Coronavirus : des appels à la prière à Molenbeek, actes de la droite identitaire ? (vidéos)

Vendredi, une patrouille de police est intervenue à Molenbeek.
Vendredi, une patrouille de police est intervenue à Molenbeek. - © D. R.

Une vidéo, puis deux, puis trois. Depuis une semaine, sur les réseaux sociaux mais aussi au travers de partages sur les messageries comme Whatsapp, tournent plusieurs images montrant des artères de Molenbeek, à l’heure des mesures de confinement imposées par la pandémie de coronavirus. Toutes les vidéos filment une même scène avec en fond sonore "al adane", l’appel à la prière musulmane. Les images ne sont pas toutes tournées au même endroit mais permettent de reconnaître le quartier des boulevards Mettewie et Machtens ainsi que l’avenue des Tamaris.

La scène semble avoir été captée en soirée, au moment du désormais hommage quotidien au personnel médical en première ligne dans la prise en charge des malades du Covid-19. Une manière de marquer la solidarité d’une partie de la communauté musulmane avec les messages de soutien aux médecins et infirmiers dans nos hôpitaux ? En tout cas, les vidéos que l’on retrouve sur Youtube émanent de spectateurs de la scène, mais pas de la personne à l’origine de la diffusion de l’appel à la prière.

Les règles du tapage

Depuis de très nombreuses années, aucune mosquée à Bruxelles ne transmet d’appels à la prière par haut-parleur comme c’est le cas dans les pays musulmans. Une raison toute simple : dans le calendrier islamique, certaines prières sont programmées très tôt le matin voire tard le soir. Une invitation à rejoindre le lieu de culte constituerait un tapage nocturne voire diurne, en raison du volume sonore. En général, le tapage est interdit entre 22h et 6h du matin. Mais les règles peuvent être différentes en fonction des lieux (un lieu touristique) et des circonstances (la célébration d’une victoire d’une équipe de football, un feu d’artifice). Aucune exception n’est prévue pour les traditions religieuses : les cloches des églises par exemple se taisent la nuit tombée.

Si les vidéos ont largement circulé parmi les membres de la communauté musulmane, elles ont également été exploitées par les groupes identitaires, adeptes de la théorie du grand remplacement en Belgique et à l’étranger, comme en France ou aux Pays-Bas. Depuis les attentats djihadistes de 2015 et 2016, Molenbeek est régulièrement stigmatisée et la commune tente de tourner définitivement la page. Mais sur Twitter et Facebook, les commentaires anti-musulmans sont aussi nombreux que ceux qui saluent un appel pacifique à la prière, en cette période de confinement particulièrement strict.

Qualité sonore

A la commune de Molenbeek, on ne souhaite pas réagir, ni alimenter une polémique. Le fait est "isolé" dit-on. Selon nos informations, la piste privilégiée par les autorités ne serait peut-être pas celle d’un fidèle qui souhaite partager un acte de piété, mais celle d’un provocateur, liée à des mouvements de la droite identitaire. "Soit c’est effectivement un musulman et le contrôle social fait qu’il se rend compte que son acte peut provoquer une réaction contraire et donc il ne le fait plus. Soit, c’est une personne plutôt hostile à la communauté musulmane qui veut justement monter les communautés les unes contre les autres", analyse un haut responsable de la commune.

"Ce qui nous fait dire cela ? C’est la qualité sonore des enregistrements. On voit bien que ce n’est pas juste quelqu’un qui pousse sa radio à fond. Un haut-parleur puissant est utilisé. C’est quelqu’un qui espère également que cela soit filmé et diffusé."

Mais l’acte isolé s’est également produit la nuit tombée, si l’on en croit une deuxième série de vidéos. Le même appel à la prière a été surpris par des internautes, toujours dans le même quartier.

Vendredi, une troisième vidéo a fait surface. Toujours le même quartier, mais cette fois il s’agit d’une récitation du Coran. Une patrouille de police intervient, s’arrête au milieu du boulevard Mettewie et après quelques secondes fait hurler sa sirène. La récitation s’interrompt soudain.

Au travers du mégaphone du véhicule, un policier apostrophe la personne à l’origine de la diffusion : "Il est 20h30, on peut faire du bruit un petit peu mais il ne faut pas exagérer !" Intervention policière pour un tapage pris sur le fait ou intervention sur base d’une dénonciation ?

Il y a quelques jours, toujours dans le même périmètre de Molenbeek, nous relations pourtant la prestation d’un DJ depuis dans l’un des hauts immeubles du boulevard Machtens. Aucune intervention policière ici mais des smartphones sortis pour filmer la scène qui a fait danser et chanter pas mal de riverains. Dans d’autres quartiers de Bruxelles, le confinement qui impose aux habitants de rester chez eux induit une certaine tolérance de la part des forces de l’ordre en termes de nuisances sonores au-delà des limites habituelles.

Reste enfin qu’un autre appel à la prière est repris sur les réseaux. Une vidéo a été tournée à Anderlecht, dans le quartier du square Albert 1er, en cette période de confinement et de fermeture de tous les lieux de cultes. Eglises, synagogues et mosquées n’accueillent plus aucun fidèle et n’organisent plus de prières collectives.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK