Coronavirus en Belgique : ce qu'il faut savoir sur la limitation de l'administration du vaccin AstraZeneca

La Belgique a décidé ce mercredi que le vaccin britannique de la firme AstraZeneca ne serait plus administré en dessous de 56 ans. Cela fait suite aux rares cas de thrombose qui seraient en lien avec le vaccin, selon l’Agence européenne du médicament. Le feuilleton AstraZeneca continue donc, et ce n’est pas pour améliorer sa réputation auprès des Belges : plus de la moitié d’entre eux (57%) estiment que le dossier a entamé leur confiance au sujet de ce vaccin, selon un sondage de Test-Achats ce jeudi. Pire : 41% jugent même que les couacs de l’entreprise ont également miné la réputation des autres vaccins. De quoi soulever de nombreuses questions autour du vaccin AstraZeneca.

Pourquoi le vaccin présente-t-il un risque de thrombose ?

Le Comité de pharmacovigilance (PRAC) de l’agence européenne des médicaments a conclu à un lien entre le vaccin AstraZeneca et certains types de thromboses et de formations de caillots sanguins. Mais d’où vient ce lien ? "On ne sait pas pour l’instant, avouait ce jeudi matin l’épidémiologiste Yves Van Laethem, au micro de La Première. Est-ce que c’est lié à la manière dont cette fameuse protéine S est exprimée dans le cadre de ce vaccin ? Est-ce que c’est lié au principe même du vaccin ? Ces données seront importantes, de manière à voir l’impact éventuel dans le futur sur d’autres types de vaccination."

Pourquoi le limiter aux plus de 56 ans ?

Le risque de développer une thrombose est très faible chez les personnes âgées, surtout après 56 ans. C’est ce qui a motivé cette décision : Yves Van Laethem considère qu’il s’agit surtout de "réallouer" le vaccin AstraZeneca, qui n’est pas réellement arrêté. "Il faut réallouer le vaccin aux personnes pour lesquelles il n’y a pas ce rare effet secondaire qui soit démontré et cette permutation permet simplement de ne pratiquement pas perdre de temps", précise l’épidémiologiste.


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Cet âge-charnière est d’ailleurs recommandé dans d’autres pays : le Canada et la France, par exemple, ont également décidé en mars de réserver le vaccin AstraZeneca aux plus de 55 ans. "De l’ordre de 85 à 90% des effets secondaires se passent avant l’âge de 55 ans", note Yves Van Laethem. D’autant plus que passé cet âge, les risques de mourir du Covid-19 augmentent fortement. "À ce moment-là, l’avantage de la vaccination dépasse largement le risque potentiel dans cette tranche d’âge, à partir de plus de 55 ans", conclut l’épidémiologiste.

Pourquoi l’âge n’est pas le même partout en Europe ?

D’autres pays européens ont choisi des âges différents : 60 ans en Espagne et en Italie par exemple, voire seulement 30 ans pour la Grande-Bretagne. Yves Van Laethem regrette un manque de consensus européen : "On l’avait déjà senti, puisqu’avant cette décision de l’agence européenne du médicament, il y avait déjà des décisions en sens divers."


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Cependant, cette différence de stratégie s’explique aussi par les situations différentes au niveau de la vaccination. "Certains pays ont une campagne qui est très axée sur l’AstraZeneca, c’est le cas entre autres en Grande-Bretagne, qui en dépend beaucoup, rappelle l’épidémiologiste. Il est clair que pour eux, le choix est difficile. Ils doivent admettre un peu plus de risques d’effets secondaires pour continuer leur campagne."

Est-ce que cela va ralentir la campagne de vaccination ?

Selon Yves Van Laethem, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour la suite de la campagne de vaccination. "Grâce à l’arrivée de différents vaccins, à l’arrivée massive entre autres de vaccins Pfizer et à l’arrivée prochaine d’autres vaccins comme le Johnson & Johnson, on a pu réarranger la campagne de manière à ce que l’impact soit extrêmement limité", expliquait-il ce jeudi matin sur La Première. D’après lui, ce sera "de l’ordre, probablement en fin de campagne, d’une à deux semaines pour les autres vaccins qui doivent arriver".


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Même son de cloche du côté des ministres de la Santé au fédéral Franck Vandenbroucke (sp.a) et à Bruxelles Alain Maron (Ecolo) : il n’y aura pas de grand chamboulement. Pour Frank Vandenbroucke, les ministres belges de la Santé ont en fait suivi mercredi l’avis du Conseil supérieur de la Santé : "Quand on ne dispose que de l’AstraZeneca pour vacciner, alors il ne faut pas hésiter, et l’utiliser. Mais si l’on a le choix entre plusieurs vaccins et que cela ne change rien à la vitesse de la campagne, alors on peut adapter".

En Flandre, on parle de 6000 vaccinations reprogrammées sur un total d’un million, et quelques centaines de personnes en Wallonie. A Bruxelles, il s’agit principalement de personnes de plus de 64 ans.

Les personnes de moins de 55 ans qui ont déjà reçu une dose d’AstraZeneca pourront-elles en avoir une deuxième ?

C’est une question qui préoccupe également les ministres belges de la Santé, qui ont demandé davantage de clarté de la part de l’Agence européenne des médicaments sur le meilleur moment pour administrer une seconde dose ou encore la possibilité de recourir à un autre vaccin après une première dose d’AZ. Mercredi, l’Agence estimait ne pas pouvoir fournir de réponse à ce sujet, notamment du fait que trop peu de ces secondes doses ont été administrées.

Il n’a pas exclu le recours à un autre vaccin, mais une stratégie sera élaborée d’ici la mi-mai, période où devront être administrées ces secondes doses. Il n’est d’ailleurs pas certain que le risque de thrombose soit toujours présent pour une seconde administration.

Combien de temps va durer cette restriction ?

La décision de n’administrer le vaccin AstraZeneca qu’aux plus de 56 ans durera pour le moment quatre semaines. "C’est une précaution en se disant qu’on revoit la situation au bout de quelques semaines, précise Yves Van Laethem. On espère aussi, à ce moment-là, avoir des données supplémentaires, et entre autres concernant la deuxième dose de vaccin." Il faudra notamment savoir si les effets secondaires se dissipent lors de la deuxième dose, comme certaines études le laissent penser. Si la limitation devait perdurer au-delà des quatre semaines, la campagne devra ralentir, rappelait toutefois Yvon Englert.


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Quoi qu’il en soit, Yves Van Laethem rappelle qu’il s’agit d’une mesure logique. "À partir du moment où le risque de la maladie est extrêmement important, un risque extrêmement faible… c’est finalement la même chose que prendre sa voiture, affirme-t-il. On sait tous qu’en prenant notre voiture, nous avons un risque, mais il y a des circonstances où il faut malgré tout prendre sa voiture."

Vaccin AstraZeneca administré uniquement aux 56 ans et plus: sujet JT 07/04/2021

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