Coronavirus en Belgique : chronique d'un masque annoncé

Depuis le début de l'épidémie, et de ce premier cas de Covid-19 en Belgique, un homme de 54 ans rapatrié de Wuhan en Chine avec neuf autres personnes, le discours de la ministre fédérale de la santé s'est toujours voulu rassurant. A l'époque, elle explique que tout est prêt dans les hôpitaux, les stocks de matériel , les médicaments et autres réactifs nécessaires sont en quantité suffisante pour affronter la crise.   

Dans un premier temps, les experts ne recommandent pas le port du masque pour le grand public, tout comme le politique. Personne ne semble remettre alors en question l'utilisation du masque uniquement dans les milieux de première ligne.

Mais, le 25 mars, le vice premier, et ministre du budget, nous apprend qu'en 2017, des stocks de ces masques périmés ont été détruits et jamais reconstitués. Marius Gilbert , l'épidémiologiste dira que le masque est l'arbre qui cache la forêt. On comprend alors que la recommandation est surtout politique, beaucoup moins scientifique: la Belgique était en pénurie, les masques disponibles devaient arriver en priorité aux professionnels de la santé dont l’exposition au Covid-19 est bien plus importante.

Le 2 avril, Sophie Wilmes, persiste et signe, tout comme Maggie De Block, le port du masque n'est pas nécessaire en dehors des milieux médicaux de première ligne. Même, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, le microbiologiste Emmanuel André, minimise ce jour-là, son utilité, surtout s'il est artisanal, il n'est pas sûr à 100%. 

Le 5 avril, Maggie De Block, sur des plateaux télé, va un cran plus loin, les mesures d'hygiène et la distanciation sociale sont plus importante que le port du masque "scientifiquement, cela n’a pas de sens", affirme la ministre de la Santé, mais elle dit comprendre l’émotion et les angoisses des gens qui souhaitent en porter. Quoi qu’il en soit, les mesures d’hygiène comme le lavage des mains "sont plus importantes", a-t-elle confirmé, en se référant aux consignes de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Le 6 avril, la ville de Wavre, sans attendre d'autres décisions du centre de crise, est la première à recommander à tous ses habitants de porter un masque alternatif ou artisanal lors de ses sorites. Il faut dire que deux des membres de la majorité sont, l'un échevin et infirmier urgentiste, l'autre, conseiller communal, et cardiologue. D'autres villes et communes vont suivre.  

Le 8 avril, la pénurie de masque signifie-t-elle qu'il n'y en a pas pour tous? Un autre son de cloche se fait entendre, des infectiologues d'autres pays, n'hésitent plus à prôner le port du masque. En Belgique, c'est la Société de Médecine Générale qui le recommande à tous ses membres, sans attendre une vérité scientifique qui ne viendra que plus tard, "c'est une barrière de plus qui vous protège et qui nous protège": explique dans une interview au journal de 13 heures, son président Thomas Orban, "C'est du bon sens, le terrain doit prendre des décisions immédiates." 

D'autres médecins comme l'urgentiste liégeois Philippe Devos , et président de l'ABSYM (l'association des syndicats médicaux) prennent la même position.  L'expert en infectiologie, de l'UCLouvain, Jean-Luc Gala va même expliquer au journal télévisé, comment en façonner un, soi-même.  

Le 9 avril, mauvaise nouvelle, les 3 millions de masques arrivés, la semaine avant, en Belgique, sont inutilisables.

Le 10 avril, un groupe de travail avec des experts de la santé, des scientifiques et des membre de l'agence du médicament doit mettre fin à la cacophonie autour du port du masque. Il faut trancher entre ceux qui l'estiment nécessaire pour tous (il est entre temps devenu obligatoire dans certaines régions d'Italie et dans des pays d'Europe centrale) et ceux qui comme Maggie De Block pensent que c'est une fausse bonne idée car la population  pourrait s'estimer protégée alors qu'elle ne l'est pas totalement. 

Le 15 avril, nouveau conseil national de sécurité. La première ministre revoit quelque peu, les recommandations sur l'utilisation de masques faits maison. Ils sont désormais conseillés mais toujours pas obligatoires. Les masques professionnel FFP2nrestent réservés au personnel de santé de première ligne. Le masque de confort comme elle l'appelle offrent selon elle, un avantage limité quand la distanciation n'est pas possible. 

Le 24 avril, le conseil national de sécurité planche sur un déconfinement partiel avec des consignes sur un port du masque obligatoire pour tous? La saga n'est peut-être pas encore tout à fait finie. 

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