Coronavirus en Belgique ce 3 novembre : pourquoi ne peut-on pas parler d'une "stabilisation des hospitalisations"?

Coronavirus en Belgique ce 3 novembre : pourquoi ne peut-on pas parler d’une "stabilisation des hospitalisations"?
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Coronavirus en Belgique ce 3 novembre : pourquoi ne peut-on pas parler d’une "stabilisation des hospitalisations"? - © Reza Estakhrian - Getty Images

C’est une impression et une lecture qui circulent beaucoup en ce moment dans les conversations et sur les réseaux sociaux : il y aurait "une stabilisation voire une baisse des hospitalisations". Cette lecture repose sur les chiffres quotidiens de nouvelles admissions à l’hôpital. Après avoir atteint un pic à plus de 700 en milieu de semaine dernière, elles oscillent davantage autour de 600 ces 4 derniers jours.

Pourtant ces chiffres ne signifient malheureusement pas une accalmie de la situation dans les hôpitaux belges, pour 3 raisons :


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1. Il ne faut pas confondre les nouvelles hospitalisations et le nombre de patients hospitalisés

Les "nouvelles hospitalisations" renvoient au nombre de patients admis à l’hôpital durant les dernières 24h. Sur cet aspect-là, on semble en effet connaître une stabilisation ces derniers jours. Le graphique ci-dessus le montre, après une augmentation galopante de ces chiffres quotidiens ces dernières semaines on a, depuis 5 jours, des chiffres stables voire en légère diminution.

Par contre, le nombre de patients hospitalisés lui continue à augmenter fortement. On parle là du nombre total de patients actuellement en cours d’hospitalisation… et ce nombre-là continue d’augmenter jour après jour (on a passé les 7200 ce mardi 3 novembre), parce qu’on enregistre toujours largement plus d’admissions à l’hôpital que de sorties.

Donc il ne faut pas parler d’une baisse ou d’une stabilisation des hospitalisations… mais plutôt d’un ralentissement de leur croissance, ce qui est très différent. Pour les hôpitaux le nombre de patients hospitalisés ne fait toujours qu’augmenter.

2. Mieux vaut se méfier des évolutions d’un jour à l’autre

Ceux qui suivent les données Sciensano au long court le savent, il est très imprudent de se baser sur 1, 2 ou 3 jours. Les chiffres communiqués les lundi et mardi (reporting des admissions du week-end) sont souvent trompeurs. Il n’est pas impossible que ce mercredi 4 novembre, le nombre d’admissions communiqué soit à nouveau plus élevé.

Pour une juste lecture des choses il vaut mieux regarder les évolutions sur un temps long, de semaines en semaines. Sur ce point, on peut constater un élément intéressant dans le rapport du jour : le temps de doublement des hospitalisations ralentit. Il y a peu on était à un doublement tous les 8 jours. Au taux de croissance enregistré ce jour, il faut plus de deux semaines pour voir le nombre de lits occupés doubler.

3. Pour les soins intensifs, le problème reste entier…

Le nombre de lits occupés en soins intensifs lui, continue d’augmenter très vite. Il faut compter que 20 à 25% des patients admis en hospitalisations classiques vont devoir être soignés en soins intensifs et ils le seront en plus pour une durée assez longue, souvent 2 à 3 semaines.

C’est ce qui fait que les lits de soins intensifs se remplissent beaucoup plus vite qu’il ne s’en libère. On reste sur un temps de doublement autour de 10 jours. Or, on est à 1300 lits occupés pour une capacité maximale estimée à 2000. C’est l’enjeu le plus critique de la crise actuelle.

Il est donc totalement erroné de considérer que la situation serait en train de se stabiliser pour les hôpitaux. Elle continue de s’aggraver de jour en jour et va rester compliquée pour très longtemps.

Mais le ralentissement actuel de la croissance des hospitalisations est incontestablement un signal encourageant sur notre capacité à aplatir la courbe, avant d’espérer l’inverser le plus vite possible.

Extrait du journal télévisé du 03/11/2020 - L'hôpital de Mont-Godinne est très proche de la saturation

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