Coronavirus : comment aider les enfants à garder le moral ?

Face à des informations parfois inquiétantes pour les parents, quelle attitude adopter dans sa façon de communiquer avec les enfants ?
Face à des informations parfois inquiétantes pour les parents, quelle attitude adopter dans sa façon de communiquer avec les enfants ? - © Volanthevist - Getty Images

Dans un précédent article, nous passions en revue quelques conseils pour garder le moral face au coronavirus. Et les enfants ? Eux aussi sont confrontés à cette situation inédite, qui peut les inquiéter. Voici quelques pistes pour bien les accompagner, avec Delphine Jacobs, pédopsychiatre aux Cliniques Universitaires Saint-Luc et membre de la Task Force pédiatrique.

Leur fournir des explications adaptées

Face à des informations parfois inquiétantes pour les parents, quelle attitude adopter dans sa façon de communiquer avec les enfants ? En leur donnant des informations "correctes, honnêtes et en phase avec leur développement", répond la spécialiste.

"On essaye de répondre aux questions sans donner beaucoup plus d’informations que celles demandées, pour les rejoindre là où ils sont. Ce qui est important, c’est de donner des informations honnêtes mais toujours en appuyant sur le côté optimiste. Par exemple en soulignant qu’on a de la chance parce que le virus ne comporte peu ou presque pas de risques pour les enfants. Il est possible de donner des informations tout en les rassurant par rapport à eux-mêmes. Mais il faut être honnête : préciser que pour les grands-parents, il y a un plus grand risque. Mais en précisant qu’il y a moyen de le contrôler (en portant un masque…). Donc à chaque fois : procurer des outils, pour montrer qu’on n’est pas impuissant, qu’il est possible de faire ce qu’il faut pour diminuer le risque même pour nos grands-parents".

Leur donner des perspectives et des alternatives

Les enfants plus jeunes n’ont pas la même conscience du temps, "ce qui ne veut pas dire qu’on ne doit pas essayer de les rassurer en leur donnant une perspective."

Leur parler du nouveau baromètre peut être intéressant, en leur expliquant que les précautions accrues vis-à-vis de leurs grands-parents par exemple sont temporaires. Sans oublier le positif : "Donner des alternatives et des perspectives, dire qu’on n’est pas pour toujours dans cette situation, même si on ne peut pas donner de date exacte. Peut-être expliquer pour les plus grands ce qu’est un vaccin, expliquer qu’il y a beaucoup d’efforts dans le monde pour avoir un vaccin."

Certaines fêtes familiales prévues peuvent être annulées, des anniversaires reportés à cause de mises en quarantaine des parents… Là aussi, le conseil est de donner des perspectives : "Leur dire qu’on va la faire, cette fête, mais on ne sait pas quand : on postpose mais on n’annule pas. Et puis trouver quand même des alternatives, en recevant vingt cartes par la poste par exemple. Il y a moyen de faire quelque chose qui met l’enfant au centre, dont il se souviendra à plus long terme, et c’est ça qui est particulier autour des anniversaires dans notre culture : mettre l’enfant au centre."

Bref, se montrer inventif, mais sans se mettre trop de pression psychologique non plus :"Tous les parents n’ont pas les moyens d’être créatifs – on est pris par le travail, nos soucis… Peut-être qu’il y a moyen de demander de l’aide à une grand-mère, à quelqu’un dans la famille qui est plus créatif ou qui a plus le temps : c’est important là aussi de voir l’éducation de l’enfant comme un effort collectif, ne pas trop miser sur les parents seuls".


À lire aussi : Port du masque : et si cela améliorait notre communication avec les autres ?


Leur offrir de la régularité

"Ce qui aide beaucoup les enfants, et aussi les ados, c’est d’avoir une régularité, une structure. Ça donne une sécurité de savoir comment leur journée va se passer, leur semaine, quelles personnes ils vont voir."

Si sa classe ferme, que ses professeurs sont absents, à nouveau l’important est de lui donner des explications honnêtes et claires, que ce soit du côté des parents ou du personnel éducatif.

"L’enfant peut se dire : 'Je comprends, j’ai même un certain contrôle', et ça c’est sécurisant pour un enfant. La base pour lui, c’est de savoir qui est là pour lui et comment sa journée va se passer. Jour après jour, il est important de pouvoir retrouver le plus possible une structure, ou même de rétablir une structure, une régularité sur laquelle l’enfant peut s’appuyer pour trouver une sécurité".

Et s’en inspirer…

Les enfants ont aussi leurs forces dans ce type de circonstances, dont certaines pourraient bien inspirer leurs parents… "Les enfants ont tendance à pouvoir plus vite passer d’un état à un autre. Ils peuvent être inquiets et puis se tourner vers leurs copains et avoir beaucoup de plaisir. Ça, c’est une force pour les plus jeunes. Chez les ados ça peut changer – il y a plus de fragilités, mais les enfants peuvent contrebalancer leurs inquiétudes par des moments où ils peuvent avoir du plaisir et oublier tous ces soucis."

Cette capacité à se focaliser sur l’instant présent, c’est une quête pour nombre d’adultes aujourd’hui, en témoigne par exemple le succès des cours de méditation de pleine conscience. "On pourrait apprendre de nos enfants à ce niveau. Apprendre à prendre un moment pour être inquiets, penser à ses propres parents peut-être à risque et chercher des solutions… Et puis pouvoir passer à autre chose, faire un jeu de société, et être dans le moment présent, prendre du plaisir et oublier les soucis."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK