Coronavirus en Belgique : "Rouges sont les chiffres et rouge est la carte", s’inquiète Yves Van Laethem

Ce mardi, tous les indicateurs liés à l’épidémie de coronavirus sont en hausse. Une troisième vague se profile-t-elle ? Faut-il reconfiner ? Des questions auxquelles le Centre de crise et l’institut Sciensano ont répondu aujourd’hui lors de leur conférence de presse bihebdomadaire.

"Rouge sont les chiffres et rouge est la carte" s’inquiète Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral. "En moyenne on compte actuellement plus de 4000 nouvelles contaminations par jour et 200 hospitalisations par jour. 600 patients sont en soins intensifs, c’est deux fois plus qu’il y a 5 semaines. Ce sont des chiffres élevés et du même ordre grandeur que ceux que l’on a connus début octobre avant la seconde vague. L’accélération des augmentations n’est cependant pas encore aussi forte que lors de cette deuxième vague. Nous n’avons pas de phase exponentielle. Le doublement des chiffres s’opère tous les 14 jours alors qu’il se fait toutes les semaines lors de la seconde vague."

Yves Van Laethem est également revenu sur l’augmentation des chiffres de la mobilité. "Tous les efforts pour limiter nos contacts sont importants. Nous sommes à peu près à -20% de mobilité par rapport à ce qui se faisait avant le covid alors que nous étions à -25% lors d’autres épisodes. Avant le début de la deuxième vague, on était à -15% de mobilité. Notre mobilité continue donc à être très importante."

Tous les chiffres augmentent

Le porte-parole a précisé que le taux de positivité était en augmentation. "Au cours de la dernière semaine il y a eu 4060 nouveaux cas en moyenne par jour. Ceci représente une augmentation très importante de 41% sur une base hebdomadaire. Actuellement il est clair que le nombre de tests pratiqués est important, près de 57.000 tests par jour. Mais nous avons toujours une positivité de l’ordre de 7,5%. Lors de cette période de plateau, nous étions au mieux entre 5,5 et 6%. Lors des 15 derniers jours nous avons ainsi gravi de 6 à 7,5% alors qu’on teste plus. Le taux de positivité est donc significatif."

Il ajoute : "Le risque de contamination est le plus élevé depuis 4 mois et la fin de cette deuxième vague. Cela veut dire que pour les personnes à risque qui vont être vaccinées dans les prochaines semaines il faut faire particulièrement attention. De plus recevoir un vaccin ne veut pas dire qu’on ne peut plus être infecté, il y a un temps nécessaire après l’inoculation pour être bien protégé."


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Selon l’infectiologue, c’est chez les enfants qu’il y a le plus de nouvelles contaminations. "Hier l’augmentation était de l’ordre de 42%. Depuis hier on a une certaine stagnation. On en a tout cas pas une accélération encore plus importante. Ce sont les jours qui viennent qui montreront si cela dure. Cette augmentation a lieu dans toutes les tranches d’âge y compris chez les personnes de plus de 90 ans. Les plus fortes augmentations ont lieu chez les enfants et les adolescents. Plus de 1 nouveau cas sur 4 diagnostiqués l’est donc dans cette catégorie de la population."

Les hospitalisations continuent elles aussi d’augmenter : "En moyenne 204 par jour, soit 22% de plus que la moyenne de la semaine précédente. Le samedi 20 mars il y a eu 243 admissions, le chiffre le plus élevé de 2021. L’occupation hospitalière continue d’augmenter lentement et atteint 2359 patients covid dans nos hôpitaux, 12% de plus que la semaine précédente. 588 sont en soins intensifs, une augmentation de 17%. Dans ces soins intensifs, on a un temps de doublement de 1 mois. On devrait donc atteindre le seuil symbolique de 1000 patients en USI à la mi-avril."

En moyenne, 25 décès sont à déplorer par jour, 2% de plus que la semaine précédente. Au niveau des maisons de repos le taux de mortalité continue de diminuer.

Continuer de se faire soigner

Depuis le 22 mars, les hôpitaux sont passés en phase 1B, ils doivent donc réserver 50% de leurs lits pour les patients covid. "Pour ce faire, ils doivent donc reporter de nombreux soins considérés comme non urgents", ajoute Yves Van Laethem. "Actuellement il ne faut pas retarder des soins qui soient liés à des symptômes qui peuvent être importants. Vous toussez, vous maigrissez, vous perdez du sang… Cela peut-être une pathologie sévère. Il faut donc continuer à consulter les médecins traitants et les hôpitaux."

"Un exemple malheureux, le cancer. En avril 2020, il y a eu deux fois moins de cancers diagnostiqués qu’en avril 2019. Or le covid n’a malheureusement pas la propriété de diminuer la fréquence du cancer. Il y a eu heureusement eu un rattrapage quand les soins ont recommencé mais il n’était que partiel. Entre mars et septembre 2020, on a un retard de 14% sur les chiffres que l’on attendait. Cela veut dire qu’il y aura des retards de diagnostics sur une pathologie qui doit être traitée le plus rapidement possible."

"Les doutes contre la vaccination ne font pas le poids face aux certitudes que nous avons sur l’impact du Covid-19"

"Plus nous serons nombreux à nous faire vacciner, plus nous pourrons retrouver une vie normale rapidement", indique Sabine Stordeur. "La vaccination c’est la forme la plus concrète de la solidarité en ces temps de pandémie. En se faisant vacciner, chacun contribue au bien-être de tous. Ce mardi, nous avons atteint le seuil symbolique du million de personnes vaccinées et donc protégées contre les formes graves du Covid-19."

"La campagne de vaccination avance", ajoute la coresponsable de la task force vaccination. "Des dizaines de milliers de personnes contribuent chaque jour au retour de cette vie normale à laquelle nous aspirons tous. La route est encore longue. Nous sommes plus dans un marathon que dans un sprint. Nous devons toutefois être convaincus de l’utilité de se faire vacciner. Les doutes contre la vaccination ne font pas le poids face aux certitudes que nous avons sur l’impact du Covid-19."

Les professeurs doivent-ils être vaccinés en priorité ?

"L’école est plus un miroir de l’épidémie qu’un 'driver' de l’épidémie'", tient à nuancer Yves Van Laethem par rapport à l’opprobre qui a été jeté sur les écoles lors des deniers jours. "Le virus est présent partout : dans les familles, les entreprises, les écoles. Elle n’est pas exempte, ce n’est pas une île où rien ne se passe. Il y a eu un certain nombre de clusters dans les écoles ou dans les entreprises. Les enfants qui sont testés le sont dans 45% des cas parce qu’ils sont considérés comme cas contact lors d’activités extrascolaires. Ce n’est que 38% pour des contacts à l’école. On a des chiffres similaires pour les enseignants."


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"Notre pays a choisi de garder une voie de vaccination qui est liée à l’impact sur la santé de l’individu à risque et sur la préservation de notre système de santé en vaccination les personnes âgées en premier. Si un personnel enseignement a des facteurs de comorbidités, il sera bien évidemment vacciné comme les autres à ce moment-là vers le mois de mai. Il ne faut pas oublier que ce personnel enseignant représente 500.000 personnes. C’est un nombre conséquent à vacciner avec un nombre limité de vaccins. Déplacer la vaccination vers une profession voudrait dire qu’on ne donne pas rapidement une protection pour les personnes qui sont à risque."

Faut-il mettre en place un confinement ?

De plus en plus de voix s’élèvent aujourd’hui pour mettre en place un nouveau confinement. Une mesure qui doit être bien étudiée avant sa mise place selon Yves Van Laethem. "Les chiffres augmentent, il faut donc faire quelque chose pour éviter que la situation ne s’emballe. Des mesures ont été prises lors du comité de concertation. La question est de savoir si c’est suffisant. Il faut peut-être inciser dans l’abcès en prenant des mesures plus drastiques comme un mini-lockdown. Les mesures plus drastiques donnent un résultat plus rapide mais qui est d’autre part contrebalancé par un coût sociétal, psychologique et financier. C’est donc le politique qui doit décider ce qui est le plus adéquat pour la société en général."

Et quant à la durée idéale de ce confinement ? "Personne ne peut le dire. C’est un domaine dans lequel les modèles pourraient nous aider à définir si 3 ou 4 semaines permettraient de refroidir la situation pour retrouver un plateau de plus basse altitude."

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