Coronavirus : des sportifs belges ont-ils été contaminés lors des Jeux mondiaux militaires? Le CHU de Liège met à l'épreuve cette hypothèse

À l’origine, ça ressemblait à une théorie du complot. Le 12 mars 2020, Zhao Lijian, le porte-parole du ministère chinois des affaires lance une bombe diplomatique sur Twitter : "Ça pourrait être l’armée américaine qui a apporté l’épidémie à Wuhan". Il fait référence aux jeux mondiaux militaires qui ont eu lieu à Wuhan du 18 au 27 octobre 2019. Soit 3 semaines avant le premier cas officiellement reconnu de Covid-19. La Chine renvoie la balle au pays de l’Oncle Sam. L’information passe vite au second plan tant le bras de fer entre Pékin et Washington semble démesuré.

Mais, l’affaire est revenue sur le devant de la scène. Début mai, plusieurs médias français exhument le témoignage d’Élodie Clouvel, vice-championne olympique et championne du monde de pentathlon moderne. Sur la chaîne locale, Télévision Loire 7, la sportive confirme avoir été malade à son retour de Wuhan : "Il y a beaucoup d’athlètes des Jeux mondiaux militaires qui ont été très malades. On a eu un contact avec le médecin militaire récemment qui nous a dit : 'je pense que vous l’avez eu parce qu’il y a beaucoup de gens de cette délégation qui ont été malades' ". Il n’en fallait pas plus pour raviver la flamme de cette hypothèse.

Des militaires belges malades

En Belgique, nous avons trouvé aussi des témoignages étonnants. Une délégation de 70 personnes représentait le plat pays à Wuhan. Plusieurs militaires sont tombés malades à leur retour. Les symptômes interpellent : "Une toux qui m’empêchait de monter les escaliers, des symptômes d’un état grippal. C’est passé aussi par les symptômes d’une grippe intestinale… Et j’ai terminé par une broncho-pneumonie d’après le médecin à l’époque", témoigne anonymement ce militaire.


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Nous avons contacté Bernard Bolly, responsable du sport de haut niveau de la Défense. Il était également présent à Wuhan pour encadrer la délégation. Son ressenti est plus nuancé : "Au retour direct, je n’ai pas eu de symptômes. Il faut savoir qu’on est revenu à la fin du mois d’octobre. Début décembre, j’ai eu, comme beaucoup, un refroidissement et ma voix qui était rauque et une toux. Mais, à part ça, je n’ai pas eu de symptômes semblables à ce qui a été annoncé lors de l’apparition du Coronavirus dans notre pays" (vidéo plus complète ci-dessous). Une chose est sûre : aucun militaire belge n’a été dépisté au retour de Wuhan.

Un test sérologique au CHU de Liège

Pour en avoir le cœur net, nous proposons à 3 membres de la délégation de passer un test en laboratoire. Devoir de réserve oblige, ils le feront anonymement. Direction le CHU de Liège. Le Dr Pascale Huynen est médecin biologiste. Elle a évalué l’efficacité des tests sérologiques. Si certains sont aujourd’hui validés par l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé, ils attendent toujours un code Inami de remboursement. Ils ne peuvent pas encore être facturés aux patients. Parfois décriées, ces analyses sont pourtant les seules à ce jour à pouvoir fouiller dans le passé du patient. Un test positif signifie que le patient a été au contact du virus et qu’il a développé une réaction immunitaire. Mais, il ne dit pas quand précisément et il ne dit pas non plus si l’immunité est permanente. C’est la limite de l’exercice.

Après une prise de sang, l’équipe du laboratoire de microbiologie va d’abord réaliser un dépistage rapide. 10 minutes montre en main. Le test doit se faire dans des conditions standardisées avec une interprétation d’un spécialiste. Rien n’apparaît sur ce premier radar.


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Place ensuite au test automatisé de confirmation. Il va quantifier précisément la présence d’anticorps dans le sang. Le résultat est identique. "Il n’y a pas d’anticorps du tout. C’est strictement négatif. Ça veut dire de deux choses l’une. Soit vous avez fait l’infection et les anticorps ont déjà disparu. Soit, ce n’était pas le Covid-19", analyse le Dr Pascale Huynen. La scientifique reconnaît que l’on manque encore de recul sur le coronavirus. Les symptômes des militaires datent d’il y a 5 mois. Beaucoup de choses ont pu se passer entre-temps.

Néanmoins, deux éléments semblent infirmer l’hypothèse des autorités chinoises. Tout d’abord, le temps d’incubation. Les militaires belges sont tombés malades un mois après leur retour. Normalement, le virus se développe dans les 15 jours. Autre constat : dans l’entourage de ces militaires, peu de proches ont eu des symptômes du Covid-19. La contagiosité du coronavirus n’est pourtant plus à démontrer. À l’heure actuelle, aucune analyse scientifique n’a confirmé que les jeux mondiaux militaires pouvaient être à l’origine de la pandémie. Un faible doute subsiste. Mais, il s’amenuise de plus en plus.

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