Coronavirus : deux Bruxellois conçoivent une cabine de désinfection à l'eau ozonée

Le passage dans la cabine dure 20 à 30 secondes. Le rideau en plastique franchi, un capteur détecte notre présence et des gicleurs nous aspergent d’une brume. Le liquide est de l’eau ozonée : 40 centilitres suffiraient pour désinfecter une personne de la tête au pied, ici le client d’un magasin de bricolage située sur la chaussée de Mons à Anderlecht. C’est en tout cas ce que promettent Redouane Lassri et Cemil Soysal, de la société bruxelloise Belcontruct SH.

Cette entreprise conçoit des châssis à la base. Mais avec l’épidémie de coronavirus et le déconfinement prochain, ils ont décidé de se lancer dans les sas de désinfection.

La désinfection des vêtements, des mains, des caddies

"Le principe, il est simple : c’est de faire passer de l’eau du robinet par un appareil qui la transforme en eau ozonée", développe Redouane Lassri, originaire de Molenbeek-Saint-Jean. "Cette eau ozonée est envoyée dans une citerne. Cette citerne est propulsée par un moteur à 70 bars. L'eau est ensuite injectée dans des buses. Et c’est ainsi que l’on produit de la brume. L’eau ozonée permet une désinfection des vêtements, des caddies et des mains. Et cela permet, selon nous, de lutter contre le coronavirus."

Belconstruct SH utilise un processus breveté par la société canadienne Tersano. Cette dernière affirme sur son site Internet que ce que l’on appelle dans le jargon l’ozone aqueux stabilisé "élimine les germes, odeurs, taches, moisissures et le mildiou" et "tue rapidement les virus et bactéries dont Escherichia coli, Salmonella, SARM, etc." "Tersano nous a fourni des attestations qui indiquent que le système est efficace, testé et certifié", complète Redouane Lassri.

Nos deux Bruxellois se sont en fait inspirés de ce qui se fait déjà en Chine, pays où a démarré l’épidémie. Mais aussi en Turquie. Là, des tunnels de désinfection sont installés devant les commerces et dans l’espace public. La présence de ces cabines a également été rapportée au Vietnam et au Maroc.

"Après avoir vu ce qui se faisait en Turquie, j’ai effectué quelques recherches", raconte Redouane Lassri qui se renseigne également auprès d’un ami chimiste. "Beaucoup d’opérateurs utilisent des désinfectants. Mais nous, nous avons opté pour les deux procédés : avec désinfectant de la marque Treox certifié qui combat le virus d’un côté et avec ozone de l’autre." Avantage de l’ozone qui ne fonctionne qu’avec l’eau du robinet : pas de risque de pénurie de produit désinfectant et pas besoin de doseur intégré. "L’inconvénient, c’est que les conduites en cuivre ou en laiton ne conviennent pas pour l’eau ozonée. Il faut de l’inox, qui est plus coûteux mais plus avantageux à long terme."

Ça, c’est pour la machinerie et le moteur avec ses citernes. Ensuite, il y a la cabine en tant que telle. "C’est un tunnel qui fait 2,30 mètres de haut, 1,30 mètre de large et 2,40 mètres de profondeur", précise Celim Soysal. La structure est réalisée en aluminium avec une (ou deux) paroi(s) latérale(s) transparente(s).

Une capacité de production jusqu’à 200 par semaine

La société bruxelloise dit être capable de produire jusqu’à 30 cabines par jour. "Soit 150 voire 200 par semaine assez facilement", affirment les deux entrepreneurs. "Après, on n’est pas à l’abri d’une pénurie de pièces. L’eau ozonée, je le rappelle, demande d’utiliser des matériaux bien spécifiques. On ne peut pas non plus utiliser des pompes standards pour propulser l’eau. Il faut des joints particuliers."

A qui sont destinées ces cabines ? On l’a dit : la première a été installée en phase de test dans le magasin de bricolage ETM à Anderlecht. Une deuxième doit être montée cette semaine devant une supérette Carrefour du centre-ville de Bruxelles. "On peut évidemment installer cette machine devant toutes les grandes surfaces, les grands magasins de bricolage." Mais aussi devant les salles de sport quand elles pourront rouvrir leurs portes "à l’entrée pour éviter de contaminer les appareils à l’intérieur. Le client peut être porteur du virus sur ses mains, dans ses vêtements mais ne l’a peut-être encore dans son corps. L’idée, c’est de le désinfecter et de tuer le virus pour éviter toute contamination ou propagation."

Ce type d’appareils rassure aussi les gens

"Ce type d’appareils rassure aussi les gens", affirme Cemil Soysal. Le déconfinement progressif du pays risque de pousser les gérants de surfaces commerciales ou établissements regroupant des individus à se tourner vers ce type de solution. Les deux concepteurs ont donc saisi la balle au bond et l’opportunité économique. Le prix n’est pas donné : 10.000 euros pour le modèle de base.

Des contacts auraient déjà été noués pour équiper des homes, des salles de sport, des lieux de culte… "Nous nous adaptons à tout type de surfaces. Pour un magasin qui a un parking, c’est facile : une cabine standard peut être créée. Pour des magasins qui n’ont pas de parking, où il faut faire avec le sas d’entrée, c’est différent."

Un coût élevé pour un système déjà utilisé à l’étranger et même chez nous. Près de Mons, l’Intermarché de Boussu avait fait installer une cabine similaire avant son démantèlement.

Ozone, maladies respiratoires et patients asymptomatiques

Alors, efficace ou pas ? Selon les spécialistes médicaux que nous avons interrogés, les questionnements portent non pas tellement sur l’efficacité de la méthode contre le virus mais sur l’innocuité de l’ozone. Une fois dans le brouillard de la cabine, un client peut l’inhaler. L’ozone peut être nocif pour les poumons et provoquer des maladies respiratoires.

Dans sa brochure de présentation, la société Tersano qui commercialise le système indique que "l’OAS (ozone aqueux stabilisé) a été certifié sans danger par les organismes de réglementation partout dans le monde" et qu’il est utilisé dans restaurants, écoles ou encore établissements de soins.

Ensuite, quelle efficacité aura ce système avec les personnes porteuses du virus (dans leur pharynx) mais asymptomatiques comme la moitié de la population, se demandent les experts ? Dans la surface commerciale, même après avoir traversé la cabine, ceux-ci peuvent toujours contaminer des objets et donc d’autres clients.

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