COP25 : qui (ne) fait (pas) sa part du travail dans la lutte contre le dérèglement climatique ?

Qui sont les bons et les mauvais élèves de la lutte contre le dérèglement climatique?
Qui sont les bons et les mauvais élèves de la lutte contre le dérèglement climatique? - © Tous droits réservés

C’est donc ce lundi que la COP25 démarre à Madrid. Pendant une dizaine de jours, scientifiques, experts du climat, et représentants des États discuteront des moyens de ralentir le réchauffement du climat notre planète.

Fin 2018, les principaux gaz à effet de serre ont franchi de nouveaux records de concentration dans l’atmosphère, en particulier le CO2 avec 407,8 parties par millions (mg/kg). Pour les experts du GIEC, quand bien même les États tiendraient leurs engagements sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, ce sera au moins +3 °C d’ici la fin du siècle, alors que chaque demi-degré supplémentaire augmente l’intensité et la fréquence de catastrophes météorologiques comme les canicules, les sécheresses ou les inondations. A l’heure de l’ouverture de la COP25, voici un état des lieux des plus gros et plus faibles pollueurs de notre atmosphère.

Quels sont les mauvais élèves de la lutte en faveur du climat ?

  • Le paradoxe chinois

En tête du classement des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, il y a sans surprise la Chine. D’après le consortium d’experts, Climate Action tracker, la consommation accrue de combustibles fossiles a entraîné une augmentation de 2,3% des émissions de CO2 l’année dernière et de 4% au premier semestre 2019, alors que les émissions semblaient se stabiliser entre 2014 et 2016. "Considérant la population, la démographie qu’elle représente, mais aussi parce qu’elle a massivement investi dans les centrales à charbon, la Chine est un gros émetteur de CO2. Et donc, en plus de devoir affronter des enjeux liés au réchauffement planétaire, la Chine doit faire face à des enjeux de santé publique qui sont gigantesques à cause de la pollution. Et puis, en termes d’émission de CO2, il faut également prendre en compte tous les financements et les exportations auxquelles le pays contribue. On sait que la Chine est un pays qui a développé son économie essentiellement sur les exportations. Et enfin, la Chine a participé à une augmentation des émissions mondiales de CO2 en finançant des projets très polluants," précise Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace et membre de l’équipe "climat" de l’ONG.

Mais, si la Chine investit dans des projets polluants, "elle a développé un gros pan de ses exportations dans le développement du photovoltaïque et des énergies renouvelables, comme l’éolien. Et donc d’une part, elle produit son électricité à l’intérieur de son territoire avec d’une part énormément de centrales à charbon, mais aussi de l’hydroélectricité et la construction de barrages gigantesques, qui ne sont pas émetteurs de CO2 mais posent des problèmes en matière de déplacement de population, et d’impact sur la biodiversité, et d’autre part, elle est devenue un des acteurs prioritaires dans le développement du photovoltaïque", souligne-t-elle.

  • Les USA sous Trump

Avec les Chinois, les Américains figurent dans les mauvais élèves en matière de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. En effet, comme l’explique Juliette Boulet, "les USA ont une histoire importante liée aux énergies fossiles. Et dans le futur, ils veulent vraiment investir et développer le gaz de schiste, qui est une énergie extrêmement polluante, et qui nécessite des processus d’extraction extrêmement polluants." Et la tendance ne risque pas de s’inverser dans les prochaines années. Le 4 novembre dernier, Donald Trump a envoyé une notification officielle aux Nations Unies du retrait de son pays des accords de Paris.

  • Une Russie "rétrograde"

La porte-parole de Greenpeace qualifie la nation dirigée par Vladimir Poutine comme "rétrograde". "La Russie a pas mal investi dans les énergies fossiles d’une part, et d’autre part, elle est aussi un pays encore très nucléarisé. Par ailleurs, elle joue un rôle extrêmement néfaste dans les négociations internationales, car la Russie ne veut pas du tout d’avancées dans les négociations. Ils ont aussi développé des contacts très rapprochés avec tous les pays arabes, dont l’Arabie saoudite, qui est un grand exportateur de pétroles."

Des gros pollueurs, mais pas seulement

Face à ces gros émetteurs de CO2, certains pays ont décidé de prendre la lutte contre le réchauffement de la planète, à bras-le-corps. Il s’agit du Costa Rica et du Maroc.

  • Le Costa Rica, exemplaire

En effet, le Costa Rica a massivement investi dans les énergies renouvelables pour sa production d’électricité, d’après la porte-parole de Greenpeace. "C’est un pays extrêmement exemplaire, qui a réussi à transformer complètement son économie dans le secteur du transport", souligne Juliette Boulet. En février dernier, le président costaricain, Carlos Alvarado, a ainsi lancé un plan national de décarbonations avec l’objectif d’en faire l’un des premiers états au monde à atteindre zéro émission nette d’ici 2050. Entre autres mesures, ce plan prévoit que 100% des bus et des taxis seront à zéro émission d’ici le milieu du siècle, avec un quota de 70% visé pour 2035. En 2050, 60% de la flotte de véhicules légers (particuliers comme administratifs) devront fonctionner sans émission, avec 100% des ventes respectant ce critère "au maximum" au milieu du siècle.

  • Le Maroc, paradis du photovoltaïque

Selon Juliette Boulet, si le Maroc fait aujourd’hui figure d’exemple dans le domaine des réductions des émissions de CO2, c’est "parce qu’ils ont des lieux propices à investir dans les énergies renouvelables. Ils ont beaucoup de kilomètres de côtes maritimes, beaucoup de soleil et aussi le désert tout proche qui leur permet d’installer notamment des grands champs photovoltaïques. Cela fait leur force dans les initiatives développées en faveur du climat. Cela ne veut pour autant pas dire qu’il n’y a pas de risque de construire, notamment, une centrale à charbon aussi, mais a priori le Maroc et le Costa Rica joue un rôle intéressant en matière d’investissement dans les technologies qui peuvent être propices au climat."

  • L’Inde : un cas particulier

Jusqu’à encore 2017, l’Inde figurait dans le top 5 des pays affichant le plus d’émissions de CO2. Mais, aujourd’hui, elle est devenue un des leaders mondiaux en matière d’investissement dans les énergies renouvelables, dépassant les investissements dans les énergies fossiles. "Le président Modi a, en effet, massivement investi dans l’installation de panneaux photovoltaïques. Ce qui se justifie, le pays bénéficiant d’un taux d’ensoleillement important", confirme l’attachée de presse de l’ONG de défense de l’environnement. L’Inde pourrait devenir un chef de file mondial du climat bénéficiant d’une classification "compatible avec 1,5 ° C" si elle abandonnait ses projets de construction de nouvelles centrales au charbon.

Les émissions de CO2 augmentent, et c’est tout ?

Non, le réchauffement de la planète a également des conséquences sur le régime des pluies. Celui-ci est perturbé, car la chaleur de l’air accélère l’évaporation des étendues d’eau. Résultat : on assiste à des phénomènes climatiques intenses, voire extrêmes comme les inondations, les canicules et les sécheresses. Le réchauffement climatique accentue également la pression sur les océans. "Les océans sont tellement malmenés que le risque est grand qu’il y ait une perte de biodiversité très importante, et qu’ils ne jouent plus non plus le rôle de moteur. Au plus les températures augmentent, au plus l’eau s’évapore, et plus les océans vont s’acidifier. Et au moins, ces océans vont pouvoir jouer leur rôle de capteur de CO2", affirme notre expert.

La fonte des glaciers continentaux et l’expansion de l’eau due au réchauffement déclenchent un autre processus : la hausse du niveau des océans. Cette hausse pourrait atteindre 30 à 60 cm environ d’ici 2100, et ce même si les émissions de gaz à effet de serre sont fortement réduites et si le réchauffement planétaire est limité à une valeur bien en dessous de 2 °C, mais environ 60 à 110 cm si ces émissions continuent d’augmenter fortement", alerte le Giec.

Voilà le constat. Et maintenant ?

En 2015, l’accord de Paris a engagé 192 pays dans une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre pour contenir le réchauffement à + 2 °C. Nous sommes quatre ans plus tard, et force est de constater que le réchauffement de notre planète s’est accentué. Selon l’ONU, les 4 dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées sur la planète. Un récent rapport de l’Organisation des Nations Unies précisait également que les émissions de CO2 avaient encore progressé de 1,5% par an ces 10 dernières années et qu’elles ne donnaient aucun signe de ralentissement alors qu’il faudrait qu’elles baissent de 7 à 6% par an, chaque année entre 2020 et 2030 pour espérer respecter la limite de +1,5 °C.

L’enjeu de la COP25 sera alors de remettre sous la loupe les pays qui font mal, ceux qui ne respectent pas leurs engagements pris lors de la COP21 de Paris. "C’est la dernière fois qu’on peut faire pression sur eux pour la concrétisation des engagements avant la tenue de la COP26 à Glasgow, en 2020. La COP26 sera une COP cruciale, parce que c’est là que les États doivent remettre ce qu’on appelle les NDC, autrement dit les "contributions nationales en faveur du climat", et normalement augmenter les ambitions qui sont comprises dans ces NDC", affirme la porte-parole de Greenpeace. 

Pour comprendre ce que sont les Nationally Determined Contributions, il faut remonter à la COP de Paris. Afin de rester sous la barre des 2 °C, chaque Etat a dû remettre ses contributions nationales, c’est-à-dire ses engagements pour rester en dessous de 2 °C. "Or, on sait que les contributions nationales de chaque Etat prises à Paris, en 2015, en termes d’engagements sont complètement insuffisantes. Ils savent qu’ils vont devoir revoir ces contributions à la hausse, mais personne ne l’a encore fait formellement. La COP25 à Madrid, c’est, entre guillemets, la répétition générale avant 2020", explique Juliette Boulet.

Car, si les citoyens se mobilisent davantage pour le climat, s’ils sont plus respectueux de l’environnement, le politique doit encore faire sa part, pour éviter de voir la terre se réchauffer de 3 degrés supplémentaires.

Archives : Journal télévisé du 16/12/2018

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK