Coronavirus en Belgique : les travailleurs du confinement ne sont pas tous égaux, et demain ?

Des chercheurs de l’UCLouvain, de l’Université Saint-Louis et du CESEP se sont penchés sur la façon dont le confinement a impacté nos vies, notamment au travail. 30 experts ont réalisé une enquête qualitative auprès de 1450 répondants. L’idée de l’enquête était aussi d’interroger sur le monde de demain et sur les priorités à mettre en avant. Pour les chercheurs, c’est une situation inédite d’interroger un événement duquel nous sommes contemporains. "Si la pandémie nous a surpris, troublés et inquiétés, elle nous a également et étonnamment permis d’être pour une fois à peu près synchrones avec ce qui nous arrive".

De plus, comme l’indique l’enquête, la crise du coronavirus a passé "sous une loupe grandissante les inégalités". Aucune situation n’a été la même. Que l’on soit doté de bons revenus stables ou que l’on ait perdu son emploi, que l’on ait pu faire du télétravail ou que l’on ait dû se rendre sur notre lieu de travail quotidiennement, le confinement a été très différent. Mais pour la majorité des personnes ayant participé à l’enquête, la priorité première est aujourd’hui la garantie d’un emploi pour tous.

Les inégalités sous un miroir grossissant

Le confinement et la crise du coronavirus ont fait ressortir les inégalités au sein de la société. Pour ceux dont la situation était moins stable, la période a été source de stress et d’inquiétudes. Par exemple, "les travailleur·euses atypiques (intérim, freelance, indépendants) sont plus du double (73% contre 32% dans la population globale) à déclarer avoir perdu des revenus, et proportionnellement 15 fois plus nombreux à déclarer ne pas avoir eu du tout de revenu durant la période de confinement", indique le rapport.

Par ailleurs, si pour certains cette période a permis d’épargner un peu d’argent, pour d’autres, à l’inverse, le confinement a été une période de perte de revenus. Et là encore ça dépend de notre situation de départ. En effet, "les personnes ayant un revenu mensuel net inférieur à 1500€ sont perdantes dans 32% des cas, soit près d’1,5 fois plus fréquemment que des personnes ayant des revenus supérieurs à 2500€", détaille l’enquête. Cette perte de revenus touche en priorité les plus jeunes, indiquent les chercheurs.

 

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Pertes de revenus en fonction du type d’emploi occupé. © Tous droits réservés

Enfin, si les services de protection sociale ont été particulièrement présents pendant cette période, proposant des mesures de chômage temporaire, de droit passerelle ou encore de congé parental, il a été plus difficile de pouvoir y accéder pour certaines personnes, déjà en situation précaire. Certains services débordés, des allocations qui n’arrivent pas, pour certaines personnes ce fut un parcours du combattant. Ainsi, "la conditionnalité de l’accès à certains droits et services a entravé pour certains la possibilité d’y recourir (ex. : besoin d’attestations émises par certains services qui étaient injoignables)", dans certaines situations.


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L’emploi au cœur des priorités

Le confinement a également bousculé nos habitudes de travail. Et nous a affecté de façon différente que nous ayons été en télétravail ou que nous ayons dû nous rendre au travail tous les jours. Mais "72% des répondant.e.s ont vu leurs conditions de travail évoluer". Et dans 93% des cas cela a engendré des difficultés nouvelles.

"Pour ceux et celles qui ont continué de prester sur leur lieu de travail habituel (soit 25% des travailleurs avant le confinement), la fatigue et les inquiétudes pour l’avenir prédominent", analysent les chercheurs. En revanche, pour les personnes qui ont exercé leurs activités en télétravail, la difficulté se trouve dans le manque de contacts sociaux, qui a impacté leur moral pour plus de 45% d'entre eux.


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A noter, l’enquête a été réalisée sur un échantillon non représentatif de la population belge. L’échantillon est plus féminin, plus âgé et plus diplômé que la moyenne belge.

En revanche, un élément intéressant est la perception de l’importance de son travail pendant cette période. Alors qu’au cours du confinement, le gouvernement a établi une liste de secteurs cruciaux. 44% des emplois étaient considérés comme faisant partie des secteurs essentiels. Mais 88% des personnes interrogées considèrent leurs emplois comme cruciaux. Dans tous les secteurs, il existe un écart entre la façon dont le gouvernement perçoit l’importance de l’activité et comment le travailleur la perçoit.

Mais, "les secteurs pour lesquels l’écart est le plus important sont donc la culture (93% pensent que c’est essentiel, contre 13% par le gouvernement) et l’art (78% contre 17%). A l’inverse, les secteurs pour lesquels l’écart est moins important sont l’armée et la sécurité (93% dans les deux cas) et l’agriculture (90% contre 80%)".

 
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Les secteurs essentiels perçus par le gouvernement et par la population. © Tous droits réservés

Dans cette étude, les personnes interrogées étaient invitées à se prononcer sur six propositions pour l’avenir. Parmi elles, la garantie d’un emploi pour tous, la création d’un Fonds d’investissement durable, la reconversion écologique, la reconnaissance des emplois utiles socialement, la diminution du temps de travail et la démocratisation des entreprises.

En tête de classement on retrouve le fait de garantir un emploi pour tous et toutes et la reconnaissance des emplois utiles socialement.

Disparités plus fortes chez les femmes

Le poids de la charge mental qu’a fait peser sur nous le confinement est encore plus important chez les femmes. Selon cette étude, "les charges familiales semblent toujours plus affecter les femmes (41%) que les hommes (31%). Pendant le confinement, elles ont ressenti beaucoup de fatigue à devoir combiner leur emploi avec la gestion de la famille, des courses, etc.".

De plus, "30% des femmes de l’échantillon indiquent qu’elles ont eu des difficultés à combiner leur emploi et les charges familiales pendant le confinement, contre 18% des hommes. Le temps libéré par la réduction du temps de travail salarié traduit, pour certaines, une augmentation du temps de travail non salarié".

Et pour ce qui est des familles monoparentales, 20% de femmes et 14,5% pour les hommes, la charge mentale a été double, entre la fatigue générée par une augmentation des charges familiales et la crainte de perdre son emploi, alors "les parents solos attachent une importance non négligeable au fait de pouvoir travailler à temps plein".

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