Coronavirus, colère et perte de confiance dans la population : "Il n’y a pas de perspectives" regrette Pauline Chauvier

La difficulté dans le point où nous sommes actuellement dans l’évolution de l’épidémie en Belgique, c’est qu' "il n’y a pas de perspectives auxquelles les personnes peuvent se raccrocher", explique Pauline Chauvier. Cette psychologue en gériatrie aux Cliniques universitaires Saint-Luc a travaillé en unité Covid lors du premier confinement, elle conseille aujourd’hui les autorités au niveau de la motivation de la population à suivre les mesures.

Et pour elle, il faut à tout prix donner à la population des "objectifs intermédiaires": "Si on se donne la perspective que tout soit terminé et que tout rentre à la normale, alors on ne peut pas se sentir bien et être motivé. Il faut vraiment pouvoir se donner des objectifs intermédiaires, avec des choses auxquelles on doit arriver et qu’on peut visualiser positivement, et pas être toujours dans l’évitement".

Or, dans la situation actuelle, on a parfois l’impression que tout est négatif, et donc la psychologue insiste sur l’importance de se ressourcer, via une petite balade, échanger à distance avec un voisin, bref "profiter de ces petits moments qui vont ressourcer et vont permettre de tenir sur la distance".

Le baromètre, une possibilité d’objectifs

Ces liens seront encore plus importants à maintenir en cas d’un nouveau confinement : "La colère, l’impuissance et le fait d’être un peu désespéré ne sont pas des choses qu’on ressent tout le temps, et donc il faut pouvoir être soutenu et écouté à ce moment-là".

Le fameux baromètre qu’on attend depuis des semaines de la part de nos autorités politiques pourrait favoriser ces objectifs clairs et à plus court terme : "Il va normalement donner des objectifs clairs sur comment on peut retourner à une phase 3, puis à une phase 2. C’est vraiment important que les gens puissent se projeter là-dedans".

Et cet aspect moral est évidemment capital pour le personnel soignant : "Le personnel soignant est en effet fatigué. Il y a des équipes qui soignent les patients Covid depuis le mois de mars sans s’arrêter et d’autres qui prennent le relais maintenant puisqu’on augmente les services, et donc il a vraiment besoin d’être soutenu et d’être entendu dans ses craintes, dans sa fatigue et d’avoir des lieux pour s’arrêter et partager. Aux Cliniques Saint-Luc, on a mis en place à la fois des psychologues dans les services Covid pour voir les patients, les familles et le personnel, et on a aussi mis en place des groupes de parole pour que le personnel puisse, en équipe, s’arrêter, s’écouter et s’entraider. Il y a aussi un suivi individuel à la demande pour les personnes qui sentent qu’elles ont besoin d’un moment pour parler et pour être rassurées".

 

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