Coronavirus en Belgique : "Le sacrifice a ses limites", le personnel soignant à bout de souffle

Coronavirus en Belgique : " Le sacrifice a ses limites", le personnel soignant à bout de souffle
Coronavirus en Belgique : " Le sacrifice a ses limites", le personnel soignant à bout de souffle - © KENZO TRIBOUILLARD - AFP

Le CNE, syndicat du secteur non marchand, a, ce jeudi, mis en évidence plusieurs témoignages de personnes travaillant dans le secteur des soins de santé.

Des témoignages de personnes à bout de souffle qui travaillent dans des conditions extrêmes, souvent privées de moyens de protection pour mener à bien leur mission face à cette crise du coronavirus. Peu de masques, peu de tests effectués sur le personnel, des médicaments qui commencent à manquer…


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Le personnel soignant est face à un dilemme, "coincé entre deux réalités", dit le syndicat : "celle de soigner et celle de protéger (soi, sa famille et les autres patients)", explique l’organisation syndicale.

Le manque de matériel pousse au cri d’alarme

Les témoignages émanant de tout type de structures et d’à peu près toutes les professions du secteur convergent.

Le manque de matériel de protection empêche clairement les structures de fonctionner et le personnel soignant de travail dans des conditions sereines pour affronter la crise.

Autre consigne : le personnel de la radiologie doit porter en permanence un masque chirurgical à ficelles et des gants. Un seul masque par personne par jour pour des questions de rationnement (alors que ces masques ne protègent que 3 à 4 heures environ). Les masques FFP2 nous sont interdits sous prétexte que le contact avec les patients infectés n’est pas assez long

L’organisation syndicale, CNE tire la sonnette d’alarme, ce système, dans la durée, ne tiendra pas. Ce sont presque toutes les professions du secteur qui en témoignent : infirmier, brancardier, aide-soignant… en unité de soins intensifs, en maison de repos ou encore en hébergement pour personnes handicapées.

Même son de cloche pour les hôpitaux bruxellois. Ce mercredi, tous les hôpitaux bruxellois, privés et publics, sortaient également du silence, expliquant que "la pénurie de matériel et de médicaments était intenable". Ils demandaient aux autorités fédérales, à Maggie De Block et au SPF santé d’arrêter "de restreindre la distribution de stock que nous savons encore disponible en matériel de protection et de médicaments dans le pays – les fameux " stocks stratégiques " – dans l’attente d’une catastrophe".


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"En termes de masques il y a un petit mieux, mais d’autres pénuries arrivent d’autant qu’il y a une amplification de la crise" explique Yves Hellendorff, en charge du syndicat CNE. Mais, plaide-t-il, "il faudrait un inventaire clair du matériel disponible en Belgique".

Fatigue généralisée

Les brancardiers qui passent après les infirmières pour les masques, ceux et celles qui viennent coudre leur propre blouse de travail sur place… quand certains parlent de "situation cauchemardesque", d’autres abordent la fatigue de leurs collègues qui enchaînent les heures supplémentaires. Des conditions de travail qui cumulées au stress de la situation et aux risques d’attraper le virus poussent le personnel à bout.

 

Ah, la psychologue passe, ça va ? Réponse ! Oui, on dit encore que oui. On fait des heures en plus… Noté manuellement. On mange en 12 minutes J’en ai les larmes aux yeux. On a des bras. Heureusement qu’on ne regarde pas aux effectifs. Mais on est jamais assez. C’est cauchemardesque

Sans protection, risque de propagation

En première ligne, ils sont bien évidemment exposés en premier au virus. Ce que l’on constate aussi à travers ces témoignages, ce sont les risques que prend le personnel, pour eux mais aussi en termes de risques de propagation du virus. Faute de matériel.

Mes collègues me disent qu’ils ne savent pas suivre et qu’ils ne peuvent, dans ces conditions, observer de manière optimale les désinfections d’usage et les protections d’isolement nécessaires. Les cas suspects sont enchaînés les uns à la suite des autres avec désinfection rapide et sommaire de la table d’examen. L’air de la salle de scanner n’est jamais assaini. Comme nous n’avons qu’une seule machine, les patients sains suivent ou précèdent les infectés ou suspects

L’autre pendant de ces témoignages que collecte le syndicat du secteur non marchand, c’est ce choix impossible auquel est confronté le personnel soignant. S’exposer et courir le risque de contaminer ces proches ou d’autres personnes, ou soigner vaille que vaille. Et qui doit soigner, quelles procédures ? Est-ce à l’infirmière ou au brancardier de transporter un patient qui serait susceptible d’être atteint du COVID-19 ? Les maisons de repos doivent-elles garder les patients contaminés ?

Immersion dans une maison de repos (JT)

Ce que déplore le syndicat, c’est qu’il n’y ait pas de directives claires de la part des autorités supérieures : avec ou sans matériel de protection, je soigne ou non ? " S’il n’y a pas de masques, s’il n’y a pas de tests, s’il y a des suspensions de cas COVID-19, il n’appartient pas à l’employé ou à la direction de décider si l’on soigne ou non", argue Yves Hellendorff.

Pour l’heure le choix est laissé aux directions des diverses infrastructures. "Les gens ont la boule au ventre au travail et chez eux, quand ils n’emmerdent pas les voisins", souffle le représentant syndical.

Le sentiment de honte

Ce qui ressort également de nombreux témoignages, c’est un sentiment de honte. La honte de ne pas pouvoir faire son travail correctement, de ne pas en avoir les moyens.

 

Je suis dégoûté de comment on est traité tous et toutes. On adapte la manière de travailler au stock disponible au détriment de la protection des travailleurs et des patients. C’est honteux. On devrait montrer l’exemple et c’est tout l’inverse. J’ai honte de notre institution et la manière dont c’est géré.

"Il y a un malaise, un sentiment d’impuissance. On ne sait pas quoi dire aux gens. Ce sont des choses qui vont marquer ces travailleurs à vie", déplore Yves Hellendorff.

Reportage "en immersion" à l'hôpital Erasme (JT 19h30 du 1er avril)

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