Coronavirus dans les maisons de repos : les résidents ont plus peur de la solitude que du virus, selon MSF

Coronavirus dans les maisons de repos : les résidents ont plus peur de la solitude que du virus, selon MSF
Coronavirus dans les maisons de repos : les résidents ont plus peur de la solitude que du virus, selon MSF - © RUNSTUDIO - Getty Images

"Il est urgent de trouver un meilleur équilibre entre la gestion des infections et le bien-être psychosocial dans les maisons de repos". C’est le constat posé par Médecins sans Frontières, après des recherches menées cet été.

L’ONG a commencé à intervenir dans les résidences dès le mois de mars, et cela dans l’urgence. Le focus est à l’époque fait sur les mesures, le contrôle, la prévention et le support psychologique des résidents. Mais vers la fin du mois mai, quand la situation s’est améliorée, l’organisation réalise qu’elle n’a pas eu l’occasion d’apporter des réponses par rapport à la santé mentale des résidents. Or, il y avait une demande du personnel des maisons de repos, qui constatait notamment des syndromes de glissement, autrement dit, la perte de la joie de vivre, du goût de la vie et donc avec une tendance, pour ces personnes souffrantes, à se laisser aller. L’isolement est pointé du doigt. L’ONG décide alors de réaliser une étude et de se pencher sur le bien-être psychosocial.


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Les résultats

Les résultats obtenus ne sont pas réellement une surprise. Des indices existaient et montraient que le plus difficile à gérer pour les personnes âgées c’était beaucoup plus l’isolement social que la peur du virus, nous explique Stéphanie Goublomme, coordinatrice du projet de support en maison de repos pour MSF Belgique. Mais ce qui l’a fort marqué lors des entretiens c’est "qu’on avait retiré une grande partie de leur autonomie, parce qu’ils n’ont pas toujours été inclus dans la décision des mesures de confinement". Et elle poursuit : "Il y en a quand même souvent qui répétaient, j’ai pas vraiment peur du virus, mais par contre j’ai peur de rester encore enfermé dans ma chambre pendant des semaines, c’est ça qui est difficile ".

Lors des entretiens, des résidents ont expliqué être plus souvent tristes, d’autres souffraient de dépression, étaient en manque d’énergie. Certains perdaient leurs capacités motrices, voire cognitives. Stéphanie Goublomme précise : "Ils ont passé des jours et des jours seuls dans leur chambre. Même si leurs activités quotidiennes n’ont pas l’air énormes, même allez manger ensemble, le fait de les retirer a eu un impact… Il faut imaginer si on vous demande de rester seul dans votre chambre pendant trois mois". Il ressort, toujours de ces entretiens, que les inquiétudes ne sont pas forcément de tomber malade et de mourir : "Ce sont des gens qui disent qu’ils ont eu des vies pleines et qu’ils ont bien vécu et que ce sont les conditions dans lesquelles ils vivent qui sont plus importantes qu’une quelconque peur d’attraper la maladie".

Pour Stéphanie Goublomme, "on s’est focalisé sur la santé physique et on a essayé de protéger un maximum les résidents, on n’a pas suffisamment réfléchi à leur bien-être mental. Or, cet aspect est aussi important pour eux. Ce sont les conditions dans lesquelles ils vivent, ce n’est pas seulement le fait de rester en vie". Depuis cet été de nombreuses directives ont été envoyées dans les maisons de repos à Bruxelles et en Wallonie pour tenter de recréer du lien social, de reprendre des activités et d’essayer de retrouver une certaine normalité, mais cela n’est pas simple à mettre en place pour les directions et le personnel des maisons de repos, nous explique notre interlocutrice. Car cela doit se faire alors qu’il faut continuer à mettre en place des mesures de contrôle et de prévention des infections. "C’est parfois difficile d’adapter de nouvelles recommandations, il faut qu’ils puissent manger ensemble, reprendre des activités de groupe, etc., mais il faut faire ça de façon sécurisée et en respectant toutes les mesures pour éviter les infections".

Des recommandations

Le personnel des maisons de repos a été le premier à se rendre compte de l’impact des mesures sur les résidents. Il y a donc selon MSF une volonté d’être mieux outillé pour faire face aux problèmes de santé mentale qui pourraient apparaître chez les résidents en isolement. Aujourd’hui, l’expérience des mesures de préventions est là et il est possible de mettre des choses en place pour éviter de devoir revenir à une situation aussi drastique.

Pour MSF, les résultats de la recherche montrent le besoin urgent d’équilibrer les mesures de préventions et de contrôle des infections avec le bien-être social et mental. L’ONG propose dès lors des recommandations, notamment :

  • permettre d’avoir des interactions personnelles et des contacts sociaux sûrs et significatifs
  • poursuivre les activités individuelles et collectives en conformité avec les mesures de préventions et de contrôle des infections
  • préserver les soins de santé essentiels pour les résidents
  • améliorer l'échange d'informations et la communication avec les résidents

Et pour le personnel :

  • fournir une formation actualisée et sur mesure aux personnels médical et paramédical des maisons de repos
  • apporter un soutien psychologique proactif aux membres du personnel des maisons de repos, y compris des sessions de groupe sur la gestion du stress, l'anxiété et la manière dont ils peuvent prendre soin d’eux-mêmes de manière autonome

L’étude a été réalisée au mois de juillet auprès du personnel de 8 maisons de repos, mais aussi de plus de 60 résidents.

Visites "à géométrie variable" dans les homes, dans notre JT du 7 septembre:

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