Coronavirus en Belgique : le retour à la (quasi) normale peut être mal vécu

C’est sans doute la journée que beaucoup attendent depuis le début de l’adoption des mesures de confinement au mois de mars, le Conseil national de sécurité (CNS) devrait annoncer tout une série de mesures de déconfinement. Elles concerneront les restaurants et bars, le secteur événementiel, le culturel, le sportif, l’explosion des bulles de contacts et les vacances. Des mesures que beaucoup attendaient pour retrouver une vie sociale quasiment normale. Mais si certains piaffent d’impatience, d’autres redoutent sérieusement ce retour à la (presque) normale.

Restez prudent

Avant toute chose, il faut préciser que ce qui nous attend à la sortie de ce CNS n’est pas un retour complet à un quotidien comme nous le connaissions avant l’arrivée du Covid-19. Il faudra toujours respecter les mesures de distanciation sociale (surtout avec les personnes les plus fragiles et notamment les plus âgées), continuer à favoriser le masque, et respecter les mesures d’hygiène en se lavant les mains régulièrement. Néanmoins, le retour dans les restaurants, les bars, et tous les autres lieux de sociabilisation fera du bien. Même si ces derniers jours, certains Belges n’ont pas attendu et ont recommencé à voir des personnes en dehors de leur "bulle" de 4 personnes.


►►► À lire aussi : Déconfinement en Belgique : un Conseil national de Sécurité est en cours, une conférence de presse aura lieu dans la foulée


Il faut aussi penser à notre bien-être psychologique, nous avons besoin de contacts sociaux

C’est le cas de Fanny qui témoignait ce matin sur La Première : "Depuis le début du confinement, j’ai respecté les consignes de façon très très stricte puisque j’ai été diagnostiquée positive dès le début de l’épidémie en Belgique. Mais pour la première fois le week-end dernier, j’ai pris quelques libertés par rapport aux consignes du gouvernement fédéral. J’ai revu deux amis que je ne voyais pas pendant le confinement. On a fait un petit apéro en respectant toutes les précautions nécessaires et ça a fait un bien fou ! Le week-end prochain c’est l’anniversaire de mon fils et on a décidé de le fêter en famille avec les plus proches, toujours en respectant le port du masque et les distances de sécurité. Clairement je prends des libertés par rapport aux décisions fédérales. Il faut dire qu’on y comprend plus grand-chose. Il y a une certaine incohérence avec les mesures édictées. Donc j’ai pris des libertés mais sans faire n’importe quoi. Il faut aussi penser à notre bien-être psychologique, nous avons besoin de contacts sociaux".

Les craintes du déconfinement

Le bien-être psychologique justement, il a été mis à rude épreuve durant ce confinement. À tel point que si certains sont ravis de retrouver leurs collègues, amis et proches, d’autres redoutent réellement ce retour à une quasi-normalité sociale. C’est le cas de Céline, 31 ans, qui a respecté les mesures de confinement à la lettre : "Je redoute un peu le déconfinement parce que je me suis habituée à vivre confinée pendant trois mois. Je me suis créé des petites habitudes.

Si je suis heureuse de retrouver mes amis et ma famille, c’est le retour à la foule qui m’inquiète

C’était déjà assez compliqué de se mettre dans le "mode confinement" et puis maintenant il faut recommencer à changer ses habitudes, c’est assez désagréable et inconfortable. Pourtant j’avais tendance à avoir beaucoup d’activités sociales avant et ces habitudes vont revenir assez rapidement je pense. Mais la phase de transition sera un peu difficile à mettre en place. Je n’ai pas de crainte d’un point de vue sanitaire, je ne crains plus trop le virus. Je ne me sens pas forcée de ressortir mais ça ne va pas être évident. Si je suis heureuse de retrouver mes amis et ma famille, c’est le retour à la foule qui m’inquiète".


►►► À lire aussi :


Un retour à la normale difficile

Et ces craintes d’un retour à la normale sont légitimes même si les chiffres de l’épidémie évoluent dans le bon sens ces dernières semaines. C’est l’avis de Michel Hansenne, professeur à la faculté de psychologie à l’Université de Liège (Uliège) : "On a vécu une situation véritablement anxiogène. C’est quand même la première fois dans l’histoire qu’on a vécu une situation pareille où tout le monde au même moment était confiné chez soi. Et tous les Belges l’ont vécu différemment. Certains l’ont vécu comme une contrainte, d’autres comme une espèce de libération d’un quotidien qui n’était pas très agréable et donc il y aura des réactions très différentes à ce retour à la normale. Certaines personnes vont se ruer parce qu’elles ont été privées de leurs contacts sociaux et d’autres au contraire, ne vont pas se précipiter. Elles vont continuer le retrait qu’elles ont été forcées d’appliquer pendant le confinement".

il y aura des réactions très différentes à ce retour à la normale

Les jours et les semaines qui viennent pourraient donc être difficiles pour celles et ceux qui se sont le plus isolés. C'est ce qu'explique Michel Hansenne: "Retrouver la normale après toute l’anxiété que nous avons connue, c’est assez problématique. Certains vont même le vivre comme un traumatisme et une petite minorité pourrait presque développer des symptômes de stress post-traumatique. On a tous été soumis à un traumatisme et les réactions de chaque individu sont très différentes. Mais cette crainte du retour à la normale est justifiée. Est-ce un retour 'sûr' à la normale ? Beaucoup de personnes vont se poser la question. Et malheureusement c’est très difficile de donner des conseils pour surmonter cette peur car tout dépend de la personne et la façon dont elle a vécu son confinement. C’est impossible de donner un conseil général".