Corona Baby : pendant le premier confinement, la douloureuse mise sur pause des parcours "PMA"

Près d'un an après le premier confinement, les activités de la plupart des centres PMA (Procréation Médicalement Assistée) ont retrouvé un rythme à peu près normal. Mais dans certains centres, les délais habituels restent parfois rallongés de deux ou trois mois. Ces retards ont été causés par l'arrêt quasiment total de ces centres en mars dernier, lors du premier confinement. Or, on sait que le temps est particulièrement précieux quand les patientes se lancent dans des parcours PMA.


►►► Cet article est issu de la série de podcasts Corona Baby, qui explore ce que le Covid-19 a changé pour les grossesses, les accouchements et la parentalité.


Plan d'urgence dans les hôpitaux 

En mars dernier, les hôpitaux sont passés en plan d'urgence. Il fallait vider les différents services pour faire de la place aux patients covid qui allaient affluer. "L'activité s'est arrêtée, en dehors des urgences, se rappelle Candice Autin, gynécologue responsable du centre PMA du CHU Saint-Pierre, à Bruxelles. Comme par exemple les patientes atteintes d'un cancer qui doivent préserver leur fertilité. Pour le reste, les traitements se sont interrompus, on a terminé les traitements en cours. Les consultations ont été annulées. Pour de nombreuses patientes, c'était une source de stress très importante". 

En Belgique, on estime qu’un couple sur cinq fait face à des problèmes de fertilité. Un couple sur 20 finit d’ailleurs par recourir à des inséminations artificielles ou des fécondations in vitro: c’est ce qu’on appelle la procréation médicalement assistée. Il existe 18 centres PMA en Belgique. Tous été contraints de fermer du jour au lendemain lors du premier confinement, laissant des milliers de femmes et coparents dans l’incertitude et la détresse.

Nous, on ne peut pas faire d'enfant autrement

"En mars dernier, on a vu aux infos que cela commençait à sentir le roussi dans les hôpitaux", se souvient Émilie, 34 ans, en parcours PMA depuis deux ans. "On se doutait qu'il y aurait un impact, mais on n'était pas tenu au courant, en tous cas dans le centre où l'on est suivi. J'ai donc appelé moi-même le centre PMA pour voir si je pouvais commencer mon entrée en cycle et donc recevoir des injections pour être stimulée. Et là, on m'a répondu 'mais non madame, tout est à l'arrêt jusqu'à nouvel ordre'".

Un choc pour Émilie et son mari. Difficile aussi, symboliquement, d'apprendre que la démarche dans laquelle ils s'inscrivent n'ait pas été considérée comme relevant de la médecine essentielle. "C'est horrible parce que quand on a besoin de la médecine pour avoir un enfant, c'est totalement essentiel. Nous, on ne peut pas faire d'enfants autrement. C'est déjà très difficile au quotidien, mais en plus de se sentir non essentiels à ce moment là de notre vie, c'est vraiment un drame".

L'impression d'être abandonnés 

"Moi, j'ai eu l'impression que l'on était abandonné. Un peu comme si on était dans un bus. Comme si on nous disait: 'voilà tout le monde descend', alors qu'on n'est pas arrivé à destination et qu'on nous abandonne sur la route".


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Ce sentiment d'abandon, Émilie n'était pas la seule à le ressentir. "Je suis sur plusieurs groupes Facebook de soutien, ça aide énormément. Et je voyais un appel au secours de toutes ces femmes. Moi je m'estime chanceuse: quand il y a eu le confinement, je n'avais pas encore débuté un traitement. Certaines femmes avaient, elles, déjà commencé des injections. Ce sont des traitements très lourds, émotionnellement mais aussi physiquement. On est "bourré" aux hormones, hyper émotive. Et j'ai vu toutes ces femmes abandonnées. Aux femmes qui se piquaient depuis une semaine, on leur a dit: 'je suis désolée mais c'est terminé'". 

A la reprise: le tri des patientes 

A la mi-mai 2020, les centres PMA ont rouvert leurs portes. Mais là où l’arrêt avait été soudain, la reprise fut très progressive. Les règles sanitaires strictes ont ralenti les consultations. Et puis, les centres ont longtemps fonctionné en effectifs réduits car une partie de leur personnel était mobilisée dans d’autres services liés à la lutte contre le Covid-19. Tout cela a donné lieu à un tri difficile.

"Comme on ne pouvait pas prendre en charge toutes les patientes, on a du mettre un ordre de priorité, explique Candice Autin, gynécologue du centre PMA de l'hôpital Saint-Pierre. Et en fertilité, c'est l'âge le premier facteur qui impacte les résultats. Donc, on a donné priorité aux patientes les plus âgées, celles âgées de plus de 40 ans ou plus. Évidemment, cela a donné lieu à de la frustration pour les patientes plus jeunes qui parfois essaient depuis de nombreuses années. Mais pour elles, l'impact des mois qui passent est moins important que pour une patiente âgée". 

La dérogation de l'INAMI 

Etant donné ces mois perdus en raison de la crise sanitaire, l'INAMI a fait un geste. Une dérogation. La fécondation in vitro est normalement remboursée jusqu'à la date anniversaire des 43 ans, jusqu'à la veille. "Les patientes qui avaient leurs dates anniversaires pendant la période du confinement ont vu leur accord repoussé de 6 mois", détaille Candice Autin. "Actuellement, l'INAMI continue à faire des reports, ce qui a permis à ces femmes de faire leurs traitements même si elles avaient atteint 43 ans. D'un autre côté, leurs ovaires avaient bien atteint 43 ans. Et donc pour leurs chances de succès, ça a quand même eu un impact négatif".  

Cette sélection sur base de l’âge, cette priorité donnée aux femmes les plus âgées, peut paraitre froide et stricte. Mais Émilie ne la remet pas en cause: "J'ai trouvé ça tout à fait logique. J'ai 34 ans. Évidemment que ces femmes ont priorité. C'est juste ce sentiment d'abandon total. Et il faut savoir que quand on est en parcours PMA, on est tellement dépendant de ces médecins, que l'on se demande ce que l'on va faire". 

Une espère d'omerta autour de la PMA

"C'était très difficile d'entendre dans les médias : il y aura beaucoup de bébés, les gens vont profiter du confinement pour se rapprocher. Et je l'entendais autour de moi, avec mes proches. Moi j'étais là, avec mon désir de bébé, un peu prise en otage, avec mes deux petits embryons qui m'attendaient bien au froid. Et de rien pouvoir faire: ça a été un drame absolu!"

Et Émilie de conclure: "J'ai ce besoin et cette vie d'en parler parce que c'est une souffrance quotidienne, parce que l'entourage ne comprend pas forcément le combat que l'on vit. Cette envie de bébé ce n'est pas une petite lubie. C'est un désir qui est ancré en moi depuis très longtemps. Il y a tout une espèce d'omerta à ce sujet qu'il est temps de libérer. Heureusement, le Covid a un peu mis en lumière la PMA".

Aujourd'hui,Émilie et son mari ont repris leur parcours PMA là où ils l'avaient laissé avant le confinement. 

 

►►► Cet article est issu de la série de podcasts Corona Baby, qui explore ce que le Covid-19 a changé pour les grossesses, les accouchements et la parentalité.

 

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