Coronavirus : ces secteurs qui recherchent activement des intérimaires

Qui désormais va récolter les légumes de l'exploitation de Stéphane et Valérie?
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Qui désormais va récolter les légumes de l'exploitation de Stéphane et Valérie? - © Stéphane Longlune

Tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Alors que la ministre fédérale de l’Économie estime que plus d’un million de personnes sont en chômage temporaire à cause du confinement, certains ont du mal à tenir les cadences… et recrutent. Agriculture, aéroport, industrie agroalimentaire, paramédical : de nombreux postes sont à pourvoir dans ces activités dites essentielles. La hausse est spectaculaire. Et recouvre plusieurs réalités.

"Recherche personne motivée pour travail manuel en plein air sous le soleil printanier !" C’est un peu la petite annonce d’embauche que pourraient publier Stéphane et Valérie Longlune, exploitants en fruits et légumes bio dans l’entité de Jurbise. Chez eux, l’épidémie de coronavirus a un impact direct sur la production : "Chaque année, à cette saison, nous employons quatre ou cinq ouvriers détachés venus de Roumanie pour travailler à la récolte des asperges et bientôt des fraises. Mais cette année, nous n’aurons personne", soupire Valérie. Conséquence de la fermeture des frontières, tous ces travailleurs ne peuvent pas rejoindre la Belgique.

Un manque de main-d’œuvre qui entraînera des pertes énormes car "si on ne cueille pas, les plants pourrissent et toute la saison risque d’être foutue" alerte Mme Longlune. Et ces exploitants de lancer un appel pour pourvoir des métiers habituellement délaissés : "Même les étudiants n’ont pas l’air de vouloir travailler pour nous. Nous avons publié une annonce via une agence d’intérim, mais c’est peu dire qu’on ne se bouscule pas au portillon… Pourtant, il y a moyen de se faire 1800€ par mois même si, c’est vrai, la charge de travail est lourde…"

En attendant, l’affaire tourne grâce à la débrouille. Un stagiaire IFAMPE qui a demandé à rester, et deux des six enfants de Stéphane et Valérie leur viennent en aide. "On demande à leurs amis et amies si personne n’est intéressé". Car la saison ne fait que commencer, et en plus de la récolte, il faut mettre en terre les plants et semis pour les légumes de la saison estivale.

Forte demande dans la distribution…

Ce que vivent Stéphane et Valérie n’est pas un exemple isolé. "Ces métiers saisonniers n’ont, en temps normal, pas beaucoup de succès chez nous car il requiert une certaine habileté", relève Arnaud Le Grelle directeur régional de Federgon, la fédération sectorielle de l’intérim. "Mais la situation actuelle met les agriculteurs en grande difficulté… et le problème se pose avec un peu plus d’acuité à mesure que les beaux jours arrivent et que les travaux dans les champs vont s’intensifier. Les agences d’intérim croulent sous les offres d’emploi" confirme M. Le Grelle.

Voilà bien une situation paradoxale et inédite pour le secteur de l’intérim. Car si l’épidémie de coronavirus a entraîné une baisse moyenne de 50% de son activité dans l’ensemble des entreprises belges, dans le même temps, une hausse importante est enregistrée dans plusieurs secteurs essentiels. "Il y a des poussées jusqu’à 50% d’augmentation", précise Arnaud Le Grelle. "C’est évidemment le cas, on s’en doute, pour le secteur médical et paramédical. On a parlé de l’agriculture, mais cela vaut aussi pour tout ce qui concerne, en plus de l’alimentation, le comportement d’achats des consommateurs dans le commerce. Autant en amont qu’en aval" Comprenez, pour répondre aux achats en grande quantité dans les supermarchés, il faut renforcer toute la chaîne logistique.

Vendeur, réassort, manutentionnaire, cariste, chauffeur-livreur, chauffeur routier, les contrats intérimaires se multiplient. "On se rend compte que la demande est énorme, et pourtant on ne trouve pas toujours le personnel adéquat car certains métiers sont déjà en pénurie de manière structurelle", souligne Arnaud Le Grelle qui précise aussi que la mise au travail pour certains postes ne nécessite pas beaucoup d’heures de formation.

… et aussi forcément dans la production alimentaire

Mais avant de distribuer, il faut produire. Et là aussi, le bât blesse. Fevia, la fédération de l’industrie alimentaire belge, tire la sonnette d’alarme. Parmi ses 700 entreprises, 60% subissent une augmentation de l’absentéisme. Dans 39% des cas, cela a un impact sur la production, et aujourd’hui 20% de ces entreprises sont en situation critique. "On n’exagère pas et on comprend : certains travailleurs sont malades, d’autres doivent rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants. Il est temps d’agir. La matière première existe, mais les coûts augmentent", alerte Nicholas Courant, porte-parole de la Fevia.

"Le gouvernement a pris des mesures pour les secteurs à l’arrêt ou gravement touchés. C’est très bien. Maintenant, nous estimons qu’il faut en instaurer rapidement pour les secteurs qui restent actifs et qui sont essentiels" prévient M. Courant qui demande une concertation avec l’exécutif afin de voir "les mesures qui pourraient être mises en place."

Lesquelles ? Rien de concret à cette heure, mais "pourquoi ne pas intégrer dans nos entreprises de l’alimentaire des personnes actuellement en chômage temporaire ?", s’interroge notre interlocuteur. "Certains boulots, je pense à l’emballage, je pense à certains opérateurs sur les chaînes de production, n'exigent pas beaucoup de connaissances techniques ou de longues formations. Nos entreprises pourraient les engager en intérim."

"Cela tombe bien, rebondit Arnaud Le Grelle, les entreprises de travail intérimaire ont l’exclusivité, la réservation, de pouvoir mettre du personnel qui se trouve en chômage économique à disposition d’autres entreprises. L’Onem et l’ONNS l’ont encore rappelé récemment."

Mais avant cela, il faut des clarifications : "Le premier frein qui empêche les personnes de postuler aujourd’hui, c’est le manque de clarté de certaines mesures. Il faut assurer la sécurité sanitaire des personnes, c’est la priorité. Mais pour cela il faut répondre à des questions très concrètes : qui peut se déplacer ? pour quels secteurs ? Peut-on être à plusieurs dans une voiture en cas de covoiturage ? Comment assurer les employés d’atteindre leur entreprise au vu de la fréquence ralentie des transports en commun ?" pose la fédération des entreprises du secteur intérimaire.

Le secteur aérien n’est pas en reste

Alors que les transports sont très fortement perturbés par la pandémie de Covid-19, une branche résiste : celle du transport de marchandises portuaires et aéroportuaires. Surtout au vu d’importantes livraisons de matériel médical, comme des masques en provenance de l’étranger, ces dernières heures. Chez Adecco, on confirme "une augmentation de la demande de personnel temporaire en ce qui concerne l’aéroport de Liège, par exemple" selon Linda Galle, marketing director, qui précise qu’une hausse jusqu’à 20-30% est observée et concerne surtout une forte demande en manutentionnaires.

Difficulté supplémentaire, pour certains jobs, notamment ceux sur les pistes, il faut une accréditation spéciale de la Sûreté. Ce qui peut prendre du temps, car les règles sont très précises, et Adecco précise devoir jongler entre cette prise en compte des exigences de sécurité habituelles pour pouvoir travailler à cet endroit et dans le même temps soutenir ses clients qui sont "surchargés de toutes les façons possibles."

Si certains secteurs se portent mieux que d’autres, tous les employeurs sont inquiets, c’est une évidence. Car le travail intérimaire, plus que jamais est marqué par une forte volatilité et les statistiques peuvent parfois varier d’un jour à l’autre.

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