Coronavirus en Belgique : du pic d'avril à la stabilisation de mai, comment la mortalité a évolué


Comment (bien) compter les décès dus au coronavirus ? La question agite la sphère scientifique et médiatique depuis le début de la pandémie de Coronavirus dans le monde. A plusieurs reprises, la Belgique a défendu sa méthode. Surtout quand certains se sont livrés au jeu des comparaisons d’un pays à l’autre et que notre pays arrivait en tête des classements.

"Notre manière de déclarer les choses est probablement scientifiquement la plus adéquate et la plus honnête", affirmait mi-mai Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19.

Pour les épidémiologistes belges, il a fallu faire de la pédagogie. Y compris à l’international. "La Belgique a adopté un système de comptage particulier. Il inclut, dans la mortalité, tous les décès intervenus dans les hôpitaux, tous les décès testés positifs dans les maisons de repos, mais aussi tous les cas 'possibles'", déclarait ainsi à TV5 Monde Yves Coppieters, professeur en santé publique à l’ULB.

Comme on le voit sur les graphiques ci-dessus (s’ils ne s’affichent pas correctement, cliquez ici et pour les voir en plein écran), le nombre de décès toutes causes confondues est revenu fin mai au niveau des années précédentes. Et ce après un important pic qui a commencé à la fin du mois de mars pour se terminer fin avril.

2018 vs. 2020

Fin mai, on était même passé sous le nombre moyen de décès par jour calculé entre 2009 et 2018. Si on compare 2018 et 2020, on constate même que davantage de décès ont été rapportés dans les derniers jours de mai 2018 par rapport à la même période cette année.


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Si on remonte dans le temps, du 23 mars au 3 mai, "nous avons observé 7832 décès supplémentaires (61,4% d’excès de mortalité) par rapport à ce qui était attendu sur base des cinq dernières années (dont 4262 décès supplémentaires chez les plus de 85 ans, 3289 décès supplémentaires chez les 65-84 et 340 décès supplémentaires chez les 15-64 ans)", poursuit Sciensano dans son bulletin épidémiologique du 12 juin dernier.

Toutes les classes d’âges ont donc été touchées par cette surmortalité. "L’incidence des syndromes grippaux et des infections aiguës des voies respiratoires a atteint un pic dans les trois groupes d’âge (en semaine 12 chez les personnes de moins de 85ans et en semaine 15 chez les personnes de plus de 85ans) puis a diminué", ajoute le rapport de Sciensano.

Certaines régions plus touchées que d’autres

Si aucune région n’a échappé à l'épidémie de Coronavirus, elle n’a pas eu les mêmes effets sur notre territoire. Elle a été plus importante en Région de Bruxelles-Capitale où, apprenait-on le 19 mai dans une étude de la Vrije Universiteit Brussel (VUB), un nombre de décès jusqu’à trois fois plus élevé que la normale a été enregistré lors de certaines semaines.

Selon Sciensano, il faut attendre le 11 mai pour qu’il n’y a plus de surmortalité observée dans les trois régions. "Le nombre de décès observé reste dans la fourchette prévue", expliquent les autorités sanitaires belges.

Le coronavirus n’est évidemment pas la seule cause dans cet excès de mortalité. "Des concentrations élevées en ozone ont été enregistrées les 8 et 9 mai par IRCELINE [la Cellule interrégionale de l’environnement qui informe sur la qualité de l’air en Belgique, ndlr], développe encore Sciensano. Il est possible que ces pics d’ozone aient engendré cette surmortalité significative à court terme, comme il est courant de l’observer durant l’été".

Précision importante : "Il est préférable de comparer les chiffres de mortalité de 2020 avec ceux de 2018 qui était une année avec une épidémie de grippe plus intense et avec des conditions météorologiques et environnementales rudes (vague de froid et smog)."

Bien décidé à défendre sa méthode de comptage, Sciensano tire quatre conclusions dans son bulletin du 12 juin :

  • La surmortalité dans la population est très probablement liée au COVID-19 ;
  • le rapportage de la mortalité COVID-19 est bien effectué durant l’épidémie ;
  • il reste une surmortalité significative fin mars et début avril qui peut être expliquée soit, par une surmortalité qui est indirectement liée à l’épidémie de COVID-19, soit parce que la mortalité COVID-19 n’a pas été suffisamment rapportée pour cette période (il y a trois jours avec un peu moins de 400 décès par jour où le nombre de décès n’est pas lié au COVID-19
  • il y a quelques jours avec une sous-mortalité significative fin avril, c’est-à-dire que la mortalité toutes causes confondues, hors COVID-19, est plus faible que ce qui était attendu sur base des cinq dernières années.
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