Coronavirus : comment les résidents de grands immeubles vivent-ils le confinement ? Immersion

Le long de la Meuse, quai Saint-Léonard à Liège, se dressent des dizaines de tours. Des immeubles où les résidents sont confinés dans des appartements parfois exigus. Nous avons été à leur rencontre pour voir comment s'organise la vie en pleine crise du coronavirus.
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Le long de la Meuse, quai Saint-Léonard à Liège, se dressent des dizaines de tours. Des immeubles où les résidents sont confinés dans des appartements parfois exigus. Nous avons été à leur rencontre pour voir comment s'organise la vie en pleine crise du coronavirus. - © Tous droits réservés.

Si certains bénéficient de jardins ou de grandes maisons, d’autres sont confinés dans des espaces parfois très restreints, à plusieurs. Comment s’organise la copropriété dans des tours de plusieurs dizaines d’appartements ? Et quels sont les problèmes concrets, comme le partage des parties communes ?

Une de nos équipes s’est immergée dans le quotidien de familles et de personnes seules qui habitent dans des immeubles à Liège.

Tout est calme le long de la Meuse. Le soleil se reflète sur l’eau du fleuve. Quelques personnes profitent de quelques instants pour souffler sur leurs petits balcons. Enfin, ceux qui ont la chance d’en avoir un. On dénombre des dizaines de grandes tours sur le quai Saint-Léonard, près de Droixhe.

Le petit est plein d’énergie et il ne peut pas sortir

Ici, le confinement est pour beaucoup plus contraignant : "J’ai deux enfants, un garçon de quatre ans et une fille d’un an", témoigne Mohammed Antari. "Nous vivons à quatre dans 80 mètres carrés au deuxième étage d’un immeuble de 60 appartements. Depuis la fermeture des écoles, le quotidien n’est pas facile. Le petit est plein d’énergie et il ne peut pas sortir. J’ai retiré des meubles du salon pour qu’il puisse jouer avec plus d’espace, notamment avec un ballon. Nous essayons de canaliser son énergie".

"Ce n’est pas facile pour tous les habitants de l’immeuble. Car nous n’avons pas de jardin et les sorties sont limitées. On fait avec", explique Mohammed avec philosophie. "On espère que la situation ne va pas durer trop longtemps. En attendant, on reste le plus patient possible avec les enfants car l’espace est limité et la tension peut vite monter. On tente de rester calme".

Une famille de trois dans un appartement deux chambres

Quatre étages plus haut que l’appartement de la famille Antari, nous rencontrons une enseignante et ses deux "grands" enfants : Mathias, 19 ans, et Beryl 21 ans. Ils vivent à trois dans un "deux chambres".

"Ce qui est difficile, c’est de vivre dans 90 mètres carrés", témoigne Cécile Ben Moussa. "Nous n’avons pas l’habitude car avant nous nous trouvions dans une maison. Il n’y a pas de jardin ici et nous ne connaissons pas les voisins. Pour le moment, nous vivons en autarcie. C’est compliqué".


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D’autant plus compliqué pour sa fille Beryl, étudiante en Master 1 à l’Université de Maastricht, parce qu’il fait beau actuellement : "Depuis le début du confinement, il fait ensoleillé. C’est vraiment difficile de ne pas pouvoir sortir. J’ai beaucoup de travail avec mes études et je peux tout faire à distance grâce aux nouvelles technologies. Mais parfois c’est dur de vivre à trois dans un si petit espace. Mon rêve, là, ce serait d’être en terrasse avec mes copines", conclut la jeune femme.

Pour le cadet Mathias, actuellement en rhéto, le plus difficile est de ne pas pouvoir se rendre à la salle de sport et de voir ses amis. "J’essaye de temps en temps d’aller courir en faisant très attention. Mais parfois c’est lourd d’être à trois dans un appartement. Moi, j’ai de la chance, j’ai ma chambre à moi tout seul. Je peux m’y ressourcer lorsqu’on est trop les uns sur les autres, ce qui n'est pas le cas pour ma sœur et ma mère qui dorment à deux dans la même chambre".

Chantal et Solange, deux femmes isolées

Si le confinement dans les immeubles est difficile et source de stress. Il est également source de solidarité sociale. Exemple dans la résidence Marengo non loin de là. Elle est composée de 50 appartements.

Chantal fait plusieurs fois par semaine des courses pour une voisine de 86 ans qui ne peut pas sortir. "Je suis en train de trier des courses pour mon amie qui ne peut plus se déplacer. Elle m’a demandé deux, trois petites choses. Dans cet immeuble, la solidarité s’organise. Je connais quelques personnes et nous nous entraidons. Une voisine de palier, qui est infirmière, a imprimé sur des papiers des instructions d’hygiène. Maintenant, je vais prendre l’ascenseur et déposer les courses devant la porte de mon amie pour que nous ne rentrions pas en contact", conclut Chantal.

Deux étages plus haut, nous rencontrons Solange. Elle vit seule aussi et respecte à la lettre les mesures d’hygiène. "Le plus difficile est de ne pas pouvoir voir la famille. Je prends un maximum de précautions pour pouvoir les revoir. Je nettoie mes mains, mes semelles et l’appartement après chaque course", détaille-t-elle.

Le syndic d’immeuble ne reste pas inactif

Quant aux mesures prises concernant les parties communes, nous prenons la direction du syndic d’immeuble. Il gère la copropriété de plusieurs dizaines d’immeubles dans le coin. "De nombreux problèmes se posent déjà. Nous devons reporter les assemblées générales de copropriétaires qui ont souvent lieu en mars et en avril. Nous éprouvons également des difficultés à trouver des indépendants pour de petites réparations de plomberie ou de chauffage", explique Thomas Brundseaux responsable de la société de copropriété.

Mais la priorité reste l’hygiène pour ce patron : "Nous avons demandé aux sociétés de nettoyage d’intensifier leur travail sur les poignées de porte, les sonnettes de parlophone, les boutons d’ascenseur et les parties communes. Tout est nettoyé plusieurs fois par semaine pour éviter les risques de contamination", détaille Thomas Brundseaux.

Nous demandons aussi à nos résidents, locataires et propriétaires, de ne pas prendre l’ascenseur à plusieurs. "Il faut le prendre une personne à la fois ou à deux, si et seulement si, il s’agit de personnes de la même famille". Ces mesures ont été placardées partout dans les halls d’entrée.

 

"On est tous dans le même bateau"

À la campagne, loin de ces préoccupations, nous rencontrons Benoit Dardenne, professeur en psychologie sociale à l’Université de Liège. Selon lui, les inquiétudes sont plus exacerbées pour les résidents d’immeuble.

Notamment car ils ont plus de risques de contamination qu’en zone rurale. "En effet, les résidents peuvent croiser quelqu’un dans l’ascenseur, dans la cage d’escalier ou encore se retrouver en contact avec une personne pouvant être atteinte du Covid-19. Les risques sont en réalité démultipliés".

Il est donc essentiel pour ce professeur de se montrer solidaire et que chacun accepte la situation de confinement au sein d’un même immeuble. "Il va falloir aussi accepter que nous sommes tous dans le même bateau. Les autres peuvent être relativement source de nuisances (sonores) comme nous nous pouvons l’être pour les autres. Mais in fine, les choses vont passer. Et je crois que la solidarité et le respect des autres en temps de confinement sont des valeurs essentielles".

Enfin, pour ce spécialiste, la promiscuité est également plus compliquée à vivre en appartement car les personnes ne trouvent pas de place pour elles. Il conseille donc que chacun s’aménage un peu de temps et d’espace pour soi lorsque la tension est trop forte.