Coronavirus en Belgique : la pauvreté gagne du terrain et touche de nouveaux publics à cause de la pandémie

La Croix Rouge publie ce mercredi les résultats d’une enquête sur l’impact financier et psychosocial de la pandémie de Covid-19 en Belgique. Les conclusions confirment la littérature sur le sujet : la pauvreté s’est aggravée est Belgique et elle touche de nouveaux publics. Le sondage révèle que 9 personnes sur 10 sont confrontées à des difficultés financières, des troubles psychologiques, une période de chômage temporaire voire à la perte de leur emploi. Une évolution confirmée par d’autres acteurs de terrain.

Se nourrir en gagnant moins ou… rien

L’une des conclusions de l’enquête – réalisée sur un échantillon de 1000 personnes francophones par iVox pour la Croix Rouge – indique la gravité de la situation : 2 personnes sur 5 ont disposé d’un revenu moindre pour se nourrir. Face à la perte de leur pouvoir d’achat, environ un quart des sondés se sont tournés vers une gamme de produits de première nécessité et/ou vers des denrées moins chères que celles auxquelles ils étaient habitués.

La Croix Rouge est confrontée au problème au quotidien dans la mesure où l’aide alimentaire délivrée dans ses points de distribution en Belgique est en hausse de 32%. Quant aux colis alimentaires, 300 sont délivrés chaque jour.

Les jeunes ont davantage recours à l’aide alimentaire…

Ces chiffres n’étonnent pas le directeur général de la Fédération des CPAS de Wallonie, Alain Vaessen : "Le nombre de personnes qui bénéficient du revenu d’intégration (ancien minimex, ndlr) a augmenté entre 5% et 10% dans les CPAS lors l’année écoulée. Ce pourcentage s’ajoute à la hausse de 50% observée depuis 2014." En d’autres termes, le nombre de personnes qui perçoivent le revenu d’intégration a plus que doublé en huit ans.

L’enquête révèle aussi que chez les moins de 34 ans, une personne sur 4 fait face à une période de chômage temporaire et un peu plus d’un Belge sur dix de la même catégorie d’âge a perdu son emploi. Enfin, les jeunes ont davantage recours qu’avant à l’aide alimentaire, qu’ils soient étudiants ou non.

… Les indépendants aussi

Pour le responsable de l’épicerie sociale de la Croix Rouge d’Auderghem, Luc Swysen, avec la pandémie, "les personnes qui étaient sur fil du rasoir ont basculé dans la pauvreté". Parmi elles, des travailleurs pauvres, des personnes travaillant à temps partiel, beaucoup de femmes seules ayant en charge une famille, des indépendants, des personnes travaillant dans l’événementiel, des travailleurs du sexe ou encore des étudiants.


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"La crise sociale est devant nous"

L’émergence d’un nouveau public pauvre est confirmée par Christine Mahy du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté. "De nombreuses personnes n’avaient aucune réserve financière et ont très vite dû se tourner vers les CPAS ou d’autres organismes. Mais deux confinements plus tard, nombreuses aussi sont celles qui ont désormais utilisé leurs économies soit parce qu’elles n’ont plus été autorisées à exercer leur métier, soit parce qu’elles ont perdu leur emploi… Ces personnes appellent à l’aide à leur tour… La crise sociale est devant nous."

Ce constat est partagé par les Centres publics d’action sociale alors que de plus en plus de jeunes et d’indépendants viennent frapper à leur porte : "Des jeunes, des indépendants et des commerçants, précise le directeur général des CPAS de Wallonie, Alain Vaessen. Les CPAS n’ont pas l’habitude de gérer l’état des besoins des indépendants, sensiblement différent de celui des personnes dans le système depuis un certain temps. On a dû mettre en place un réseau d’appui auprès des CPAS pour répondre à cette demande."

"Le CPAS m’a aidée à payer 4 loyers de retard"

Le cas de Sonia Baus en dit long. Dans l’impossibilité d’exercer son métier de coiffeuse, elle a été obligée de se tourner vers la Croix Rouge au début de la pandémie. Cette femme de 58 ans fréquente l’épicerie sociale d’Auderghem depuis lors. "J’ai dû fermer mon salon 3 mois pendant le premier confinement et 3 mois et demi lors du deuxième. J’ai bénéficié une seule fois du droit passerelle, après 7 mois d’attente. C’est très dur. Je paie un loyer de 820 euros par mois, plus les charges. Le CPAS m’a aidée à payer 4 loyers de retard. Et je viens de payer les 4 derniers moi-même. J’ai par ailleurs six mille euros de lois sociales à payer."

L’ardoise est très lourde et Sonia Baus s’inquiète pour l’avenir car "tout le monde s’est rué dans mon salon à partir du 13 février ; ça a duré quinze jours. Mais maintenant, c’est le calme plat et je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait... Les gens ont peur."

Une gestion à long terme ?

La plupart des acteurs de terrain constatent l’explosion de cette nouvelle pauvreté et redoutent qu’elle s’installe. Ils demandent aux autorités publiques d’agir sur le long terme. Rappelons que le gouvernement fédéral a pris des mesures d’urgence en prolongeant la période d’utilisation du fonds Covid-19 de 125 millions jusqu’au 31 décembre, et en débloquant 24 millions d’euros supplémentaires pour les CPAS afin qu’ils octroient des aides aux jeunes particulièrement touchés par la crise du coronavirus.

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