Coronavirus deux semaines après la manif "Black Lives Matter" de Bruxelles : "Aucun cas parmi les organisateurs"

C’était l’une des craintes le dimanche 7 juin, jour de grande manifestation contre le racisme et les violences policières : une explosion du nombre de cas de coronavirus parmi les participants et l’équipe organisatrice. Ce jour-là, 10.000 personnes se rassemblent place Poelaert, rejoignant le mouvement international "Black Lives Matter", quelques jours après la mort de George Floyd aux Etats-Unis.

L’événement va susciter des réactions en chaîne et un vif débat politique. Deux semaines plus tard, soit bien après la période d’incubation du Covid-19, les organisateurs nous indiquent n’avoir connaissance d’aucun cas positif parmi les 200 personnes ayant mis sur pied ou encadré le rassemblement.

Pour rappel, la manifestation est officiellement tolérée par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles le vendredi 5 juin. Le déconfinement en Belgique, après l’épidémie de coronavirus, n’est pas encore total. C’est un risque. Sur les réseaux sociaux, l’ASBL Change Belgium, qui coordonne le rassemblement, délivre des consignes très claires. Tout qui veut participer devra s’imposer des gestes barrières : port du masque, gel hydroalcoolique, distance…

Il est 15h le jour J. Sur la place Poelaert, devant le palais de justice, la foule se masse. Les slogans et les pancartes sont nombreux. Les manifestants réclament la fin des discriminations, du racisme systémique et des violences policières. L’esprit est bon enfant, le ton est pacifique.

La suite sera beaucoup plus violente. Des casseurs s’en prennent aux vitrines des magasins. Boulevard de Waterloo, Porte Louise, Porte de Namur, chaussée d’Ixelles… Des boutiques sont littéralement pillées. La police doit intervenir en très grand nombre. Elle procède à plusieurs dizaines d’interpellations. Ses représentants syndicaux sont en colère.

Deux polémiques, finalement, au terme de la journée du 7 juin : les actes de vandalisme et la tolérance des autorités vis-à-vis d’une manifestation avec le risque d’une explosion du nombre de cas de coronavirus. Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Philippe Close (PS) est visé, ciblé par le président du MR Georges-Louis Bouchez. Le socialiste bruxellois s’énerve sur La Première et s’interroge : "Le thème de cette manifestation pose problème au MR"?

Peu après, la Première ministre Sophie Wilmès (MR) enregistre un message vidéo dans lequel elle déclare : "Les rassemblements de dimanche ne constituent pas un précédent à reproduire."

Une désormais "autorité" de la vie publique va clore le débat. Le virologue Emmanuel André tweete, dans un ton très politique : "Si le racisme n’existait pas, 10.000 personnes n’auraient pas dû rappeler à Bruxelles que nous sommes tous égaux. A ces personnes, je demande de respecter strictement les gestes barrières pendant 15 jours et de continuer leur combat toute leur vie."

L'expert Marius Gilbert, à la RTBF, reconnait le risque de contamination mais aussi le port "massif de masques" parmi les participants.

Nous ne nous sommes pas mis en quarantaine

"Nous ne nous sommes pas mis en quarantaine", admet aujourd’hui Dido Lakama, de l’ASBL Change Belgium, qui se veut "être un mouvement d’afropéen en quête de valorisation et de promotion de la culture africaine". "Ce n’était pas possible. Mais comme c’est le cas depuis le début de la crise, nous avons respecté les gestes barrières classiques." Cela a suffi, explique-t-il, à ne pas propager la maladie.

Le 7 juin, l’ASBL Change disposait de 100 stewards pour encadrer la manifestation en plus de la centaine de membres de l’organisation. "Je peux le garantir : nous n’avons eu aucun retour négatif, aucun cas. Quand je dis aucun, c’est aucun ! Nous avons attendu les confirmations scientifiques. Après les 14 jours d’incubation, nous pouvons dire que c’est très rassurant. Nous ne regrettons donc pas ce rassemblement. Il y avait un risque, mais c’était un risque calculé."

Les chiffres officiels des autorités sanitaires ne montrent pas ailleurs aucun rebond. Le pic redouté n’a pas eu lieu. La diminution des courbes de la propagation du virus se poursuit si l’on en croit le nouveau bilan journalier de Sciensano. Les chiffres sont au vert. Pour rappel, on a dénombré 272 nouvelles contaminations entre samedi et lundi puis 88 mardi. Ces dernières 24 heures, on recense neuf décès (une moyenne de cinq décès par jour au cours de la dernière semaine soit une baisse de 45%).

Je comprends qu’il ait pu y avoir une crainte

Dido Lakama comprend "qu’il ait pu y avoir une crainte, des peurs, des discours pessimistes. Je n’en veux à personne pour cela. Mais nous, notre rôle, avant et pendant la manifestation, était d’informer sur les gestes barrières. Nous avons tout fait pour minimiser le risque. Aujourd’hui, après un peu plus de deux semaines, j’estime que nous avions fait le bon choix en organisant ce rassemblement. Si c’était à refaire, je le referai."

Un regret pour Dido Lakama, dès lors : l’accent porté sur les faits de violence "Nous avons perdu trop de temps avec les casseurs et les mesures sanitaires. Maintenant, passons au fond. Nous restons vigilants pour la suite. Nous sommes un mouvement pacifique qui a des revendications. Si nous ne sommes pas écoutés, nous serons forcés de retourner dans la rue. Ce n’est pas ce que nous voulons." Des contacts ont été noués avec les présidents de parti.

Cette fin de semaine, une rencontre est prévue avec le bourgmestre d’Ixelles Christos Doulkeridis (Ecolo). A l’ordre du jour, un débriefing du 7 juin. Et en ligne de mire, le 30 juin, date anniversaire de l’indépendance du Congo, célébrée par la diaspora en Belgique dans un contexte de revendications en termes de décolonisation de l’espace public.

Le 7 juin dernier, des rassemblements "Black Lives Matter" étaient également organisés dans d'autres villes comme Anvers et Liège.

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