Coronavirus en Belgique : épidémiologistes, virologues, médecins, ces nouvelles stars médiatiques chouchous du public

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À chaque période de crise ou de trouble, une ou plusieurs personnes se retrouvent sur le devant de la scène et deviennent ce qu’on appelle des "personnalités". Rappelez-vous : en 2015 et 2016 lors de la vague d’attentats djihadistes, notre journaliste Justine Katz était devenue la référence, l’experte qui explique l’évolution de la situation au public. Une personne en qui le public a confiance, une image rassurante.

Aujourd’hui, la crise du coronavirus ne fait pas exception. Grâce à elle sont apparues dans les journaux télévisés, dans la presse et sur les réseaux sociaux, toute une série de nouvelles personnalités auxquelles les Belges se sont habitués : les scientifiques.


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Parmi eux, il y a notamment Marius Gilbert, épidémiologiste et chercheur FNRS à l’ULB, l’un des premiers à avoir investi les plateaux de télé pour expliquer le virus aux Belges. Emmanuel André, porte-parole du centre de crise interfédéral qui a quotidiennement la lourde tâche d’annoncer les chiffres de l’évolution de la maladie. Le docteur Philippe Devos, président de l’Absym, qui a lui même affronté la maladie tout en continuant à parler du virus dans les médias. Le Professeur Marc Van Ranst de la KULeuven, aussi présent sur les plateaux du nord que du sud du pays.

Sans oublier de nombreux autres comme l’infectiologue Yves Van Laethem du CHU Saint-Pierre, très présent chez nos confrères d’RTL. Simon Dellicour, l’épidémiologiste et chercheur FNRS à l’ULB. Le Professeur Yves Coppieters, souvent chargé d’analyser les chiffres de l’épidémie dans le JT de 13 heures de la RTBF ou encore Erika Vlieghe, professeure en maladies infectieuses à l’hôpital universitaire d’Anvers, présente sur les plateaux de la VRT et de VTM en Flandre.

Tous les jours, les Belges sont donc confrontés à l’un ou l’une de ces scientifiques et à leurs analyses vulgarisées. Dernier exemple en date de cette popularité croissante, François Vancauwenberghe, un ami de Marius Gilbert, a décidé de créer un t-shirt à son effigie. Un projet symptomatique de l’affection et de la confiance que le public a pour ces nouvelles "stars" qui ont envahi notre quotidien.

Cette affection soudaine pour le corps scientifique s’explique très facilement. Laura Calabrese est chercheuse, elle enseigne l’analyse de discours et la communication à l’ULB.

Selon elle, nous sommes en train de vivre un moment médiatique spécifique. "Nous sommes dans un moment très particulier pour la société où c’est la parole scientifique qui devient centrale. Et c’est une parole qui n’essaie ni de convaincre, ni de séduire, ni d’attirer l’attention. La parole scientifique se focalise uniquement sur des faits et elle ose dire parfois qu’elle ne connaît pas toujours les réponses. Cela montre qu’il y a une énorme demande de la part d’un certain public pour ce type de discours". Une parole scientifique donc très différente de la parole politique.

Politiques vs scientifiques, la tension monte

L’omniprésence de ces hommes et femmes de science commence aussi à créer des tensions avec le monde politique. Des scientifiques qui n’hésitent pas à critiquer l’action du politique en cette période de crise du Covid-19.

Et ces critiques sont souvent mal acceptées par le monde politique, comme en témoigne cette mise au point de George-Louis Bouchez, le président du MR, sur le plateau du "6-9 Ensemble": "Vous ne devez pas confondre la place que l’on fait dans les médias à une série d’acteurs et la place que les politiques donnent à une série de leurs conseillers." Une sortie qui a d’ailleurs elle aussi amené une réponse sous forme de carte blanche publiée dans le VIF du docteur en biotechnologie à l’UCLouvain Caroline Vandermeeren.

Cette tension, elle s’explique aussi par le fait que la parole politique est à l’opposé de la parole scientifique. La politique tente en général d’attirer l’attention du public et essaye de séduire.

Une parole politique trop présente ces dernières années selon Laura Calabrese. "Ce discours politique est en train de passer au second plan alors qu’avant il était au centre mais de manière complètement artificielle. Ces 10 dernières années, la parole politique était omniprésente à cause du traitement journalistique et la multiplication des canaux de communication comme les réseaux sociaux. Une présence des politiciens et politiciennes alors qu’elle n’était pas toujours nécessaire. Une omniprésence du politique que ne souhaitait pas toujours le public".

Un public qui, malgré la situation anxiogène que nous vivons, réclame donc des faits, de l’information de qualité et un discours transparent.