Coronavirus en Belgique: avons-nous vraiment quelques jours de retard sur l'Italie comme l'affirment ces graphiques ?

C’est devenu la nouvelle passion de ceux qui aiment les chiffres et qui savent s’en servir pour les disposer sur des graphiques : comparer le nombre de cas détectés de coronavirus dans différents pays et les mettre en relation avec l’explosion des infections en Italie.

Nicolas Vandewalle, un professeur de physique de l’Université de Liège, publie régulièrement ses calculs sur Twitter, avertissements à l’appui. Ces comparatifs sont, selon lui, "un avertissement pour nos gouvernements. Il faut anticiper la croissance de plusieurs jours".

Même son de cloche de la part d’un professeur au département de sciences informatique au University College de Londres. "Tout le monde en sera au stade de l’Italie dans 9 à 14 jours", affirme-t-il.

Je suis préoccupé par ces courbes

Quand on voit ce qui se profile en Espagne, où le nombre de cas explose ces dernières heures, y a-t-il lieu de s’inquiéter à ce point ? Après tout, les auteurs de ces projections ne sont pas médecins ni épidémiologistes. Et Nicolas Vandewalle reconnaît lui-même dans un tweet que ses calculs doivent être relativisés. D’autant qu’on ne connaît pas précisément le nombre de cas de coronavirus en Belgique, faute de tests systématiques.

"Difficile de faire des prédictions en la matière. Nous disposons de l’avis des meilleurs virologues du pays qui rendront avis, le cas échéant, aux politiciens responsables", répond-on du côté du SPF Santé.


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Nous avons donc posé la question à Marius Gilbert, épidémiologiste à l’ULB. "Je suis préoccupé par ces courbes. C’est légitime de les superposer. Les vitesses d’augmentation sont justes et elles sont préoccupantes", explique-t-il.

Mais la situation est en constante évolution. L’épidémiologiste précise que "les mesures annoncées mardi [par le gouvernement fédéral, ndlr] n’ont pas encore eu le temps de montrer leurs effets sur la courbe en Belgique. Il faut au minimum 5 jours pour que les mesures se traduisent dans les chiffres." Il n’empêche, "il va falloir passer à d’autres mesures en Belgique pour ralentir la courbe".

Mesures plus sévères à venir ?

Le même Marius Gilbert ajoutait ce mardi dans Le Soir qu'"à cette heure nous sommes incapables d’estimer le nombre de personnes infectées. Le pays a été pris de court après les vacances de carnaval, signant l’introduction de nombreux cas. Dès lors qu’on n’a plus vraiment le temps d’une stratégie de suivi individuel des personnes à risque, il faut passer à des mesures collectives".

La fermeture d’écoles à grande échelle n’est cependant pas encore à l’ordre du jour. La question relève d’ailleurs du casse-tête, comme l’écrit le SPF Santé sur son compte Twitter. "Fermer les écoles est une mesure extrême qui ne résout pas tous les problèmes dans la mesure où la garde des enfants est souvent alors confiée aux grands-parents (qui sont alors davantage exposés en cas de propagation du virus)."

 

L’objectif, répété à longueur de studios de radio et de plateaux télé par les responsables politiques et les experts, reste bien d’éviter une saturation de notre système de santé. "La différence avec l’Italie, c’est que, en Italie, la saturation hospitalière n’est pas la même partout. En Belgique, nous n’avons plus seulement deux hôpitaux de référence. Le nombre d’hôpitaux qui gèrent des cas a été élargi. Les choses vont être beaucoup plus réparties sur le territoire", conclut Marius Gilbert.


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Sujet du JT du 12/03/2020

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