Coronavirus en Belgique : les personnes atteintes d’un cancer, victimes collatérales de la pandémie ?

La pandémie du covid-19 touche durement la Belgique depuis un mois, avec 30.789 personnes testées positives et 3903 décès au bilan du 13 avril.

Mais cette situation pourrait également porter préjudice aux patients atteints de cancer, alerte l’Institut Jules Bordet, dans un communiqué rendu public ce vendredi. "La crise liée au virus Covid-19 est actuellement responsable d’un ralentissement de l’ensemble des soins nécessaires dans le traitement du cancer", écrit l’institut.

Et pour cause : de nombreux patients n’ont actuellement pas accès aux soins nécessaires et au suivi de leur maladie. L’institut précise qu’il ne s’agit pas d’opposer des groupes de patients, mais de mettre en avant un problème parallèle à la crise du coronavirus.

Nous voyons arriver les prochaines semaines avec inquiétude

"Pour l’instant, nous ne sommes pas encore arrivés à une saturation du système, tempère Vincent Donckier, chef de service de chirurgie à l’Institut Jules Bordet et professeur à l’ULB. Les traitements les plus urgents ont pu dans une large mesure être maintenus, mais ce qui est certain, c’est que nous voyons arriver les prochaines semaines avec inquiétude."

Beaucoup d’examens ont dû être suspendus, ce qui fait craindre aux médecins une deuxième vague de victimes collatérales du covid-19. Parmi ces examens, les diagnostics, les dépistages (radio, scanner) et certains traitements médicaux (chimiothérapie, interventions chirurgicales). "Ces traitements ont été reportés parce qu’on pouvait le permettre, mais avec le temps qui passe, ils vont devenir de plus en plus urgents", s’inquiète le médecin.

Il ne faut pas voir l’hôpital comme un lieu dangereux pour les personnes atteintes d’un cancer

Dans la situation actuelle, les oncologues doivent s’adapter "au cas par cas", explique Thierry Velu, directeur de l’institut du cancer du Chirec. "Nous devons peser le risque lié à l’infection et le risque lié à traiter ou ne pas traiter, en sachant que les traitements peuvent augmenter les risques de complications sévères par covid."


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Dans certains cas, le fait de postposer les dépistages n’est pas très grave, mais c’est parfois compliqué, comme pour le cancer du sein. "Si on prend les mammographies, il y a des situations dans lesquelles des contrôles à six mois doivent être réalisés, dans lesquelles il y a des lésions un peu suspectes qui nécessitent des mises au point complémentaires, très important de ne pas rater un diagnostic de cancer, note Thierry Velu. Il ne faut pas voir l’hôpital comme un lieu dangereux."

La coexistence avec le virus va être longue

Or, dans les conditions d’une pandémie qui inquiète l’ensemble de la population belge, certaines personnes peuvent être réticentes à se rendre à l’hôpital, de peur de contracter le covid-19. "D’un côté, il ne faut pas augmenter les risques de complication chez nos patients, mais il faut aussi montrer que des mesures extrêmement strictes sont prises au niveau des hôpitaux, parce que nous craignons qu’il y ait une peur des patients à se rendre dans les hôpitaux et chez leur oncologue", affirme Thierry Velu.


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Pour le moment, les dépistages systématiques sont suspendus, mais cette situation ne doit pas éternelle. Alors quelles sont les solutions ? Pour Vincent Donckier, il faut faire attention aux discours de "sortie de crise". "La coexistence avec le virus va être longue, rappelle-t-il. Il faudra définir des conditions dans lesquelles on peut reprendre progressivement et en sécurité."

Selon lui, il faut une coordination entre les hôpitaux ou entre les différents services des hôpitaux, pour transférer les patients atteints du covid et libérer les autres secteurs. "Il faut aussi disposer de suffisamment de matériel de protection, et de tests, de virus et d’anticorps", ajoute-t-il.

Vincent Donckier estime également qu’il faut mobiliser des moyens exceptionnels. "Il faut vraiment anticiper ce problème et s’organiser solidairement pour que ça devienne un des problèmes principaux à prendre en charge, parallèlement à la crise du coronavirus", affirme le médecin.

Le cancer n’est d’ailleurs pas la seule maladie concernée par ces mesures de retardement dans les traitements et les dépistages.