Coronavirus à l’école : "Un reconfinement total sera très problématique pour les élèves"

Comment gérer la deuxième vague du covid-19 dans les écoles belges ? Les autorités ont déjà pris une décision : à partir de ce mercredi, tout l’enseignement secondaire est en distanciel en Wallonie et à Bruxelles. Du moins jusqu’au congé de Toussaint, puisque la rentrée physique, elle, est bien maintenue le 12 novembre. "Actuellement, c’est toujours le cas, il y a des réunions qui doivent se tenir avec les acteurs, syndicats, parents", note Julien Nicaise, administrateur général de Wallonie-Bruxelles Enseignement.

Pourtant, tous les indicateurs sont au rouge, sans mauvais jeu de mots. Alors peut-on vraiment croire que les écoles vont rester ouvertes si tout ferme ? "On sent que dans l’ensemble des forces politiques du pays, l’école est une priorité, affirme l’administrateur, citant le cas de nos voisins européens, comme la France, qui évoque un reconfinement total épargnant l’éducation. "On voit que maintenir les écoles ouvertes est une priorité, c’est nécessaire, conclut Julien Nicaise. L’enseignement à distance fonctionne pour une partie des élèves mais pas pour tout le monde."


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Effectivement, les filières sont plus ou moins adaptées au "télé-enseignement". Comme le primaire, par exemple : On peut faire un certain nombre de choses mais sur le long terme, ce n’est pas possible", regrette Julien Nicaise. Idem pour les élèves de l’enseignement qualifiant, qui apprennent un métier, ou le spécialisé, dont les élèves demandent une attention particulière selon leurs difficultés et leurs handicaps. D’autre part, l’administrateur général affirme que la priorité a été mise sur les élèves ne disposant pas d’un ordinateur chez eux. Dès ce mercredi, les établissements pourront identifier ces élèves, qui sont exceptionnellement autorisés à se rendre en classe.

Pour l’enseignement classique, c’est plutôt le spectre du décrochage scolaire qui repointe le bout de son nez. Mais Julien Nicaise n’est "pas très inquiet" : "On parle de trois jours, et si on doit prolonger de quelques jours après le congé, ce n’est pas un problème, affirme-t-il. Ce qu’il faut éviter, c’est de repartir sur des semaines, des mois entiers de confinement. S’il doit y avoir des phasages, c’est possible, mais si on doit reconfiner des semaines entières, ce sera très problématique pour les élèves."


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Une des pistes évoquées serait de fonctionner de manière hybride : la moitié de la classe viendrait en cours, l’autre serait à distance. "Si la situation doit durer, c’est une piste un peu plus réaliste que d’imaginer que pendant des semaines entières, les adolescents ne seront plus en classe", note Julien Nicaise. Dans les faits, une partie des élèves va avoir cours en direct avec l’enseignant, d’autres vont avoir des travaux à faire avec parfois des rendez-vous avec les professeurs sur un ENT (espace numérique de travail), en direct ou en différé. "Souvent les établissements maintiennent l’horaire classique", précise l’administrateur général.

Autant de mesures qui demandent une bonne organisation en quelques semaines. Toutes les écoles sont-elles prêtes ? Julien Nicaise reste optimiste : "Les établissements ont dû faire preuve de beaucoup d’agilité." Selon lui, les écoles ont "fortement évolué" depuis le printemps. "On a vu un saut qualitatif", affirme-t-il, grâce à des séminaires, la mise en place d’ENT, la création de référents à distance, pour "créer une communauté de travail".

Le principal problème, en mars, était le fossé qui séparait parfois certains enseignants, ou établissements, du numérique et donc de l’enseignement à distance. "Une petite partie du corps enseignant a des difficultés avec la numérisation", admet Julien Nicaise, qui affirme qu’il a fallu les "dédramatiser" et les "former sur le tas". "Avec les outils, on remarque que c’est facile de se filmer en donnant cours, de déposer des documents sur une plateforme numérique", note l’administrateur.


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Cette crise illustre en tout cas une dure réalité : l’enseignement francophone manque de professeurs. Cette année, il y avait une pénurie dès le mois de septembre au lieu de novembre en temps normal. "Depuis 15 jours, c’est le règne de la débrouille", note Julien Nicaise, qui fait référence aux remplacements nombreux à cause de l’augmentation des cas. Plusieurs solutions sont évoquées, comme le fait d’ouvrir les hautes écoles aux professeurs du secondaire ou… faire revenir les pensionnés ? "Par endroits, ça se fait, on utilise tout ce qui est possible", confirme l’administrateur général.

Alors comment faire pour trouver plus d’enseignants ? Certains évoquent l’idée de faire passer les études d’instituteur à quatre ans, avec une revalorisation salariale. "Je pense que trois ans c’est trop court, et que passer à quatre ans, voire cinq ans serait une excellente idée", affirme Julien Nicaise. Même si ça va avoir un coût supplémentaire pour la Fédération… "C’est ce qui retarde l’avancement de ce dossier, car il y a un consensus pour dire que c’est une bonne solution", note l’administrateur général.

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