Coronavirus: ce mal qui pourrait bien… sauver des vies et changer l'économie

Coronavirus: cette mal qui pourrait bien... sauver des vies
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Coronavirus: cette mal qui pourrait bien... sauver des vies - © JOSHUA STEVENS - AFP

On le sait, dans la vie, tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Cette crise du coronavirus (et la mise en pratique presque à l’extrême dans certains cas du principe de précaution), force est de constater qu’elle pourrait faire advenir des répercussions… bénéfiques. Posons-nous et attardons-nous un peu sur quelques-unes de celles-ci…

L’environnement

L’information a fait son apparition sur les téléscripteurs en cette fin février : l’air chinois serait plus sain. Par rapport à la même période l’année précédente, la pollution au dioxyde d’azote au-dessus des grandes villes du nord-est de la Chine a diminué de 30 à 50%. Pourquoi ? La quarantaine et surtout la forte diminution du trafic aérien.

La Nasa aussi confirme. Bien qu’elle évoque aussi le Nouvel an chinois (qui entraîne toujours un ralentissement économique), le confinement décrété en Chine – et maintenant de l’Italie – est bel et bien responsable de la diminution du dioxyde d’azote. "C’est la première fois que je vois une chute aussi spectaculaire sur une zone aussi vaste pour un événement spécifique" remarque Fei Liu, chercheuse à la Nasa.

Cathy Cerbaux, directrice de recherche au CNRS, à la rédaction de CheckNews (Libération) confirme la fiabilité des cartes reprises par les médias, dans un fouillé et édifiant article sur le sujet. Nasa et Latmos (Laboratoire Atmosphères, Milieux, Observations Spatiales) sont aussi sur la même longueur d’onde concernant le monoxyde de carbone.

La conclusion et de l’article, et des chercheurs, est assez éloquente : le coronavirus pourrait, indirectement, faire diminuer le nombre de décès. En effet, la pollution cause environ un million de décès par an en Chine. Si un air plus pur est désormais la norme, "peut-être que la situation actuelle permettra d’éviter une partie de ces décès cette année."

Donc évidemment, les chiffres de la maladie sont dramatiques (dans ces heures-ci, 105 pays concernés, plus de 110 000 personnes infectées et plus de 4 000 morts dans le monde), et en attendant qu’un vaccin salvateur soit mis au point, les mesures gouvernementales ont donc une raison d’être. Ainsi, " Plus on freine la transmission, moins il y aura de cas", selon l’infectiologue François Bricaire, cité par Le Monde. Bien qu’il soit beaucoup trop tôt pour faire un bilan, une grippe saisonnière qui, cette année, s’est avérée être moins virulente et une pollution moindre dans certaines régions du monde généralement fortement impactées (Chine, Corée du Sud, vallée du Pô), pourraient donc générer in fine moins de décès. Pour info, en France, 9 900 décès étaient à signaler l’an dernier, selon Le Figaro santé. Au vu des courbes épidémiologiques de cette année, il devrait y avoir sensiblement moins de morts.

En outre, une plus grande prise de conscience de l'hygiène devrait également être bénéfique pour la santé publique dans le futur (grippe mais aussi gastro-entérite...).   

Vers un nouveau modèle économique ?

Si les bourses du monde entier semblent dévisser et les économies sont mises au ralenti, la crise sanitaire est en tout cas révélatrice d’une chose : la fragilité de nos économies. La mondialisation a en effet amené à une dépendance accrue aux autres nations, notamment à la Chine. L’interdépendance est très forte. Les délocalisations, pour davantage de profit, ont été nombreuses. Mais quand soudainement on a besoin de masques, de médicaments, de gel ou de matériel pour faire face à la crise, et qu’on se rend compte qu’ils sont fabriqués dans un pays qui est à présent "mis sous cloche", et bien… On se demande si la mondialisation n’a pas atteint ses limites. Ainsi, Bruno Le Maire, le ministre français de l’Economie, estime "qu’il y aura, dans l’histoire de l’économie mondiale, un avant et un après coronavirus".

Et le ministre de l’Economie d’expliquer également, sur France info, sa volonté de changer des métiers d’avenir, comme celui de la construction des batteries électriques. Selon lui, la dépendance est à un taux de 80% à la Chine et à la Corée du Sud. "Il faut bâtir notre propre filière de construction de batteries électriques pour être souverains dans cette technologie. Nous avons une usine pilote à Nersac en Nouvelle Aquitaine. Nous aurons en 2022 une usine de production de batteries électriques dans le nord de la France, et en 2024 en Allemagne", justifie Bruno Le Maire au micro de France Info.

Face à la mondialisation, une relocalisation de certains pans de notre économie et de notre industrie pourrait donc être une piste pour l’avenir. Et des initiatives se sont déjà fait entendre, en Belgique également. Ne fût-ce que pour contrer le corona, pourquoi ne pas relancer la production de masques ? Pourquoi ne pas changer de paradigmes dans l’industrie du jeu vidéo ?

L’économiste français Thomas Piketty, auteur du livre Le capital au XXIe siècle était l’invité de "C’est à vous" sur France 5, ce 10 mars. Très partisan d’un travail sur les inégalités et d’une économie plus juste, il remarque (dans la vidéo ci dessous vers 10'30'') : "Il y a quelque chose d’assez perturbant. Ça montre qu’on a construit tout un système de détection des risques dans nos sociétés très sophistiqué sur des risques sanitaires, médicaux (qui sont très importants). Mais ça montre à quel point on est en retard sur la prise en compte de prise de risques. Ceux-ci sont plus des risques à long terme – donc peut-être moins frappants —, mais il va falloir s’y mettre". Et celui-ci d’évoquer le besoin d’une prise de conscience. Ça pose des questions sur le transport, le transport aérien et l’excès de transports du monde d’aujourd’hui. On expliquait il y a très peu de temps qu' "on ne peut rien y faire, que c’est trop coûteux pour l’économie etc." Et là on se rend compte que oui, on peut tout changer du jour au lendemain." 

Un changement serait donc possible. Et cela pourrait donc donner espoir à tous ceux que le réchauffement climatique angoisse. Mais paradoxalement, sera-t-on prêt à changer de paradigmes une fois la crise sanitaire passée ? Et Piketty de rappeler : "On a continué de signer des traités commerciaux, de libre circulation… avec différentes régions du monde depuis les accords climat de Paris en 2015. Sans mettre la moindre mesure contraignante quant aux cibles démissions carbone etc."

Cette crise pourrait donc être "un mal pour un bien" et servir d’électrochoc. Les économies belges et mondiales, interconnectées (qui prennent aussi en compte le tourisme, l’horeca ou l’événementiel) vont être fortement impactées, comme le soulignait encore récemment le SPF économie : "un effet en cascade apparaît du fait de notre forte intégration dans les chaînes de valeur mondiales : lorsque l’activité économique ralentit quelque part dans le monde, des répercussions sont aussi relevées dans notre pays, en raison des interconnexions avec des intermédiaires".

Nous sommes donc face à un fait. Et face à un autre fait: le changement climatique, et le changement de société qu’il demande (Greendeal européen, annonces écologistes depuis la Mer de glace par E. Macron, souhaits de la jeunesse lors des marches pour le climat…). Ces deux événements arrivant en même temps sur la planète entière, pourquoi ne pas réfléchir sur de nouveaux modèles et de nouvelles visions économiques ? Comme le suggérait, par exemple le grand linguiste Noam Chomsky dans une interview qui a fait du bruit au tout début février (Le prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, parlant, lui, il y a quelques années de mettre "en quarantaine"... les paradis fiscaux). 

Un capitalisme qui devrait donc peut-être changer, afin de mettre davantage en avant une économie et une ré-industrialisation plus locale, une hôtellerie et un tourisme devant compter moins sur les apports étrangers, des vacances moins lointaines (de peur de subir une quarantaine à l’autre bout du monde), Afin que la mondialisation prenne un pas plus "humain", plus "égalitaire" et plus respectueux de l’environnement.


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Reportage de notre JT:

Retrouvez, pour aller plus loin, l'émission CQFD de ce jeudi 05 mars :

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