Coronavirus en Belgique : chaque fois que les experts ont prédit une troisième vague

Charlotte Martin, Marius Gilbert, Yves Coppieters ou encore Emmanuel André au sujet de la troisième vague.
Charlotte Martin, Marius Gilbert, Yves Coppieters ou encore Emmanuel André au sujet de la troisième vague. - © RTBF

Taux de positivité en hausse, propagation rapide du variant britannique et recul de l’adhésion des Belges aux mesures corona : "Vous avez les bons ingrédients pour le démarrage d’une troisième vague." Cette déclaration de Marius Gilbert, épidémiologiste à l’ULB, ce samedi sur le plateau du Grand Oral RTBF-Le Soir sur La Première a de quoi miner le moral, au lendemain d’un Comité de concertation qui a décidé de ne pas desserrer la vis.

Marius Gilbert n’est pas le premier à prédire ou à tout le moins contextualiser l’arrivée éventuelle d’une troisième vague de l’épidémie dans notre pays. Emmanuel André (UZ Leuven), Charlotte Martin (CHU Saint-Pierre) ou encore Yves Coppieters (ULB) ont annoncé (ou pas), à des degrés divers et à différents moments depuis novembre l’arrivée d’une troisième vague, après celle de mars/avril 2020 et celle de septembre/octobre. Petit retour en arrière sur ces déclarations.

  • "Nous craignons une 3e vague vers la mi-janvier si les mesures ne sont pas respectées pour les fêtes"

Le 30 novembre dernier, à quelques jours des fêtes de fin d’année, l’heure est à l’inquiétude. Sur le plateau de Questions en prime (La Une), Charlotte Martin, infectiologue au CHU Saint-Pierre craint l’arrivée d’une troisième vague. La période des retrouvailles familiales sous le sapin s’annonce difficile.

Mais ce n’est pas le moment de relâcher les efforts, à l’heure où le premier vaccin n’est pas encore arrivé en Belgique. "Nous avons peur des fêtes de fin d’année", dit alors Charlotte Martin, "parce que, et c’est très logique, les gens ont envie de se rassembler. Maintenant, tout va dépendre de la proportion de population qui va bien respecter les mesures. Plus elles seront respectées, plus nous aurons de chance d’éviter une troisième vague et ainsi de démarrer 2021 sans devoir reconfiner avant l’arrivée du vaccin."

Lors de l’émission, Charlotte Martin estime que si jamais la troisième vague devait survenir, le personnel soignant aurait bien du mal à la gérer, vu son état d’épuisement.

Pour rappel, le 27 novembre se tenait un comité de concertation décidant la réouverture des commerces non-essentiels, des piscines, des musées ainsi que la mise en place de la fameuse bulle de 1 personne à domicile et un couvre-feu allégé pour le réveillon de Noël.

  • "Un terreau suffisant pour déclencher un tel phénomène"

Le 12 janvier 2021, les fêtes de fin d’année sont derrière nous, les Belges sont rentrés de vacances. Dans Matin Première, Emmanuel André, médecin et microbiologiste à l’UZ Leuven, analyse l’après-congé de Noël. Les contaminations sont reparties nettement à la hausse à Bruxelles (le double en une semaine) et que l’on compte plus de 2000 cas par jour recensés au niveau national. Ce qui fait dire à l’expert que les éléments sont là pour "pour l’arrivée d’un phénomène très large". Comprenez : la troisième vague.

Charlotte Martin, également présente dans le studio, abonde. "ll faut suivre ces chiffres de très près. Car si les décès sont encore à la baisse, c’est parce qu’ils sont toujours décalés de deux ou trois semaines par rapport aux contaminations. Cela peut être le début de la troisième vague que l’on craint."

  • "On a les fondements d’une troisième vague"

Le 17 janvier 2021, Yves Coppieters, professeur de Santé publique à l’ULB est invité à commenter la propagation du variant britannique et l’apparition de clusters notamment en Flandre à Houthulst. Dans le Soir, aucune ambiguïté dans ses propos : "Maintenant que l’on effectue des diagnostics plus précis, on s’aperçoit qu’il est bien plus présent. Il est là depuis décembre et nous avons les fondements d’une troisième vague de contaminations. La seule stratégie à adopter pour lutter contre le virus, c’est le testing massif. Il faut arrêter de ne tester que les malades et leurs proches. Il faut tester toute la population."

  • "La troisième vague a démarré"

Le 28 janvier 2021, dans Matin Première, Emmanuel André vient exposer les conclusions d’un rapport sur le variant britannique et sa propagation très rapide au sein de la population. Il lance une phrase choc : "La troisième vague a démarré". Il poursuit, en nuances : "Elle a le potentiel d’être très importante. On a aussi beaucoup d’armes en main pour mener une bataille qui soit cette fois-ci presque à armes égales." Mais voilà, on ne retiendra que la partie catastrophiste du propos qui fait du bruit.

Lors de son intervention, l’expert prédit l’apparition d’une troisième vague pour la fin février, début mars, s’il y a relâchement dans les mesures mises en place à cette période. "Si l’évolution qu’on voit aujourd’hui se poursuit, oui c’est un phénomène de vague. C’est inéluctable. Ce sur quoi on peut agir aujourd’hui, c’est le fameux aplatissement de la courbe. On peut retarder le phénomène, on peut diminuer son amplitude. On peut aussi diminuer son impact sur la population au travers de la vaccination. En appuyant très très fort sur cette courbe, on peut la rendre moins aiguë."

  • "On ne se dit pas que d’office, il y aura troisième vague"

Le 28 janvier toujours, c’est au tour de Leila Belkhir, infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc, de se prononcer. Inquiète, elle l’est "oui et non". "On a eu fin de semaine passée une augmentation brutale de nombre de patients durant le week-end. Et puis maintenant, nous n’avons plus de nouveaux patients depuis deux, trois jours", dit-elle ce jour-là dans Soir Première. Hausse, baisse, comme les courbes de Sciensano : Saint-Luc se prépare. "Mais on ne se dit pas que c’est inéluctable et que d’office il y aura troisième vague", rassure l’experte de terrain confrontée comme ses collègues à l’arrivée massive du variant britannique.

"Le virus, ce nouveau variant, est plus contagieux. Les virologues estiment qu’il sera prédominant les mois qui viennent. Néanmoins", rassure-t-elle, "il se transmet comme les autres variants. Je pense que ce qu’il faut surtout faire, c’est se dire (que) nous avons une grande boîte à outils avec d’une part les gestes barrières […] qu’il faut bien les appliquer […], surtout se faire tester dès qu’on est malade […] et si on a été en contact avec quelqu’un de malade il faut respecter la quarantaine." Un message plus rassurant, donc.

  • On ne peut pas dire qu’on soit au début d’une troisième vague

Le 29 janvier, au lendemain de la déclaration d’Emmanuel André, le centre de crise en charge de la lutte contre le coronavirus, qui collecte et analyse les données officielles, tient à tempérer. Pour Yves Van Laethem, porte-parole, l’interprétation des chiffres est claire : "On est dans une situation épidémiologique très complexe mais nous pouvons garder le contrôle de cette situation, garder la courbe sous tension, aplatie en dessous de nous. […] Actuellement, on ne peut pas dire que nous soyons au début d’une troisième vague."

Pour Yves Van Laethem, notre pays s’en sort mieux que la France, l’Espagne ou le Portugal.

  • "On va sortir plus vite de cette situation"

Face aux discours alarmants, le 29 janvier, le chef de clinique à Paris et chercheur à l’Université de Mons Jérôme Lechien, tient à rassurer. Il ne parle pas de troisième vague qui attend à nos portes.

Au contraire, il estime, dans le JT du 13h, que "quand on voit les études qui évoluent et la recherche (NDLR : couplées à la vaccination qui démarre), on va sortir plus vite de cette situation difficile qu’on ne le pense". Il ajoute : "On va bientôt pouvoir revivre voire vivre mieux en tirant certaines conclusions. Je me montre positif."

  • "Le moment où le risque d’une troisième vague se réduira fortement"

Le 22 février dernier, le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) expose avec les porte-parole interfédéraux Covid-19 Yves Van Laethem et Steven Van Gucht l’état de l’épidémie et les modèles d’évolution sur le long terme. Ce jour-là aussi, on se veut prudent sur l’arrivée d’une troisième vague.

Pour le Premier ministre, il y a "un besoin absolu de rester très prudent" parce que "nous ne nous trouvons plus très loin du moment où le risque d’une troisième vague se réduira fortement".

  • "Il est trop tôt pour parler de troisième vague"

Un variant britannique qui représente 50% des contaminations (70% à la mi-mars selon des prévisions), un taux de reproduction à 1 voire un peu plus, des hospitalisations plus nombreuses… Tous les signes d’une troisième vague sont-ils réunis ? Pour Yves Coppieters, qui la prédisait à la mi-janvier, se veut moins affirmatif désormais, comme il l’a dit ce vendredi 26 février lors d’une émission spéciale de La Une à l’issue de la conférence de presse du Codeco.

"C’est impossible de le dire. Il y a une période d’incertitude", développe désormais l’expert. "On voit que les indicateurs montent, descendent. Et pour l’instant, ça monte. Si on veut confirmer une troisième vague, il faut qu’un taux de positivité augmente fortement, au-dessus de 10%. Actuellement, on est autour de 6%. Il faut que le taux de reproduction du virus remonte à 1,3 ou 1,4. Pour l’instant, on est à 1. Et il faut bien sûr que l’occupation des lits en soins intensifs soit plus importante. Pour l’instant, elle est à 17%. Il faudrait que ça remonte vers 40 à 50%. Donc, on va aussi regarder le temps de doublement des indicateurs. Est-ce qu’il diminue" ou est-ce qu’il augmente ?

C’est ainsi, ajoute Yves Coppieters, qu’on évalue l’arrivée d’une troisième vague. "Mais on ne sera pas dans une semaine", soit au moment du nouveau Comité de concertation du 5 mars. "Ce temps-là est trop court. Je ne vois pas très bien quels éléments ils (NDLR : les autorités fédérales et fédérées) auront en plus dans une semaine. L’autre chose, il ne faut pas non plus imaginer une troisième vague comme la deuxième ou la première. Il y a toute une série de stratégies qui fonctionnent."

Pour l’expert, il faut "relativiser" les choses "tout en continuant les efforts".

Ce samedi matin, dans Le Grand Oral, Marius Gilbert a donc analysé les informations autrement.

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