Coronavirus en Belgique : au bord du gouffre, le secteur de la nuit appelle à l’aide

Cela fait aujourd’hui plus de 10 mois que la majorité des bars de nuit et discothèques sont fermés. Pour compenser ils n’ont eu que quelques aides forfaitaires, totalement insuffisantes pour payer leurs charges, et leurs dettes explosent. Même ceux qui avaient les reins solides ont du mal à garder la tête hors de l’eau.

"On a reçu 1000 euros par mois"

C’est le cas notamment de Carl de Moncharline, une personnalité bien connue dans le monde de l’événementiel et de la nuit à Bruxelles : cela fait 30 ans qu’il y travaille.

En juin 2019, il a ouvert un nouvel établissement, l'Impérial, où il a fait d'importants investissements. Huit mois plus tard, il a dû fermer, comme tout le monde, pour des raisons sanitaires. 

Au mois de mars, cela fera un an que cette crise sanitaire est en cours, ses économies s'amenuisent et sa maison a même été mise en garantie. Il met en cause ces aides et le fonctionnement à la belge. "Nous avons eu, à Bruxelles, 9000 euros, sur l’ensemble de la pandémie, cela veut dire sur plus de six mois de fermeture, plus le fait d'avoir pu rouvrir pendant 3 mois mais de manière complètement amputée puisque l'on devait fermer à 1h du matin, ce qui est quand même problématique pour les bars de nuit. Donc on était complètement amputé aussi dans l'activité. Donc on va dire que pour un impact de 9 mois très conséquent, on a reçu 1000 euros par mois, soit 9000 euros au total. Et encore, c’est la grande chance d’être à Bruxelles-Ville !, s’insurge-t-il. Les dix-huit autres communes n’ont pas eu ces 2000 euros de plus. Et donc, sont à 7000 euros. Ca veut dire qu'ils ont eu 800 euros par mois. Mais comment payer avec ça les charges d’une entreprise ? Comment une entreprise peut-elle survivre avec ça ? Ce n’est pas possible."

Carl de Moncharline qui est devenu, depuis peu, le responsable nuit au sein de la FEDCAF (la fédération des cafés de Belgique) rappelle aussi le droit passerelle qu'ils perçoivent n'est pas une faveur qu'on leur fait puisque c'est quelque chose qu'ils paient pour pallier l'éventuelle absence de revenus : "On a cotisé pour ça ! Ce n'est pas un truc qui est gratuit ! Moi je cotise depuis 30 ans !"

Et d'ajouter : "C'est une aide qui t'aide toi personnellement. Moi, ça me permet de payer le crédit de ma maison, par exemple. Mais, ce n'est pas ma société. Ma société, c'est une personne physique à part. Elle, elle n'est pas approvisionnée, elle n'a rien", mis à part les aides forfaitaires évoquées plus haut (entre 7000 et 9000 euros pour 9 mois).


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150.000 à 800.000 euros selon les établissements

Selon Brussels By Night, une fédération qui regroupe divers clubs et organisations de soirées à Bruxelles, la situation est "dramatique" : les clubs ne devraient pas rouvrir avant septembre 2021. "On parle de dettes qui vont de 150.000 à 800.000 euros selon les établissements, alerte Lorenzo Serra, porte-parole de la fédération. Le secteur a été baladé de CNS en comités de concertation. Entre-temps, ça fait dix mois et les dettes sont déjà tellement énormes qu’aujourd’hui, n’importe quelle personne qui déciderait de faire marche arrière devra vendre sa maison ou des biens personnels, juste pour rembourser ses dettes…"

Pour eux, il est donc "crucial" d’aider le secteur, avec des aides spécifiques et à la taille des sociétés. C’est le cas en Flandre depuis le 20 décembre… mais pas en Région bruxelloise et en Région wallonne. D’autant plus que, sur le volet financier, l’accord avec le secteur bancaire n’a pas été renouvelé au 1er janvier. Le report de paiement des crédits hypothécaires n’est donc actuellement plus possible, pour ce secteur, mais aussi pour les autres.

En novembre dernier, ce secteur avait déjà tiré la sonnette d'alarme. Cela avait fait l'objet d'un reportage pour Transversales sur La Première en radio : 

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