Coronavirus: ces masques de la Défense, fournis par Avrox, qui ont tant d'histoires à raconter

Coronavirus: ces masques de la Défense, fournis par Avrox, qui ont tant d'histoires à raconter
Coronavirus: ces masques de la Défense, fournis par Avrox, qui ont tant d'histoires à raconter - © LUC CLAESSEN - BELGA

Depuis que trente entrepreneurs ont remis des offres de fabrications et de livraisons de masques bucaux en tissu, le 4 mai, la Défense nationale et l'heureux élu, Avrox, ne cessent de se défendre.

Qui peut affirmer que la discussion autour du label et du manuel d'utilisation sera la dernière de la saga "société Avrox"?

Au départ de quelques mots-clé, retraçons quelques épisodes dont le commanditaire (la Défense) et le client (Avrox) se seraient bien passés: "La Défense est lassée des critiques qui lui sont adressées", indiquait le Ministre Philippe Goffin, mercredi 17 juin, en Commission de la Chambre. La fatigue menace de gagner quelques rangs de plus...

Appel d'offres

Parmi trente candidats, la société Avrox, basée à Luxembourg, est désignée selon les règles du marché public comme prestataire de services pour le gouvernement fédéral.

Levée de boucliers de l'industrie textile belge, dont l'un de ses représentants, Illbebag, saisit le Conseil d'État: "L'appel d'offres a été bouclé en dépit du bon sens", affirme alors son patron, Patrick Van der Vliet. "Il privilégiait les promesses de livraisons mais sans égard pour la qualité et le prix du matériel." Déception, irritation du secteur directement concerné? Avrox n'avait aucune expérience ni en matière de santé, ni en matière de textile.

Qui êtes-vous Avrox?

Oui, qui a pu damer le pion à quelques champions belges de l'industrie textile?

Montée par deux associés, Avrox est basée à Luxembourg. Qui sont ces deux associés? Deux hommes d'affaires l'un jordanien, riche héritier, résidant à Malte (Hamzeh Talhouni) et l'autre français, actif dans la restauration sur la Croisette à Cannes (Laurent Hericord).

Celui-ci ne s'est pas dérobé à une salve de questions que Sébastien Georis lui a posées pour la RTBF. Son associé, qui selon "Het Laatste Nieuws" du 23 mai, serait impliqué dans une banque placée sur une liste noire en Israël? "Un homme d'affaires respecté et honorable."

Une société boîte aux lettres? "Nous répondons à toutes les règles de l'endroit. Et il n'y a rien de fictif, tout est transparent. Nous avons fait produire la commande belge par un seul groupe qui, au Vietnam, dispose de plusieurs usines."

Avrox inconnu au bataillon de la santé et du textile? "Nous nous sommes réadaptés au marché. Et nous avons une grande connaissance du sourçage et de la logistique."

Livraison

Les atermoiements du gouvernement fédéral sur la désignation d'un ministre responsable retardent l'appel d'offres et toute la chaîne de fabrication et de livraison.

Finalement dédiée à l'opération, la Défense reçoit les quinze millions de masques en tissus par étapes, au-delà de la date initialement fixée au 24 mai, alors que la première phase du déconfinement remonte au 4 mai. Le gouvernement et le client ont réponse à tout. "La Défense a travaillé dans l'urgence, mais dans le respect des règles du marché public", indique Philippe Goffin.

"Notre retard est celui de la qualité-contrôle. Et du retard, il y en a dans le monde entier!", renchérit Laurent Hericord.

En vue d'une première distribution le 15 juin dans les 4800 pharmacies du pays, la livraison est régulière. Un accroc? Il n'y a qu'une seule taille et les masques sont emballés par cinq unités, obligeant à des manipulations, à toucher l'article. Mais comme les pharmaciens doivent être exemplaires en matière d'hygiène...

Température

"Votre masque, je vous le fais tourner à trente ou à soixante degrés?"

"Soixante", répond le client d'un salon-lavoir, sur la foi des prescriptions scientifiques. "Trente", répondent les fabricants d'Avrox et le gouvernement fédéral.

Personne ne dira mieux ou pire. "La norme a évolué au cours de l'appel d'offres", se défend le producteur. Le mode d'emploi est court et précis: "Trente degrés pour trente lavages maximum et sans repassage".

A la tribune de la Chambre, le 11 juin, la Première ministre, Sophie Wilmès, défend ces masques, "testés en laboratoire, qui contiennent une couche anti-bactériologique. Ils sont conformes aux recommandations de l'OMS, l'Organisation mondiale de la Santé."

Dans la foulée, les députés demandent cependant un audit de la Cour des Comptes sur l'achat de ces quinze millions de masques. Achat dans les règles?

Les normes

Le temps en réduit quelques unes et en révèle d'autres.

D'une obligation à laver le masque à soixante degrés pendant une demi-heure, le bureau de normalisation qui relève du SPF économie est passé à une recommandation.

"Notre produit répond à tous les standards nationaux et internationaux. Trente degrés avec un bon détergent, ce sont les normes NBN, du bureau de normalisation".

La société Avrox n'a pas dévié des trajectoires réglementaires et légales. "Et nous avons suivi les recommandations de l'adjudicataire." Qui est la Défense. Ou comment obéir avec le doigt sur la couture du pantalon.

Nanoparticules

Il ne manquait plus qu'elles!

Une information judiciaire est ouverte sur la finition de ces masques. Ont-ils été traités avec des antibactériens nano argentés, danger à la fois pour la santé et pour l'environnement? "Pas de ça chez nous", répond la société Avrox. "Ils sont traités avec une autre finition." Le Parquet de Bruxelles ouvre cette information à la suite d'un procès-verbal de l'office central pour la répression de la corruption.

C'est tout? Rompez!

 

 

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