Coronavirus en Belgique : le testing, "outil indispensable dont on n’a pas parlé" au Conseil national de sécurité, selon Leïla Belkhir

Ce lundi a eu lieu un nouveau Conseil national de sécurité, ce lundi. Plusieurs décisions ont été prises pour tenter de contrer le rebond de l’épidémie, notamment la réduction de la bulle de contact de 15 personnes par semaine à 5 personnes, toujours les mêmes jusqu’à la fin du mois d’août. Des décisions qui sonnent un retour en arrière, voire presque comme un reconfinement. Pour Leïla Belkhir, infectiologue aux cliniques Saint-Luc, "on aurait peut-être pu nuancer comme dans d’autres pays ", en fonction des zones les plus touchées par ce rebond. Mais dit-elle, "je suis inquiète par rapport à la santé mentale des gens, il y en a pour qui c’est compliqué. Maintenant la décision a été prise il faudra faire avec. On verra si ça porte ses fruits".

Pour Yves Coppierters, professeur de santé publique à l'ULB, "on reconfine socialement'.

Pourtant , pour l’infectiologue, il y a une mesure dont "on n’a pas parlé". Une mesure plus urgente et surtout indispensable : le lancement des campagnes de dépistage massif "c’est indispensable, c’est la clé".

Des moyens, peu de tests réalisés, il faut aller plus loin

Selon les autorités, contrairement aux pénuries du mois de mars, nous avons désormais les capacités de tester. "Nous avons la capacité opérationnelle de réaliser 30.000 tests par jour et nous pourrons rapidement monter à 45.000", indiquait le cabinet du ministre Philippe De Backer ce week-end. Or, par jour, en Belgique ce sont maximum 15.000 tests qui sont réalisés.

Pour Leïla Belkhir, c’est "un enjeu majeur" dans la lutte contre le coronavirus. "Il faut aller plus loin. Il faut aller dans ces clusters, dans les zones où il y a ces foyers, il faut tester beaucoup plus massivement". C’est d’ailleurs aussi l’avis de la plupart des spécialistes.

De plus, aujourd’hui, une fois qu’un cas est testé positif, il est possible de procéder au dépistage de ses contacts proches. Mais là encore, "il faut aller plus loin", plaide l’infectiologue. "Il faut accélérer et tester plus largement y compris les contacts moins étroits essayer de toucher le plus de personnes, le plus de jeunes." Et d’ajouter, "il faut trouver les personnes positives, offrir un accès facile aux tests, et si on veut casser les chaînes de transmission il faut pouvoir aux alentours des personnes positives trouver toutes les autres personnes et les placer en quarantaine si elles sont testées positives.

A la sortie du Conseil national de sécurité, l’infectiologue pointait également le manque de rapidité de ces tests. Un souci en termes d’efficacité. "Je crois qu’il y a un retard entre le moment où on présente les symptômes et le moment ou l’on se fait tester en fonction de l’endroit où elle se fait tester il y a un délai de réponse. Certains ont les résultats dans les 24h, dans les 48h voire dans les 72h ça, c’est déjà un problème. Il faut que nous ayons les résultats rapidement", insiste Leïla Belkhir.

La peur de manquer ?

Le professeur de santé publique, Yves Coppieters, partage la surprise de Leïla Belkhir sur ce sujet du dépistage, grand absent de ce Conseil national de sécurité; "un mystère" dit-il. 

Une incompréhension des spécialistes d'autant que les autorités affirment que nous avons les capacités opérationnelles de tester. Or, moins de 15.000 personnes se font tester par jour sur près de 30.000 tests quotidiens disponibles.


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Et selon Yves Coppieters, ce qu'il y a d'incompréhensible c'est qu'organiser de vastes campagne de dépistage serait plutôt une mesure populaire. Yves Coppieters avance une hypothèse à ce sujet : il s'agirait "peut-être" de vouloir faire des "petites économies", en prévision de la rentrée. 
 
"Je pense qu'on a peur d’utiliser à mauvais escient le matériel. Nos décideurs ont peur d’être à court de matériel en septembre, au moment ou l’épidémie risque de flamber à nouveau. Il faut des petites économies pour être sûr d’avoir les capacités suffisantes parce qu'à l’échelle mondiale, on sait que c'est encore un peu compliqué. Mais est ce pertinent en termes de santé publique, pas sûr", argue le professeur sur le plateau de CQFD. 
 
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