Coronavirus : dans quelle mesure peut-on relativiser le nombre de morts du Covid-19 en Belgique et dans le monde ?

"On confond pandémie avec menace mortelle", affirmait à la fin du mois de juillet une carte blanche dans Le Vif. Écrite par Daniel Rodenstein, médecin retraité, elle défend l’idée que la pandémie de Covid-19 ne sera pas aussi mortelle que les conséquences économiques, sociales et psychologiques du confinement. Si cette opinion se respecte, elle demeure invérifiable pour l’instant puisque la pandémie n’est pas encore terminée partout sur le globe, mais aussi que les conséquences du confinement ne se font pas encore sentir complètement. Mais là où cette opinion est plus problématique, c’est qu’elle se fonde sur des arguments factuellement faux ou masqués par quelques artifices rhétoriques.

1. Le nombre de morts annuellement en Belgique

La carte blanche commence par des comparaisons entre les mortalités annuelles en Belgique. L’auteur indique qu’environ 110.000 personnes décèdent dans notre pays chaque année, soit 300 par jour en moyenne, un peu plus en hiver qu’en été. Très juste. Puis vient le premier argument qui tend à minimiser le nombre du Covid-19 en Belgique. "Le jour le plus noir, le 10 avril 2020, il y eut 613 morts (en réalité 674, source Statbel, ndlr), soit 151 de plus que le jour le plus noir de 2018". Un autre auteur aurait pu écrire : "il y eut 613 morts, soit 313 de plus que la moyenne habituelle, une hausse de 104%".

Les deux phrases sont vraies, mais présentent chacune la réalité en fonction de la conclusion qu’on souhaite lui donner. Ainsi résumait Churchill : "Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées". Mais cette interprétation choisie de la mortalité du 10 avril permet à l’auteur de la carte blanche de poursuivre vers une conclusion toute faite : "Si on regarde ces faits pour ce qu’ils sont, il n’y a là rien, mais vraiment rien, qui puisse expliquer la psychose qui s’est abattue sur la Belgique, qui l’a submergée, paralysée, bouleversée."

2. 400 millions de morts annoncés du Covid-19… Avant la découverte du Covid-19

Dans son deuxième paragraphe, l’auteur va essayer de démontrer que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait annoncé 100 à 400 millions de morts du Covid-19 et qu’elle s’est donc royalement plantée (puisque nous tournons autour de 730.000 morts pour l’instant, chiffres officiels du 10 août 2020). Pour ce faire, il a retrouvé sur le site de l’OMS un travail d’une trentaine de chercheurs baptisé "Préparation à une pandémie de pathogènes respiratoires à forts impacts" (https://apps.who.int/gpmb/assets/thematic_papers/tr-6.pdf).

Ce genre de documents sort régulièrement et sert à prévenir l’OMS et ses pays membres des failles de leurs systèmes de santé et des conséquences que cela pourrait avoir tout en leur conseillant plusieurs améliorations. L’auteur indique dans sa carte blanche : "Un document tout entier dédié à la pandémie dévastatrice tant attendue venait de sortir en septembre 2019. Il prévoyait une répétition augmentée de la grippe espagnole. Les morts se compteraient par millions, de 100 à 400 millions de morts et plus, aucun pays, aucune personne ne serait épargnée."

Le problème est précisément que le fameux document annonçant 100 à 400 millions de morts date de septembre 2019. Avant même la découverte du Covid-19. Les premières traces du nouveau coronavirus datent de janvier 2020 et les plus aventuriers suspectent une apparition du Covid-19 en novembre 2019. Autrement dit, les chercheurs de l’OMS ont produit une simulation d’un nouveau virus inconnu, en lui donnant des caractéristiques et qui dans un certain contexte créerait une pandémie. Mais impossible de relier ce document de travail au Covid-19. Et évidemment, les mots "Covid-19" ou "Covid" n’apparaissent pas une fois dans le document.

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Coronavirus: dans quelle mesure faut-il relativiser le nombre de morts du Covid-19 en Belgique et dans le monde? © Tous droits réservés

Et ces "100 à 400 millions de morts" alors ? Il s’agit d’un encadré (une illustration selon les codes de rédaction scientifique) d’une demi-page (sur 75 pages d’étude) titré : "À quoi ressemblerait la Grippe espagnole de 1918 aujourd’hui ?". Les chercheurs y expliquent que si le virus de la grippe espagnole (entre 50 et 100 millions de morts entre 1918 et 1920) éclatait maintenant, un "simple calcul arithmétique suggérerait la possibilité d’avoir 100 à 400 millions de morts". Bref, il ne s’agit que d’une simple projection mathématique d’un virus spécifique d’il y a un siècle sur une situation démographique actuelle.

Alors, l’OMS prévoyait-elle "une répétition augmentée de la grippe espagnole" provoquant "100 à 400 millions de morts" ? Non. L’OMS indique simplement que l’une de ses multiples recherches prédictives évoque, en tant qu’illustration, l’exemple de la grippe espagnole de 1918 qui pourrait grâce à un simple calcul arithmétique provoquer 100 à 400 millions de morts. C’est bien moins tranché que la formulation présente dans la carte blanche et surtout, ni ce document, ni cet exemple n’ont de lien avec le Covid-19.

Mais à nouveau, cette utilisation tronquée du document et de cet exemple permet à l’auteur d’avancer dans une formule plutôt efficace sur le plan rhétorique, mais montée de toutes pièces. "L’OMS nous enjoignait : abandonnez travail, famille, amis ; courez vous enfermer si vous voulez avoir une chance de survivre. Sacrifiez famille, carrière, travail. Éloignez-vous des autres, ne les touchez pas, couvrez votre haleine. Oubliez la vie si vous voulez avoir la vie sauve." Bien sûr, au-delà de la définition du "social distancing", ces prétendues consignes de l’OMS ne se trouvent pas dans le document.

3. "600.000 morts, à peine 1% des morts d’une année quelconque !"

Après avoir lié de manière tronquée ce document de travail de l’OMS au Covid-19, l’auteur affirme que les dirigeants s’en sont remis exclusivement à l’OMS pour leur gestion de la pandémie dont le mot d’ailleurs leur a fait d’ailleurs beaucoup peur : "on a confondu pandémie et menace mortelle", indique-t-il avant d’affirmer à nouveau que le Covid-19 n’a pas beaucoup tué en Belgique. Ni dans le monde.

Nous citons : "Le Covid-19 n’aura pas non plus beaucoup changé les chiffres dans le monde, où il meurt chaque année, en gros, 57.000.000 d’humains. Le Covid-19 a tué jusqu’ici, en gros, 600.000 personnes. A peine 1% des morts d’une année quelconque !" Bref, pour l’auteur, ce n’est pas beaucoup 600.000 morts. Alors au-delà de l’aspect philosophique du rapport à la mort, vérifions ce chiffre de 600.000 morts.

Y a-t-il effectivement 600.000 morts du Covid ?

En ce 10 août, nous sommes autour de 730.000 morts selon les décomptes officiels. Mais voilà le premier problème : les décomptes officiels. Ainsi, officiellement, la Russie compte 15.000 décès. Et la Chine, foyer du virus, annonce officiellement 4634 décès. On se permettra de douter de ces chiffres officiels. Et en Europe ? Même topo. En France, le comptage officiel ne tient pas compte des décès à domicile, mais uniquement ceux en hôpitaux et en maison de retraite. Par ailleurs, beaucoup d’Etats sont suspectés de sous-estimer leur mortalité pour éviter la mauvaise publicité qu’une forte mortalité pourrait avoir sur leur pays, leur secteur touristique et donc leur économie. Bref, ce décompte officiel de 730.000 morts dans le monde est largement sous-évalué.

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730.000 morts, c’est beaucoup ?

Pour la beauté du sport, on va quand même tenir compte de ce chiffre largement sous-évalué de 730.000 morts en six mois. Bien qu’il ne corresponde qu’à 6 mois de pandémie, nous allons le placer dans le tableau des maladies qui ont fait le plus de morts sur les 12 mois de 2017 (trouvé ici). Résultat : avec 730.000 de morts (sous-estimé), le Covid serait la 16e cause de décès mondiale juste devant le paludisme, les meurtres, Parkinson, la méningite, l’alcool, la drogue, les guerres, l’hépatite, les incendies ou… le terrorisme (26.000 morts par an).

Alors, 730.000 morts en 6 mois, c’est beaucoup ? Et on rappelle que nous n’avons compté que 6 mois de pandémie face à 12 mois d’autres causes de décès. Il est envisageable que sur 12 mois, le nombre de morts du Covid-19 en 2020 dépasse aussi celui des suicides (790.000 morts), du Sida (950.000 morts) ou de la tuberculose (1,18 million de morts). On notera par ailleurs, comme l’indique cet article qu’il est dangereux de réaliser la comparaison entre ces causes de décès, entre-autres parce que l’épidémie de Covid n’est pas terminée (elle semble stabilisée en Europe mais comment évoluera-t-elle en hiver ? La maladie n’est pas maîtrisée aux USA, au Chili et ailleurs dans sur le globe), donc son chiffre n’est pas stabilisé sur plusieurs années aux contraires des autres causes. (Plus d’infos ici)

La seule cause de décès hors de contrôle

Mais plus fondamentalement, il existe différence intrinsèque entre toutes les autres causes de mortalité et le Covid-19 : le manque de connaissances, de prédictibilité et de traitements pour le Covid-19. Toutes les autres causes de décès sont connues et combattues depuis au moins 40 ans : pensez aux campagnes de dépistages des cancers ou des infections sexuellement transmissibles, aux vaccins contre la tuberculose et la méningite, pensez aux sensibilisations autour du Sida, aux multiples lois encadrant l’alcool et interdisant la drogue, aux nombreuses mesures de protection anti-incendie dans les bâtiments ou plus simplement, aux nombreuses mesures mises en place pour protéger la population contre les actes terroristes.

Toutes ces mesures de prévention et de traitement permettent de considérer ces causes de décès "sous contrôle" avec des taux de décès très stables d’année en année. Bref, complètement l’inverse du Covid-19 pour lequel il y a quelques mois, il n’y avait quasiment aucune connaissance scientifique, pas de prévention, peu de tests, peu de masques, pas de traitement, pas de vaccin et dont on sait à peine aujourd’hui comment on en guérit si ce n’est par chance d’être en bonne santé lorsqu’on est touché par le virus.

Pour résumer, il est très difficile de se baser sur les chiffres officiels du Covid (1) et largement déconseillé de les comparer aux autres maladies (2), mais quand on le fait à la grosse louche, il semble que le Covid soit une des 10 causes de mortalités dans le monde (3) et reste la seule cause de mortalité pour laquelle il n’y a (vait) ni connaissance scientifique complète, ni traitement préventif, ni remède. (4) Voilà qui a justifié dans le chef des décideurs politiques des mesures exceptionnelles.

4. "Mais tous les morts sont des personnes âgées"

L’expression ne se retrouve pas telle quelle dans le texte, mais y apparaît en filigrane, notamment à travers cette phrase : "Et comme chaque année, la majorité des morts de 2020 seront âgés de plus de 64 ans." Autrement dit : le Covid a tué des gens qui allaient de toute façon mourir, pourquoi avoir imposé autant de mesures liberticides pour des futurs morts ?

Cette réflexion apparaît depuis le début de la crise dans de nombreux discours. Et si elle s’applique parfaitement au Covid, ne pourrait-on pas penser qu’on puisse l’appliquer aussi à d’autres causes de mortalité ? Quelques exemples. "Certes, il est mort du cancer, mais il avait déjà bien vécu" ou encore "son accident de voiture est tragique, mais il était diabétique". Et ainsi, proposer comme le fait ce médecin de ne pas combattre ces maladies qui tuent davantage les vieux que les jeunes. Choquant ? On vous laisse juge.

En tout cas, cet argument qui n’existait pas pour d’autres maladies n’est apparu que pour le Covid-19. En rhétorique, on appelle ça un sophisme (raisonnement faux malgré une apparence de vérité). Par ailleurs, si vous êtes favorables au sacrifice des aînés par une classe politique sous prétexte que ces aînés vont bientôt mourir, demandez-vous de quoi cette même classe politique serait aussi capable et demandez-vous enfin comment on appellerait ce genre de régime politique.

5. Le confinement n’a pas fait baisser les chiffres

Dans la suite de son texte, le médecin ajoute : "Il est clair à mes yeux sans le moindre doute que les mesures prises pour combattre cette maladie sont complètement disproportionnées par rapport à la gravité réelle de la maladie. […] La Suède, qui n’a pas confiné devrait être alors la championne de la mortalité. Si l’on regarde par rapport à la population de chaque pays (par million d’habitants), la Suède est loin derrière la Belgique, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie, qui ont, eux, confiné. De fait, il n’y a pas de rapport clair entre un confinement plus ou moins strictement respecté et les conséquences de la pandémie d’après les chiffres de l’OMS à ce jour. Ni en Europe ni dans le monde." Même s’il a déjà été démontré à de nombreuses reprises qu’il n’y avait aucun sens à comparer les mortalités entre pays fondamentalement différents (notamment ici), l’auteur s’y risque tout de même. Avec fracas.

Plusieurs recherches ont déjà démontré que la propagation du virus était particulièrement vive dans les endroits très densément peuplés (exemple : New-York, 7000 habitants au km2, 23.000 décès) et beaucoup moins dans les régions moins denses. Ainsi, il était tentant de comparer la Belgique (375 habitants/km2) à la France (105 habitants/km2) pour en déduire que la Belgique avait beaucoup plus de morts. Bref, grâce à un nouveau sophisme, l’auteur de la carte blanche compare la Suède (23 hab/km2) à la Belgique (375 hab/km2), le Royaume-Uni (260 hab/km2), l’Espagne (93 hab/km2) et l’Italie (200 hab/km2), en se gaussant d’un CQFD satisfaisant : le confinement n’a servi à rien.

Mais voilà, si on compare la Suède aux trois autres pays scandinaves (Danemark, Norvège, Finlande) dont les densités sont comparables (sauf pour le Danemark), ça se complique pour la théorie favorable à la Suède. Alors que la première vague dans ces 3 pays s’est arrêtée fin mai, la Suède a connu son pic de cas autour du 20 juin. Et depuis lors, les statistiques donnent ceci :

Norvège – 14 hab/km2 – 9661 cas – 256 décès – 47 morts/million d’habitants
Finlande – 16 hab/km2 – 7584 cas – 331 décès – 60 morts/million d’habitants
Danemark – 134 hab/km2 – 15.135 cas – 620 décès – 107 morts/million d’habitants
Suède – 23 hab/km2 – 82.972 cas – 5766 décès – 563 morts/million d’habitants

La Suède est devant le Danemark, 5 fois moins de morts, avec pourtant une densité 6 fois plus élevée.

Le résultat du confinement en Belgique

Mais cela vaut le coup de s’arrêter un peu plus longuement sur les résultats du confinement. Et prenons l’exemple belge. Comme chacun le sait, au début de la pandémie, chaque contaminé transmettait sa maladie à environ 3 autres personnes qui elles-mêmes la transmettaient à 3 autres personnes. C’est ce qui a donné les courbes exponentielles de graphiques : les nombres de cas, d’hospitalisés et de morts ne croissaient pas de façon stable, mais toujours plus rapidement. Illustration avec le nombre de décès par recensé par Sciensano :

  • 13 mars : 3 nouveaux décès
  • 15 mars : 6 nouveaux décès
  • 17 mars : 11 nouveaux décès
  • 18 mars : 21 nouveaux décès

On dit alors que la courbe s’envole et on parle de "temps de doublement" : le nombre de morts par jour double tous les 2 jours en moyenne. Les premières interdictions (bar et restaurants) sont annoncées le 13 mars et les effets prennent généralement 10 jours à être constatés dans le nombre de morts par jour.

  • 21 mars : 39 morts
  • 23 mars : 78 morts
  • 30 mars : 168 morts

A partir du 23 mars, le temps de doublement passe de 2 jours à 7 jours suite aux mesures du 13 mars (ressenties le 23 mars). Le 18 mars, le confinement strict est appliqué.

  • 21 mars : 39 morts
  • 23 mars : 78 morts
  • 30 mars : 168 morts
  • 12 avril : pic à 344 morts

A partir de la fin mars, le temps de doublement s’allonge considérablement (13 jours entre le 30 mars et le 12 avril), et surtout plus jamais il n’y aura plus de morts que le 12 avril. La question tentante à ce stade est de savoir ce qui se serait passé sans confinement. Il est impossible de le savoir. Mais en prolongeant simplement la courbe exponentielle sur le même rythme qu’au début du mois de mars (doublement du nombre de morts tous les 2 jours), le modèle mathématique donne 35.000 morts rien que le 12 avril, faisant dépasser la barre des 100.000 morts à l’échelle du pays. Bien sûr, ce n’est pas ce qu’il se serait passé dans la réalité, mais on comprend là qu’on aurait rapidement compté les morts en milliers par jour, dès le début du mois d’avril, au lieu de l’avoir stabilisé à 344.

Bref, le confinement a eu un effet direct sur la baisse du nombre de morts. Le nier revient à mentir.

6. Conclusion

Relisons alors la conclusion de l’auteur de la carte blanche. "Que tirer comme bilan ? Il est clair à mes yeux sans le moindre doute que les mesures prises pour combattre cette maladie sont complètement disproportionnées par rapport à la gravité réelle de la maladie. Que la façon de présenter cette maladie est déformante, anxiogène, exagérée, injustifiée." Et termine : "Le coronavirus SARS-CoV-2 accusé de tous les maux de la terre n’aura rien à voir avec les pires conséquences de cette pandémie. Ce sont les mesures et décisions prises à l’encontre de cette maladie (mais qui en réalité étaient préparées pour une maladie vraiment mortelle, ce que celle-ci n’est pas) qui engendrent et engendreront les désastreuses conséquences dont nous tous serons les témoins. Daniel Rodenstein – Médecin retraité"

Dans le fond, ce que semble regretter ce médecin, ce sont les sévères mesures de privation de liberté depuis le mois de mars, jusqu’au renforcement des mesures et la bulle de 5 annoncés dernièrement. Le texte date d’ailleurs du 29 juillet, le jour même où la bulle de 5 devient d’application. Et à juste titre, ce médecin s’inquiète des nombreuses conséquences sur la vie sociale, économique et sur la santé mentale de tous les Belges : "un million de chômeurs temporaires, l’arrêt de l’éducation, de la vie culturelle, l’enfermement carcéral et inhumain des vieux en maison de repos, l’enfermement des enfants et adolescents, la culpabilisation abusive et généralisée de la population, la disparition du sourire et de l’insouciance." Et forcément, tout le monde ne peut que regretter ces conséquences. Mais plutôt que de regretter le calibrage de l’une ou l’autre mesure (comme d’autres l’ont fait en critiquant l’uniformité des mesures du 29 juillet sur toute la Belgique par exemple), l’auteur use de formules rhétoriques pour minimiser le nombre de morts en Belgique et dans le monde, de comparaisons trompeuses pour remettre en question le confinement, mais profite quand même des effets du confinement (limitation du nombre de morts) pour dire qu’il n’a servi à rien.

Par ses mots ("la façon de présenter cette maladie est déformante, anxiogène, exagérée, injustifiée"), l’auteur lance aussi en l’air idée d’un traitement volontairement déformant et à dessein (oserait-on appeler ça un complot ?) sans en donner le moindre indice, argument, preuve, mais derrière lequel chacun s’amusera à placer les experts, la classe politique et les médias tout en lui faisant confiance "puisque c’est un médecin qui le dit".

Enfin, et c’est bien là qu’est le principal problème, si cette carte blanche a pu être publiée dans un magazine aussi respectable que le Vif, c’est surtout parce que son auteur était un médecin, pneumologue d’après Google. Pas épidémiologiste, ni statisticien, ni responsable politique. Mais simplement l’un des 45.000 médecins que compte la Belgique et parmi lesquels forcément, et c’est sain, il se trouve des opinions divergentes. Et peut-être des opinions tronquées. Dans un sens ou dans l’autre. Face à la viralité de la carte blanche originelle, il est urgent de rappeler une consigne de survie sur les réseaux sociaux : ce n’est pas parce que quelque chose vous plaît qu’il est vrai. Les opinions et les faits sont deux choses différentes.

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