qui avait partagé son diagnostic sur les réseaux sociaux, on ordonnera de ne plus communiquer. A son mari elle dira : " S’il m’arrive quelque chose, occupe-toi bien des enfants ".

Mais un mois plus tard, les dirigeants chinois se rendent à l’évidence. Le 27 janvier 2020, la Chine annonce 81 décès dus au coronavirus et déconseille les déplacements.

En Belgique, pas de mesures pour les vols en provenance de Chine

Que fait-on en Belgique ? Rien à voir bien évidemment avec le régime communiste chinois. Mais alors que l’Allemagne recommande d’annuler les voyages en Chine, la Belgique ne déconseille que les déplacements à Wuhan, l’épicentre de la maladie. Aucune mesure supplémentaire ne sera prise pour les vols en provenance de Chine, ni tests, ni quarantaines.

Les ressortissants belges seront néanmoins rapatriés de Wuhan et testés. On apprendra le 4 février, que l’un d’entre eux sera positif au coronavirus. Ce sera le tout premier cas dans notre pays.

OMS : une urgence sanitaire mondiale

Le 30 janvier, l’OMS qualifie le virus " d’urgence sanitaire mondiale ". En Belgique, fin janvier, il n’y a toujours pas de coronavirus, puisque le premier cas sera annoncé le 4 février.

Un groupe de scientifiques a fait des projections mathématiques sur le nombre de vols arrivant dans le pays et en a déduit que le risque pour la Belgique d’être infectée par le covic-19 était de 2% contre 13% pour la France ou 25% pour l’Angleterre.

Le 28 janvier, dans une interview à la RTBF, Marius Gilbert disait : " La Belgique n’est pas forcément le pays où le risque est le plus élevé pour la simple raison que le volume des vols qui arrivent en Belgique est largement inférieur à celui qui arrive en France ou en Allemagne ".

Le 24 février 2020, l’Italie du nord entre en quarantaine. Trois jours plus tôt, le premier patient covid-19 est décédé dans la péninsule.

1er mars, le début de l’épidémie en Belgique : on ne recommande pas de quarantaine

Le 1er mars, au lendemain des vacances de carnaval un deuxième cas de coronavirus apparaît en Belgique. C’est une Anversoise revenue de France.

A Woluwé-Saint-Lambert, le bourgmestre Olivier Maingain est le premier élu à prendre des mesures de quarantaine. Beaucoup de Belges sont allés skier dans le nord de l’Italie. Par un arrêté de police, il interdit à toute personne rentrant d’une zone à risque de fréquenter les lieux publics fermés comme les écoles. La mesure est jugée disproportionnée.

Steven Van Gucht, le président du comité scientifique coronavirus, déclare sur le plateau du JT du 1er mars : " Ce n’est pas du tout une bonne idée de demander aux gens de rester à la maison […] L’état belge ne recommande pas du tout cette mesure ".

On n’écoute pas les lanceurs d’alerte

Quant à Olivier Maingain : " On s’est moqué de moi. On m’a dit que je voulais faire parler de moi, comme si j’avais attendu la crise mondiale du coronavirus pour me faire connaître. J’avais comme l’impression que certains fuyaient leurs responsabilités. Moi en tant que bourgmestre, la loi communale m’impose de lutter contre les épidémies ".

Ce même premier mars, de retour d’Italie, les passagers de l’aéroport de Charleroi sont surpris : " Je ne vois personne avec un masque, je ne comprends pas, dès qu’il y aura un cas en Belgique, cela va aller très vite ", dit un homme. Un autre : " Je reviens de la région de Venise, il n’y a aucun contrôle ".

Les " drama queens "

Le 28 février 2020, le virologue Marc Wathelet avait pourtant écrit une lettre ouverte à la ministre de la santé : " Vos déclarations publiques suggèrent que vous n’appréhendez pas complètement la nature du danger auquel la Belgique et le reste du monde font face ". Il ajoute : " On s’interroge aussi sur l’absence de recommandation, de dépistage, de quarantaine et d’encadrement pour les personnes qui reviennent en Belgique d’une zone contaminée, sachant aussi que la période d’incubation peut excéder deux semaines et qu’il y a des patients guéris qui ont été réinfectés ".

Maggie De Block répondra par un tweet sans appel : " Encore un drama queen, autrement dit il ne faut pas dramatiser.

Marc Wathelet, docteur en sciences : " Elle dit : on fait tout ce qu’on peut pour empêcher le virus d’entrer dans le pays. On se demande ce qu’ils font. En réalité, ils ne font rien. La seule chose qu’il fallait faire, c’était de mettre les gens qui revenaient d’Italie en quarantaine. C’est ça qui a fait que l’épidémie a commencé dans notre pays ". Marc Wathelet ne sera pas plus écouté quand il recommande d’annuler la foire du livre et batibouw.

Maggie De Block : une légère grippe

Quant à Maggie De Block, elle semble minimiser le coronavirus. Le 5 mars, à la Chambre, elle qualifie de coronavirus de légère grippe. On parle ici d’une nouvelle, mais légère grippe qui va continuer à voyager autour du globe et ensuite deviendra une grippe saisonnière comme on vient d’en avoir une."

Quelques jours plus tôt, sur son blog, le médecin Philippe Devos avait alerté lui aussi. Il calcule – ses projections seront contestées – que sans mesures de précaution plus drastiques qu’avec la grippe, le risque est d’avoir 850.000 personnes infectées par le coronavirus en Belgique Et il conclut qu’il n’y aura pas assez de lits d’hôpitaux.

Philippe Devos, président de l’Absym, et intensiviste au CHC de Liège : " J’ai des réactions qui disent que mes chiffres sont impossibles, pas réalistes. Les gens ne lisent que les titres, c’est ce qui s’est passé avec mon article et ce qui m’inquiète c’est que les politiques ne l’ont pas lu en détail non plus ".

17 mars 2020. La première ministre annonce le confinement. Aujourd’hui, on estime que 7 à 8% de la population belge aurait été infectée. Soit environ 800.000 personnes, et ce malgré les mesures sanitaires. Mais pourquoi a-t-on minimisé les risques et pourquoi n’a-t-on pas jugé crédibles les alertes de Marc Wathelet et de Philippe Devos ?

On aurait pu éviter des morts

Philippe Devos : " Chaque fois, on a trouvé des excuses. Ce n’est pas chez nous, l’Italie a un système de santé sous-développé, ce qui n’est pas vrai pour le nord de l’Italie. On était dans le déni de la réalité, et cela a pesé lourd "

Pour Yves Coppieters, professeur de santé publique à l’ULB, la Belgique a pris les décisions qui s’imposaient avec une semaine de retard. Il ajoute que si l’on avait pris ces mesures plus tôt, on aurait pu éviter des morts : " Toute mesure prise que ce soit le confinement, le testing, le ciblage, diminue les chaînes de transmission. Plus vite on agit, moins on a de morts ".

Quand chaque heure, chaque jour compte pour freiner une épidémie, une semaine c’est long. La Belgique a-t-elle péché par excès d’optimisme ? Avec le recul, on comprendra sans doute mieux ce qui s’est passé face à ce nouveau virus...

Extraits de notre JT 13h sur les maisons de repos: