Coronavirus en Belgique : en mai, "on va passer dans un régime qui n'aura rien à voir avec ce qu'on a connu", dit Marius Gilbert

Alors que le nombre de patients Covid admis à l’hôpital ne cesse de décroître jour après jour, le temps est à l’espoir. Et l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB) est lui aussi optimiste : "On a de bonnes raisons de penser maintenant, en raison de l’avancement de la campagne de vaccination, les hospitalisations ne vont plus vraiment cesser de diminuer." Avec la campagne de vaccination comme alliée clé, les prochains mois seront déterminant pour connaître la façon dont nous pourrons "vivre avec le virus".

Après la première, deuxième ou encore troisième vague, le chercheur de l’université bruxelloise parle aujourd’hui d’une "nouvelle phase". "Dès le moment où la grande majorité des personnes potentiellement à risque seront protégées par la vaccination, cela va changer complètement la quantité de personnes susceptibles de se faire hospitaliser et donc le coût bénéfice d’un ensemble de mesures. Et donc, on va pouvoir basculer sur une toute autre gestion de l’épidémie de manière relativement durable", rassure-t-il.


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Va-t-on alors vers la grande libération que beaucoup attendent ? Pas si sûr car des incertitudes persistent encore, comme les "résistances" de certains variants aux vaccins ou la proportion de population vaccinée. Mais c’est quand la proportion de la population vaccinée sera jugée "suffisante" qu’il sera temps pour les autorités d’observer, puis de "faire le bilan pour voir ce qui est encore nécessaire de maintenir en fonction du bénéfice que ça peut encore apporter par rapport à la situation sanitaire". Les cas de contaminations persistants seront passés à la loupe pour déterminer les mesures à lever.

L’impact de la vaccination déjà visible

"On voit qu’il y a trois indicateurs qui sont en baisse simultanément. Ce sont d’une part, le nombre de cas positifs mais aussi le taux de positivité et surtout, le nombre d’admissions hospitalières", se réjouit l’épidémiologiste, désormais visage connu des Belges pour son analyse de l’épidémie en Belgique. Il rappelle qu’autant de personnes ont été vaccinées durant le mois d’avril qu’au cours des trois mois précédents. "Dans les semaines qui viennent, on va vraiment tirer profit de cette campagne de vaccination qui avance vite et qui continue à avancer assez vite avec un programme de vaccination assez ambitieux", ajoute-t-il.


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Car si les injections se succèdent dans les centres de vaccination ou même à domicile depuis cette dernière semaine d’avril, l’impact du nombre de personnes ayant reçu une ou les deux doses du vaccin n’est ressenti qu’avec un certain décalage. D’où la récente diminution constante des hospitalisations, selon le scientifique. "C’est pour ça qu’on peut être très optimiste sur la poursuite de cette évolution à la baisse dans les prochaines semaines", pointe-t-il.

Pour preuve, alors que la courbe des décès montait à mesure que l’âge augmentait, aujourd’hui elle prend la forme d’une cloche. Ce sont donc les personnes "d’âge intermédiaire" qui décèdent le plus du virus. Marius Gilbert estime qu’il s’agit d’un "bénéfice direct de la protection vaccinale", qui a d’abord bénéficié aux personnes plus âgées car la vaccination leur était réservée et qui va se poursuivre chez les classes d’âge plus jeunes dans les semaines et mois à venir.

Pas de risque zéro

Marius Giblert rappelle qu’aucun vaccin, même après les deux doses, ne prodigue une efficacité de 100% : "Quand on dit que la vaccination est efficace à plus de 90%, cela veut dire qu’une certaine proportion assez faible des personnes vaccinées, peut néanmoins être infectée et transmettre." À l’heure actuelle, il ne sait pas dans quelle proportion cela peut tout de même contribuer à la transmission générale.


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C’est la proportion du total de personnes vaccinées sur l’ensemble des Belges qui sera donc prépondérante car la protection, même incomplète, garantit une moindre circulation du virus. C’est difficile à dire parce que ça dépend de l’effet macro que l’on va pouvoir avoir grâce à cet effet. "Pour deux personnes qui seraient vaccinées, non seulement le risque de transmission est très faible mais les chances qu’une personne soit infectée vont aussi être beaucoup plus faibles. Et ça, c’est le bénéfice collectif de la vaccination", explique-t-il.

D’où l’invitation de nombreux scientifiques envers la population à se faire vacciner. Marius Gilbert soulève toutefois la question de la proportion de personnes que la campagne de vaccination saura atteindre. Rien n’est moins sûr mais les prochaines semaines pourraient être décisives pour en avoir une indication. "Ce n’est plus la vitesse de la vaccination qui va être limitante, c’est la proportion de gens qui veulent se faire vacciner."

Avec la transmission des variants chez les personnes vaccinées, cette proportion sera la clé de voûte qui permettra de moduler – ou non – un certain nombre de mesures de précautions.


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Prudence tout de même

Mais l’épidémiologiste invite à être prudent dans la manière dont la Belgique relâchera les mesures une fois un nombre suffisant de Belges vaccinés. "Je pense que la crainte, et on l’a vu en Israël qui a de l’avance sur nous en termes de vaccination, est que dès le moment les gens sont vaccinés, ils ont l’impression qu’ils sont complètement protégés et donc on relâche tout. Dans ce cas-là, le bénéfice de la vaccination est dans un premier temps compensé par une augmentation des contacts due au fait qu’on se sent peut-être un peu trop en sécurité."

Il plaide donc pour la prudence. "Mais très clairement, nuance-t-il, dans le mois qui vient, on va voir ce basculement qui va se dérouler petit à petit avec ce bénéfice de la vaccination qui va se marquer de plus en plus. On va vraiment basculer vers un changement de phase, passer dans un autre régime avec des choses à maintenir mais qui n’aura plus rien à voir avec ce qu’on a connu."

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