Coronavirus en Belgique : "Les personnes qui restent en Belgique font des efforts énormes, est-ce équitable que des personnes en sortent et prennent des risques ?", demande Frank Vandenbroucke

Au lendemain des mesures annoncées par le comité de concertation du 22 janvier, le ministre fédéral de la Santé publique Frank Vandenbroucke a apporté des précisions sur la situation, et notamment le risque que représentent les nouveaux variants, britannique, sud-africain ou encore brésilien. "Les mesures générales contre le covid-19 sont aussi efficaces contre les variants : se laver les mains, la quarantaine, l’isolement, etc., rappelait-il ce samedi soir sur le plateau du JT. Il y a quand même une raison d’être extrêmement vigilant : ils sont plus contagieux." Pour le ministre, il faut notamment "oser tester à grande échelle", par exemple dans un quartier où l’on observerait une flambée des contaminations.

Par ailleurs, Frank Vandenbroucke rappelle que la Belgique investit dans l’analyse du génome des variants, mais également dans des tests PCR qui pourraient identifier, de manière plus ou moins précise, les variants présents. "Analyser, réagir immédiatement et tester à grande échelle" est donc la nouvelle stratégie des autorités face à cette nouvelle situation. Mais qu’en est-il de la vaccination ? Est-elle efficace sur les variants ? "En ce qui concerne le variant britannique, le vaccin semble bien fonctionner, note le ministre. En ce qui concerne le vaccin sud-africain, c’est moins clair, il y a des doutes." La vaccination doit donc accélérer afin de prendre de vitesse les éventuelles mutations futures du virus.


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Concernant la vaccination, justement, un problème de taille est survenu : le groupe britannique AstraZeneca a annoncé à la Commission européenne qu’il ne pourra pas livrer tous les vaccins prévus. Le nombre de doses sera réduit de moitié : ce ne sera pas 1,5 million de doses pour le premier trimestre, mais 650.000 doses. Pourra-t-on tenir le calendrier de la vaccination ? "Je le crois", espère Frank Vandenbroucke. Ce sera rattrapé après, mais c’est extrêmement gênant pour le début de la campagne." Le ministre relativise : "il y a des mauvaises nouvelles, des bonnes et des incertitudes. La task force va devoir revoir sa stratégie en permanence", rappelle-t-il.

Au rayon des bonnes nouvelles, il rappelle que pour le moment, 190.000 Belges se sont fait vacciner, soit 2% de la population adulte. En outre, une tranche additionnelle de 4,4 millions de doses Pfizer pour le deuxième trimestre va être ajoutée.


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Les problèmes de livraison posent tout de même une grave question : l’Union européenne ne dépend-elle pas un peu trop des compagnies pharmaceutiques ? "D’un côté on ne peut que saluer le résultat de la science, et de l’autre côté ils ont un monopole et on est totalement dépendants, regrette Frank Vandenbroucke. Il peut y avoir des problèmes de production, mais ces incertitudes et ces annonces rendent l’organisation de la campagne très difficile."

Il rappelle que les Etats membres se sont "investis dans la solidarité européenne" et que la Commission a un grand rôle à jouer. Pourrait-on imaginer d’aller plus loin, avec un partenariat avec les Etats-Unis, qui semblent plus accessibles avec l’élection de Joe Biden ? "Il y a une question mondiale, mais pour nous l’urgence, c’est de bien coopérer au niveau européen, affirme le ministre. Il faut exiger que la Commission prenne des positions fortes vis-à-vis de l’industrie pour réclamer ce qui a été promis."


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Frank Vandenbroucke a également évoqué la question de l’interdiction des voyages non essentiels à l’étranger, à partir du 27 janvier et jusqu’au 1er mars. Certains y voient une atteinte aux droits fondamentaux, notamment dans le cadre d’un gouvernement de plein exercice, dont ils souhaiteraient qu’il passe par des moyens plus habituels, comme des lois discutées au Parlement. Le ministre a pourtant rappelé l’urgence de la situation : "Les touristes reviennent avec des virus et des variants dangereux dans leurs valises, martèle-t-il. Les gens qui restent ici font des efforts énormes, difficiles. Est-ce qu’il est équitable que des personnes sortent et prennent des risques ?"

Selon Frank Vandenbroucke, il faut un débat, mais il souhaite concilier "deux droits" : "la liberté de circulation, mais aussi le droit à la santé, à la protection". Il en appelle à la "solidarité" des Belges, notant qu’il y a un an, ce sont bien les mouvements de population qui ont répandu le virus partout en Europe.

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