Coronavirus en Belgique: comment garder le moral ?

Comment garder le moral face au coronavirus ?
Comment garder le moral face au coronavirus ? - © Ada Yokota - Getty Images

Ce n’est pas ce qu’on s’imaginait. En mars, au début, on pouvait croire qu’en faisant le gros dos, il finirait par nous laisser tranquilles ce coronavirus. Juste une mauvaise passe. Mais non, il est toujours là. Il s’incruste. Il reprend vigueur. Et les mesures se succèdent – assouplissement, durcissement, et ainsi de suite. Pour combien de temps ? On ne sait pas.

"On doit bien avouer qu’en ce qui concerne les pandémies on a peut-être un peu oublié la durée dans laquelle s’inscrivent des crises de cette nature", souligne Vincent Yzerbyt, psychologue social (UCL). "En tant que population, nous n’avons pas ou plus l’habitude de soutenir des périodes aussi longues de détresse."

Alors comment on fait, pour tenir, psychologiquement parlant ? Faire l’autruche, continuer comme si de rien n’était, advienne que pourra ? Ou à l’inverse, se couper de tout, hiberner, mettre sa vie entre parenthèses ? Ici nous allons plutôt explorer quelques pistes pour continuer à vivre, tout en tenant compte du contexte hors norme dans lequel nous sommes tous plongés. Conseils de pros.

Accueillir ses émotions

"La toute première chose, c’est d’être indulgent avec soi-même, accueillir ses émotions avec bienveillance, se dire qu’on a le droit de ressentir de l’angoisse, de l’inquiétude, de la colère", dit Lucie Hubinon, chargée de prévention et de promotion en Santé mentale pour l’AVIQ.

On n’a pas à être performant, on fait tous comme on peut

"Dans la société de la performance où on évolue, où il est difficile de parler de nos craintes, de nos émotions, de nos faiblesses, c’est important d’accepter que c’est dur", poursuit-elle. "On n’a pas à être performant, on fait tous comme on peut".

C’est pour elle une première étape vers la résilience, "cette capacité à rebondir en période d’adversité, à s’adapter".

Garder le lien social

"Évidemment c’est compliqué, de garder le contact dans cette période d’isolement physique mais c’est important de rester en contact avec ses collègues, ses amis, sa famille, par téléphone ou par tous les moyens, et parler de ce qu’on vit avec des personnes extérieures si on en ressent le besoin", poursuit Lucie Hubinon.

"On n’a plus les mêmes possibilités dans cette situation de pandémie comme on pourrait en avoir dans le cas d’une catastrophe naturelle. Mais nous disposons d’outils extraordinaires, qui nous permettent de travailler cette solidarité, nous avons des moyens de communication et nous pouvons cultiver ce lien social, beaucoup plus que par le passé, en gardant les précautions en matière de distance physique", abonde Vincent Yzerbyt.

Garder le contact, entretenir les liens, c’est important pour soi et pour les autres. Or soulignent les deux spécialistes, s’occuper des autres, c’est aussi s’occuper de soi. Un cercle vertueux.

Etre attentifs aux autres

"Nous sommes des animaux sociaux : en situation d’incertitude, on a un besoin irrépressible de nous tourner vers les autres pour chercher des signaux réconfort, et le fait de voir chez les autres des signaux de réconfort est une aide très précieuse, donc ne sous estimons pas nous-mêmes l’aide qu’on peut apporter aux autres", explique Vincent Yzerbyt. Un échange de bons procédés, en somme, "qui permettra à chacun de passer l’épreuve plus facilement".

"On sait que faire preuve d’empathie, s’intéresser à l’autre, faire preuve de compréhension, à travers les moyens dont on dispose, ça permet de diminuer le stress, ça contribue au fait de se sentir bien", souligne Lucie Hubinon. Quand on passe un appel à un collègue ou un ami, l’idée n’est donc pas forcément de commenter ensemble l’actualité, la cohérence ou la pertinence des mesures mais de se focaliser sur ce que l’on ressent, ensemble. "On peut essayer de s’observer soi, de se demander ce qu’on ressent et inviter nos proches à faire ce travail-là aussi et à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Ça, ça peut aider en termes de moral".

Et c’est d’autant plus précieux pour un proche qui serait lui-même malade, en quarantaine, en attente du résultat d’un test.

Voir que tout le monde partage ce fardeau en allège le poids

Au-delà de nos proches, être attentifs aux autres, pour Vincent Yzerbyt, c’est aussi une question de solidarité plus globale. Qui peut s’exprimer aussi dans le respect des mesures. "Si vous vous rendez dans des lieux publics, le fait de bien respecter les mesures est un soutien à l’autre, le fait d’être attentif au personnel du supermarché où l’on se rend, c’est une façon de renforcer le lien social et de montrer son respect à l’autre. Le fait de s’envoyer mutuellement des messages de respect et d’application des mesures a un effet sur le moral, sur la motivation. Voir que tout le monde partage ce fardeau en allège le poids."

"On est tous dans le même bateau, on n’est pas seul face à cette adversité, et on va y arriver, on a tous des capacités d’adaptations", renchérit Lucie Hubinon.

Voir le sujet JT : "Limiter ses relations sociales, une cata pour le moral?" (16 octobre 2020)

Faire confiance à ses capacités d’adaptation

"C’est important de faire confiance à ses capacités d’adaptation, et de se rappeler régulièrement qu’on est capable de s’adapter", poursuit Lucie Hubinon. "Se souvenir qu’on a déjà été capable de traverser des épreuves avec succès dans le passé et donc qu’on peut se fier à ses capacités d’adaptations pour surmonter cette épreuve-ci". Ce qui implique aussi de réactiver des stratégies qui nous ont déjà servis : "Se rappeler ce qu’on a pu faire dans le passé pour traverser d’autres épreuves difficiles et qui a fonctionné et peut-être, reproduire cette stratégie, en termes d’activités par exemple : identifier ce qui me fait du bien quand je ne vais pas bien."

Musique, alimentation équilibrée, un peu d’exercice… Mais sans tomber dans le piège de la performance évoqué plus haut. À nouveau, on fait ce qu’on peut.

Etre acteur

Se focaliser sur ce qu’on peut faire, c’est lutter contre le sentiment de ne rien pouvoir contrôler, d’être impuissant face à la situation et au virus. Les rituels peuvent aider : "Toutes les activités peuvent constituer des rituels (par exemple tous les soirs je vais mettre de la musique en cuisinant,…). C’est recréer de nouvelles habitudes dans un contexte qui nous dépasse. Il faut pouvoir accepter les circonstances, la réalité de la situation qu’on ne peut pas changer, et se concentrer sur ce qu’on peut accomplir plutôt que sur ce qu’on n’a plus, dont on est privé".

Autres pistes d’actions : a peut être tout simplement localiser son action sur le respect des mesures de sécurité par exemple (ça donne la sensation de ne pas subir). Ça peut être aussi s’ouvrir au ressenti des autres, faire preuve de solidarité et proposer son aide pour sortir de l’isolement certaines personnes…", propose Lucie Hubinon.

Focalisons-nous sur l’objectif à atteindre

Dans l’idée de reprendre prise sur ce qui nous échappe, collectivement, Vincent Yzerbyt souligne l’intérêt de se focaliser sur un objectif à atteindre. Dans ce sens, le baromètre proposé par les autorités peut aider : "C’est se fixer pour but par exemple d’arriver au niveau inférieur de gravité dans le baromètre. Si nous faisons les choses collectivement – et c’est difficile et c’est compliqué- focalisons-nous sur l’objectif à atteindre, sur notre opportunité d’y arriver, pour ne pas s’enfoncer dans une espèce de pessimisme".

Appeler à l’aide

Face à cette situation si inédite, on peut multiplier les conseils, il n’empêche que certaines personnes peuvent se sentir basculer, être submergées. Et cela, parfois, malgré l’écoute et l’aide des proches, quand on peut compter sur leur soutien. Comment savoir à quel moment il faut faire appel à une aide extérieure ?

"Il y a la question de la fréquence des symptômes : on va tous à certains moments ressentir de l’angoisse, avoir le moral en berne, c’est normal – mais si ça devient récurrent, qu’on se lève tous les matins avec l’envie de se recoucher, si on a tendance à faire face à ses émotions via la consommation de substances psychoactives, qu’on va commencer à broyer du noir, à ne pas réussir à sortir de ses émotions négatives : c’est important d’en parler aux proches mais aussi de ne pas hésiter à aller chercher des aides extérieures", précise Lucie Hubinon.

A ce sujet, l’AVIQ vient de mettre en ligne une page qui centralise les numéros des lignes d’écoute téléphonique, les services de santé mentale (en Wallonie, mais il y a aussi des contacts de psychologues conventionnés partout en Belgique) ou encore une boîte à outils avec des conseils et de la documentation pour prendre soin de soi et de ses proches. Le lien se trouve ici.


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