Coronavirus en Belgique : quand la poésie apaise les douleurs de la perte d'un proche

Coronavirus en Belgique : quand la poésie apaise les douleurs de la perte d’un proche
Coronavirus en Belgique : quand la poésie apaise les douleurs de la perte d’un proche - © Tous droits réservés

Quand la poésie apaise la ou les douleurs. La perte d’un proche, avec cette pandémie de coronavirus, nous sommes nombreux à affronter cette terrible réalité, réalité encore plus douloureuse en raison des mesures de confinement, à cause de la nécessaire distanciation sociale. Impossible d’embrasser les membres de la famille et d’approcher le corps du défunt aimé. Rites et cortèges sont mis entre parenthèses.

Cette situation a interpellé un poète national, Carl Norac. Sa mission est d’écrire des poèmes en lien avec l’actualité de notre plat pays. Mais la crise que nous traversons a aussi poussé Carl Norac à réunir environ 90 poètes belges, du nord comme du sud du pays, pour qu’ils écrivent des poèmes funéraires à la mémoire de femmes et d’hommes décédés ces derniers jours. Cette initiative a pour nom Fleurs de Funérailles.

Pour Carl Norac, ces poèmes viennent en quelque sorte combler cette distance imposée, ces rites pour le moment interdits "c’est vrai que d’habitude il y a une minute de silence au milieu des discours lors d’un enterrement, et ici c’est l’inverse, c’est une minute de poésie dans un silence souvent assez assourdissant. Ce que les gens nous écrivent, c’est qu’on a l’impression que leur désarroi est pris en compte, qu’ils ne sont plus les statistiques du journal du Soir et qu’on arrive, qu’on tente en tout cas, de mettre quelques mots sur l’indicible qu’ils ressentent, et ça, c’est quelque chose qui leur est très cher".

Le poète ne veut pas remplacer que la poésie remplace la prière, "ce n’est pas du tout une prière. Chaque famille nous parle et nous raconte l’esprit de ce poème. Parfois c’est quelque chose de vraiment très biographique, parfois c’est un peu la philosophie ou même la spiritualité de la personne qui est exprimée. Il y a vraiment le fait de prendre en compte ce que va nous dire la famille, essayer de personnaliser".

Une conversation entre le poète et la famille avant l’écriture du poème.

"Sur le site de Poète national, vous avez soit des poèmes généraux que vous pouvez prendre comme ça, qui sont pour toute famille en quelque sorte, et qui sont maintenant en français, néerlandais, allemand, mais aussi en arabe et anglais. Des gens du monde entier peuvent donc finalement s’approprier ce poème. Il y a chez VONK&Zonen en Flandre, à Midis de la Poésie à Bruxelles et à Maison de la Poésie à Namur, un mail facile à trouver (sur Poète national) où on peut nous écrire, et à ce moment-là il y a un des 90 poètes qui va entrer en communication directe avec la famille pour converser et personnaliser ce poème, souvent dans l’urgence parce que c’est souvent pour le lendemain".

Caroline Lamarche vient d’écrire un poème pour Jacques De Decker, l’écrivain belge qui est décédé ces derniers jours.

L’actualité de ce vendredi 17 avril est l’annonce du décès du chanteur français Christophe. Si Carl Norac devait écrire un poème : "Disons qu’il y a tout de suite des mots bleus qui vous apparaissent quand on pense à cet homme. J’habite à Ostende et il y a les mots bleus du ciel qui sont juste à ma gauche. C’est vrai que pour le moment on se limite, surtout dans nos hommages aux personnalités belges, parce qu’outre Jacques De Decker il y a deux jours, il y a notamment eu Marcel Moreau, qui est un de mes amis et un immense écrivain. Donc, parfois, nous rendons hommage… Il y a une autre poétesse qui a rendu hommage à une infirmière malade. Donc, ce sont quelquefois des gens qui nous sont proches. Là il y a le meilleur ami de mon cousin, qui était un sportif de haut niveau de 50 ans, parce que les profils sont vraiment très différents, d’une personne fort âgée à malheureusement un enfant qui a un accident parce qu’il devait être à l’école et qu’il n’y est pas. On découvre chaque fois une personne, on essaye de faire apparaître un visage derrière les lignes".

A quoi peut servir la poésie ? À quoi peuvent servir les poètes en ces temps de confinement ?

"Ce que je remarque, c’est que les gens, parce qu’ils sont confinés, s’intéressent beaucoup plus à la poésie qu’avant. Il y a par exemple Laurence Vielle sur la RTBF, sur Musiq3, qui présente des poèmes et il y en a un de moi qui a été vu par 50.000 personnes. On n’est pas des rappeurs, quand on est vu par 50.000 personnes, c’est le best-seller de l’année pour nous, c’est incroyable. Alors, évidemment, aujourd’hui les gens disent qu’ils ont le temps de lire de la poésie, ce qui peut paraître un peu paradoxal parce qu’il faut quelques secondes pour lire un poème. Un poème, c’est une danseuse qui tourne trois fois puis qui s’en va. Mais ils se mettent dans un état de poésie, c’est-à-dire qu’ils acceptent de lire quelque chose dont ils ne vont pas forcément comprendre tous les mots tout de suite, et quelque chose qui peut leur donner un petit message secret. Parfois un secours, parfois un rire, parfois une célébration — c’est ce qu’on est en train de faire — et parfois une évasion" explique Carl Norac.

Tous devenu poète ?

"C’est une autre étrangeté, c’est que quand je vais dans les écoles rencontrer des adolescents, au début il n’y a personne qui me dit qu’il écrit des poèmes, mais après, quand je les connais mieux, au bout de deux ou trois séances, ils me disent qu’ils en ont écrit. Mais personne n’en lit en fait, et c’est ça qui est assez étrange. Quand on fait un concours de poésie, on a 40.000 poèmes, mais quand on fait un recueil de poésie, on trouve peu de lecteurs. Mais c’est quelque chose qui est en train de changer. Si toutes les personnes qui taquinent la plume ou ont envie de mettre leurs nuits sur la table, comme disait Jean Cocteau, lisaient de temps en temps aussi de la poésie, je pense que ça enrichirait leur poésie et que ça ferait en sorte que la poésie retrouve un peu sa place, ce qui est le cas aujourd’hui, je trouve" commente le poète national.

Besoin des poètes pour le monde d'après ?

En ce moment, des spécialistes, des experts, des économistes et des intellectuels réfléchissent au monde d’après, préparent le monde postcoronavirus. Avons-nous aussi besoin des poètes dans cette phase de préparation du monde d’après la pandémie de coronavirus ?

"On ne s’est pas parlé avant, mais je suis en train d’écrire des poèmes sur le monde d’après, parce qu’il faut aussi que je m’échappe un peu du quotidien, de ces partages très importants de Fleurs de Funérailles, dont on commence d’ailleurs à parler partout en Europe. C’est vraiment quelque chose qui attire l’attention, sachant que pour nous le premier but n’est pas littéraire, mais c’est d’apporter un peu de dignité. Mais quand je quitte ce projet pour repartir dans mon imaginaire, mes paysages intérieurs, j’ai écrit un poème qui décrit le monde d’après" conclu Carl Norac.

Si cette démarche de poème funéraire vous intéresse, vous pouvez contacter la Maison de la Poésie de Namur à l’adresse info@maisondelapoesie.be, ou également les Midis de la Poésie à l’adresse info@midisdelapoesie.be.

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