Coronavirus : à quand les tests sérologiques ? Et pour qui ?

Covid-19 : A quand les tests sérologiques ?
Covid-19 : A quand les tests sérologiques ? - © JODY AMIET - AFP

Actuellement en Belgique, seuls les tests virologiques de type PCR sont utilisés pour établir le diagnostic de la maladie Covid-19. La stratégie mise en œuvre cible les personnes fragiles, celles qui ont des symptômes ou celles qui sont au contact de malades du Covid-19.

Dans le monde médical, de nombreuses voix se font entendre depuis plusieurs semaines pour demander que l’on puisse recourir à des tests sérologiques, plus simples à mettre en œuvre, avec parfois la possibilité d’obtenir un résultat rapidement. Le gouvernement est en train d’ouvrir la voie à ces tests, petit à petit.

L’Inami a publié une nouvelle politique de remboursement. Elle prévoit de rembourser des tests sérologiques. Mais il est impossible pour le moment de prescrire ces tests et de la facturer aux patients, car l’Arrêté Royal nécessaire n’a pas encore été publié.

La saga des tests de dépistage est loin d’être terminée. Depuis le début de la crise du Covid-19 en Belgique, les seuls tests qui ont été autorisés par les autorités et remboursés par l’Inami sont les tests de type PCR. Il s’agit de tests virologiques. On prélève des cellules nasales profondes à l’aide d’un écouvillon, une sorte de long coton-tige. Ces prélèvements sont ensuite analysés en laboratoire, où l’on cherchera la présence de traces du coronavirus.

Ces tests ont essentiellement servi, dans un premier temps, à diagnostiquer avec précision les personnes présentant des symptômes du Covid-19 nécessitant une hospitalisation. Ils ont, après plusieurs semaines, été autorisés pour les résidents et le personnel des maisons de repos, pour le personnel médical et pour d’autres types de patients considérés comme fragiles ou à risques.

L’Inami rembourse intégralement ces tests PCR pour un moment de 46,81 euros.

Des tests sérologiques rapides et moins rapides

Entre-temps, d’autres types de test sont apparus. On les appelle "sérologiques". Ils ont pour objectif de détecter la présence d’anticorps spécifiques au coronavirus dans le sang. Ces tests peuvent être de type "rapides" ou "classiques". Pour ces deux types de tests, le gouvernement et les autorités sanitaires avancent à petits pas.


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Quand on parle de tests sérologiques rapides, on parle de ceux mis au point par une société belge, l’entreprise liégeoise Zen Tech. Elle a misé sur son expérience pour développer une méthode de tests sérologiques rapides. A partir d’une goutte de sang, il est possible de savoir en une dizaine de minutes si un patient été en contact avec le Coronavirus et a développé des anticorps ou pas. Il ne s’agit pas d’un test à faire soi-même. C’est une personne qualifiée, comme un médecin qui doit s’en charger. La présence d’anticorps permet d’estimer que le patient a développé une forme d’immunité. A ce jour, l’Inami n’a prévu aucun remboursement pour ces tests dits "rapides".

Les tests développés par ZenTech ont été évalués au CHU à Liège. Les résultats ont été validés et reconnus au niveau fédéral. L’Etat belge a décidé de commander 3.650.000 tests sérologiques rapides chez ZenTech. Il s’agit de constituer une réserve de tests qui devraient permettre un screening de la population belge. C’est l’organisme fédéral Sciensano qui doit distribuer ces tests aux laboratoires et aux médecins qualifiés. A ce jour, aucun test n’a été livré à Sciensano, ZenTech attend le premier bon de commande signé… L’entreprise est capable de fournir 42.000 tests par jour.

Il existe d’autres types de test sérologiques. Ces tests nécessitent de réaliser une prise de sang qui sera traitée en laboratoire. On parle ici de test utilisant la méthode ELISA (Enzyme linked immunosorbent assay). Ils détectent aussi la présence d’anticorps. L’Inami a prévu un remboursement de 9,60€ pour ces tests. Cependant, ils ne peuvent encore être prescrits, car l’Arrêté Royal permettant de les mettre en œuvre est manquant.

Dans le monde médical, certains souhaitent rapidement des tests sérologiques

Le fait que les tests sérologiques, et singulièrement les tests rapides ne soient pas encore disponibles et remboursables étonne et inquiète dans le monde médical et chez certains spécialistes des maladies infectieuses.

Pour Yves Coppieters, professeur de Santé publique à l’ULB, ne pas recourir aux tests sérologiques est une erreur, ils devraient faire partie de la stratégie actuelle : "Même s’ils ont une moins bonne fiabilité, cela permet à des médecins généralistes d’avoir une réponse plus rapide. Ces tests ont aussi un sens dans les collectivités comme les maisons de repos. On pourrait très bien re-screener tous les résidents et avoir une typologie, savoir lesquels ont développé une immunité et ont acquis une protection, a priori. Quelqu’un qui a développé des anticorps ‘IGG’, s’il est positif au test, a vraiment des IGG. La personne sait qu’elle a été en contact avec le virus et qu’elle a développé une immunité", explique-t-il. Utiliser ces tests dans des collectivités ou des groupes à risques où la probabilité que le Covid-19 survienne a du sens.

Hier, en commission de la Santé, la ministre avait annoncé que l’arrêté était prêt. Il faut encore le publier.

Journal télévisé du 19/05/2020