Coronavirus en Belgique : "On s'apprête à vivre des semaines et des mois difficiles", estime Emmanuel André

Emmanuel André, ex porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, était invité dans notre journal de 19h30.

Le Conseil national de sécurité de ce lundi a débouché sur un renforcement des mesures ayant pour but de lutter contre l’augmentation du nombre de cas de coronavirus en Belgique depuis deux semaines. La bulle sociale sera réduite à 5 personnes, tout comme les événements publics qui voient leurs limites passer à 100 personnes à l’intérieur et 200 à l’extérieur. Notons également que les courses en magasin doivent désormais être réalisées seules et en un maximum de 30 minutes.

Si ces mesures auront pour but d’éviter un reconfinement, Emmanuel André est inquiet par rapport à l’évolution de l’épidémie dans les semaines à venir. "On sait que ce virus est capable de se déplacer avec les contacts. On sait également qu’on va avoir toute une série de vagues suite aux retours de vacances. Donc on s’attend à avoir un certain nombre de problèmes d’ici la fin de l’été. Il y aura ensuite la rentrée scolaire et tous les virus respiratoires de l’hiver. On s’apprête à vivre des semaines et des mois difficiles".

La seule solution est de diminuer la mobilité des gens dans les zones critiques

Solution envisagée mais pas encore mise en place, un lockdown localisé semble être une nécessité pour le virologue. "S’il y a une situation critique dans une zone de notre pays, il faut savoir prendre des mesures, mais aussi éviter qu’il y ait des mélanges entre des zones à faible risque et des zones à haut risque. Dans notre confinement tel qu’on l’avait défini durant la première vague, il y avait la réduction de la mobilité. On pouvait aller faire ses courses dans sa commune. C’est ce qui manque aujourd’hui."

Et d’ajouter "il faut absolument éviter que le phénomène d’Anvers se disperse sur l’ensemble du pays et dans d’autres pays voisins. Pour les autres foyers qui vont émerger, il faudra les limiter le plus rapidement possible. L’exemple d’Anvers aujourd’hui, c’est un signal auquel il faudra répondre plus rapidement, plus vite et plus fort quand ça arrivera dans d’autres villes."

A Anvers, les mesures doivent aller plus loin

Près de la moitié des nouvelles infections sont concentrées dans la province d’Anvers. Des mesures strictes ont été adoptées comme le port du masque obligatoire dans l’espace public, ainsi que l’instauration d’un couvre-feu entre 23h30 et 6h du matin. Néanmoins, selon Emmanuel André, les mesures pourraient aller plus loin. "Ce qui manque dans les mesures proposées aujourd’hui par la ville d’Anvers, c’est la diminution de la mobilité des gens."

Par ailleurs il estime que des efforts doivent être faits pour faire respecter les mesures. "Les gens qui veulent aller faire la fête quelque part peuvent toujours prendre leur voiture et aller dans la province voisine. Ces mesures mettent en danger les provinces de Flandres. Dans le cas d’un lockdown, il faut s’assurer que les gens ne puissent pas rentrer et sortir de cette zone. Il y a des mesures très actives qui sont en train d’être prises à Anvers mais il faut encore être plus fort. Dans une phase de croissance exponentielle, chaque jour correspond à un doublement de cas. Il faut donc réagir au plus vite."

La clé : le testing

Emmanuel André explique également que si les moyens pour tester sont disponibles, ils doivent désormais être utilisés. "Aujourd’hui, tous les centres de prélèvements sont en train de se réveiller. On était passé en phase dormante dans un certain nombre d’endroits et de laboratoire, chose qui était justifiée."

A propos des stocks stratégiques, le virologue n’est pas inquiet. "Il y a des commandes gigantesques qui sont toujours en cours. Je ne vois pas de grand problème à ce niveau."

Certains patients avec des signes inquiétants doivent en effet attendre de longs jours avant d’avoir accès à un test. Interviewé, Jean (prénom d’emprunt) détaille "J’ai perdu le goût et l’odorat, deux signes du covid. Il m’a pourtant fallu 5 jours avant d’être testé. Il a ensuite fallu 2 jours pour avoir les résultats, et 4 autres jours pour que le tracing prévienne mes contacts." Soit près de deux semaines. Ce retard est dû à la mise en phase dormante de certains laboratoires. Une réelle capacité de testing est présente mais n’est pas utilisée à son plein potentiel. Chose qui devrait changer avec le réveil de ces structures.

"Je crois qu’il faut surtout entraîner le système pour qu’il devienne beaucoup plus fluide. Les délais dont on entend parler sont en effet préoccupants. Il faut s’améliorer" conclue Emmanuel André.

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