Coronavirus en Belgique : pourquoi un couvre-feu ? L’exemple français

Ce jeudi, le gouvernement wallon a prolongé le couvre-feu décrété en octobre,  jusqu’au 1er mars. Généralisée sur tout le territoire national, même si les horaires varient selon la région, cette mesure symbole de la lutte contre la transmission du covid-19 fait beaucoup parler.

Certains vont même jusqu’à la contester en justice ou dans la rue, au nom de la liberté de circuler. Le couvre-feu est-il donc vraiment nécessaire ? Pourquoi l’avoir choisi plutôt qu’un reconfinement strict ? Quelques éléments de réponse.

Le principe du couvre-feu est simple : entre 22h et 6h du matin (pour la Wallonie et Bruxelles) ou entre minuit et 5h (pour la Flandre), il est interdit de sortir de chez soi. Ce couvre-feu s’applique sauf en cas de déplacements essentiels (soins médicaux, assistance aux personnes âgées, aux mineurs, aux personnes porteuses d’un handicap ou aux personnes vulnérables, ainsi que les raisons professionnelles).

Le motif de la présence sur l’espace public doit être justifié dès que la police le demande.

Réduire l’accélération des contaminations

Considéré comme moins contraignant que le confinement strict (interdiction de sortir de chez soi à toute heure), comme cela avait été le cas au printemps dernier, le couvre-feu sert d’entre-deux, afin de contribuer à réduire les déplacements et donc les contaminations.

La Belgique ne s’en tire d’ailleurs pas trop mal : chez nos voisins français, le couvre-feu a été avancé de 21h à 18h le 16 janvier, d’abord dans quelques départements, puis sur l’ensemble du territoire métropolitain. Dans les DOM-TOM, celui-ci déborde même sur le week-end.


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Mais à en croire les chiffres, le confinement serait efficace. "D’après les chiffres dont je disposais hier soir, on voyait que dans les quinze départements qui avaient été mis sous couvre-feu à 18 heures dès le 2 janvier, l’incidence et le nombre de nouveaux diagnostics étaient plutôt en baisse", expliquait le ministre de la Santé Olivier Véran à la mi-janvier. De quoi conforter le gouvernement, qui a choisi, malgré des rumeurs qui l’annonçaient, de ne pas reconfiner le pays.

Dans une étude, le CNRS a évalué l’impact des mesures françaises sur la deuxième vague, et explique qu’en octobre, la deuxième semaine de couvre-feu de 21h à 6h a réduit l’accélération des contaminations dans les 54 départements alors concernés. Sur le graphique, on remarque ainsi que dès la deuxième semaine (Curfew 2), la courbe ralentit. C’est particulièrement vrai pour la catégorie des plus de 60 ans, pour lesquels au final le couvre-feu a même été plus efficace que le confinement strict qui a suivi.

Côté belge, on peut noter que le pic de la deuxième vague est survenu huit jours après la mise en place du couvre-feu de 22h à 6h en Wallonie et à Bruxelles.

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© CNRS – Agence Santé Publique France

Effet apéro

Comment expliquer cette efficacité ? Les autorités françaises ont donné un élément de réponse avec une expression très décriée : "l’effet apéro". En effet, en avançant le couvre-feu à 18h, la France visait à éliminer les rassemblements de début de soirée, après le travail, pour boire un coup ou manger. Des activités qui ne sont pas techniquement interdites, mais qui posent problème au niveau de la contamination. Impossible de respecter les gestes barrière et de garder un masque lorsqu’on mange et qu’on boit…


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La France a donc considéré qu’en limitant les plages horaires liées à la détente, elle pouvait arriver à un compromis : réduire les contaminations tout en préservant l’activité économique en n’imposant pas de confinement. Avec un couvre-feu à partir de 22h au moins, il est moins question d’apéritif pour la Belgique. Toutefois, cela permet d’éviter des soirées chez des amis. La contrainte de devoir être chez soi tôt est censée dissuader d’organiser ou d’aller à des fêtes.

Enfin, une des raisons qui pourrait expliquer la mise en place d’un couvre-feu nocturne plutôt qu’un confinement complet est matérielle : il est plus facile de mobiliser des policiers pour contrôler les déplacements des personnes pendant une plage horaire courte, la nuit, que 24h/24.

Selon certaines sources, l’efficacité du couvre-feu français serait cependant à relativiser.

Ainsi, Le Monde rappelle qu’il existe de nombreuses disparités selon les départements, avec un taux d’incidence parfois très différent. Le quotidien explique également que le nombre de dépistages est à prendre en compte, et que toute corrélation (événements qui surviennent en même temps) ne veut pas dire causalité...

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