"Les mesures de distanciation doivent être maintenues mais elles doivent être intelligentes", selon le Docteur Orban

Depuis une semaine les médecins généralistes ont vu leur charge de travail littéralement exploser et faire face à cette charge de travail est devenu aujourd'hui compliqué, explique le Docteur Thomas Orban, président de la SSMG (Société Scientifique de Médecine Générale), interrogé dans Matin Première. "Nous sommes les premiers à pouvoir vérifier que le système est en train d'exploser. Il faut pouvoir le dire rapidement et être entendus. Dans ces cas-là, on a souvent l'impression d'être entendus trop tard".

Les médecins généralistes "sont fatigués, usés et ils ont des outils qui ne sont pas toujours aisés à manipuler, comme ce testing qui s'engorge et dont les résultats n'arrivent pas toujours à temps. On est au carrefour d'une série de contraintes : les patients qui ont attendu pour leurs soins chroniques arrivent maintenant, et dont on doit s'occuper sinon le retard de soins aggravera l'état, de plus en plus d'écoles et d'entreprises envoient les gens chez le médecin dès qu'il y a des symptômes, il faut rédiger des attestations et des prescriptions de tests, il faut gérer les résultats, il faut rédiger des certificats de quarantaines ou d'interruption de travail", poursuit-il.

Commandement uni

A Bruxelles, des gens viennent au cabinet se faire tester parce que les centres de testing ne suivent pas : la majorité sont sur rendez-vous. "Lorsque les patients ont rendez-vous 5 ou 6 jours plus tard, ils savent très bien que c'est trop tard. Donc ils appellent le généraliste pour être testés plus tôt. Le risque c'est de voir des gens qu'on teste trop tard et que, pendant ce temps ont infecté une série de personnes. Donc on verra comme dans d'autres pays des tranches d'âge qui s'infectent les unes les autres jusqu'à arriver aux personnes âgées qui vont se retrouver à l'hôpital".

Thomas Orban déplore aussi le fait que chacun se renvoie les responsabilités : "On a demandé en mars qu'il y ait un commandement uni pour gérer cette crise du coronavirus, c'est compliqué de voir que les différentes compétences sont éclatées dans ce pays. Par exemple, la communication reste compliquée. Les parents ont très peu d'informations sur ce qu'ils doivent faire lorsqu'un enfant à un rhume par exemple", explique-t-il.

Il constate que "le système est en train de vivre un crash-test de ce qui n'a pas été fait avant. Depuis des années on parle d'un système "Assisteo", une aide à la pratique chez les généralistes. Si on l'avait aujourd'hui, on ne serait pas dans cette situation. Si j'avais aujourd'hui une aide administrative médicalisée, elle pourrait gérer à ma place tous les papiers que je ne peux pas faire moi-même".

Thomas Orban demande que, lors de la prochaine réunion du Conseil national de sécurité, certaines mesures soient prises : "Il faut éviter de tout renvoyer systématiquement vers le généraliste. Quand on ferme une classe en raison de deux cas positifs et que les médecins scolaires contactent les parents, je ne vois pas pourquoi on doit me demander de faire des prescriptions de tests et des certificats. Je n'ai rien décidé et il y a en plus un risque de voir une contradiction entre le médecin scolaire et le généraliste".


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Concernant l'adhésion de la population à la notion de "bulle", Thomas Orban demande : "Comment voulez-vous adhérer quand on ne vous a pas bien expliqué? C'est impossible. On connaît aujourd'hui très bien les raisons qui font qu'il faut limiter les contacts. Partout où il y a des contacts rapprochés sans barrière la dissémination du virus augmente. Ce virus a un coût énorme pour notre économie : il y a aussi un crash-test de notre mentalité sociale très individualiste où chacun se dit : j'ai bien fait les choses donc je n'ai rien à me reprocher. Mais on ne fait pas bien les choses puisqu'on ne sait pas ce qu'on doit faire".

Les mesures de distanciation "doivent être maintenues mais elles doivent être intelligentes : obliger les gens à mettre un masque en rue quand il n'y a personne, je ne trouve pas cela intelligent", conclut-il.

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