Contre le réchauffement climatique, faut-il taxer la viande?

C’est un sujet, qui crée de vifs débats en France. Alors que de nombreux citoyens se plaignent de la hausse des prix des carburants, d’autres proposent une piste de solution pour le moins… originale. Partant du principe que le secteur de la production de viande est bien plus polluant que le secteur des transports, ils proposent de taxer la consommation de viande. Piste crédible ? Deux expertes belges débattent.

Avant la taxe, le contexte

Le secteur de la viande est-il vraiment si problématique en termes de réchauffement climatique ? Pour Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace Belgique, cela ne fait aucun doute. L'utilisation des terres, la déforestation pour l'agriculture intensive, l'importation des protéines de soja utilisées pour l’alimentation des bêtes, ... tout cela est néfaste pour l'environnement.

Selon les chiffres de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, la production de viande serait même responsable de 14.5% des émissions de gaz à effet de serre. Un chiffre interpellant qui suggère que pour lutter contre le réchauffement climatique, il faudrait aussi s'attaquer au secteur de la viande. 

Mais si Marie-Laurence Semaille, conseillère à la Fédération wallonne de l'agriculture, ne conteste pas les chiffres mondiaux, elle apporte cependant de la nuance.

En Wallonie, l’herbe serait plus verte qu’ailleurs. "On n’élève pas les animaux de la même façon partout" dit-elle au micro de Soir première. La contribution de la Wallonie tournerait elle, aux alentours des 6% des émissions des gaz à effet de serre pour l’élevage.

15 000 litres d’eau nécessaires à la production d’un kilo de viande de bœuf ?  Ce ne serait pas non plus le cas selon Marie-Laurence Semaille "une bête adulte boit 50 litres par jour ! On considère donc que pour un kilo de viande on est plutôt autour des 100 litres que des 15 000 litres" dit-elle.   

La Wallonie, plus vertueuse en matière de production animale ?

"Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même seau" reconnaît la porte-parole de Greenpeace, mais il ne faut pas se voiler la face pour autant : l’agriculture intensive, argumente-t-elle, nécessite énormément d’eau, mais elle est aussi génératrice d’une pollution des eaux. "Il faut considérer les enjeux de production et de consommation de viande comme étant des enjeux globaux, environnementaux, liés au réchauffement de la planète, mais aussi à la protection de notre environnement, bien nécessaire" ajoute Juliette Boulet. 

Comme bien souvent, tout dépend de la manière avec laquelle on regarde les chiffres.

Concernant les 15 % des émissions de gaz à effet de serre qui seraient liés à la production de viande, elle nuance également : "Nous sommes effectivement aux alentours des 7% en termes d’émission directe. Mais il faut également prendre en compte les émissions indirectes pour être complets (notamment les émissions liées à la nourriture du bétail). Et il se trouve que la production animale en Belgique est dépendante à 50% de protéines importées. On ne peut pas ignorer ce genre d’éléments".  

L’agriculture comme solution

Ce qui agace particulièrement la conseillère de la Fédération wallonne de l'agriculture, c’est que dans les analyses internationales "on travaille toujours à charge de l’agriculture". Alors que selon elle, et contrairement à d’autres secteurs auxquelles elle est souvent comparée, l’agriculture fait aussi partie de la solution à la problématique climatique.  "Les herbivores contribuent au maintien de la biodiversité. Le fait de maintenir des prairies entraîne toute une série d’éléments positifs par rapport à nos paysages, à la diversité de la faune et de la flore. Une prairie peut fixer jusqu’à une tonne six de Carbone par an si elle est pâturée" affirme-t-elle.

 

L’agriculture, l’élevage, peut aussi être une opportunité de lutter tous ensemble contre le réchauffement climatique  

Au-delà du chiffre d’1,6 tonne qui serait à prendre avec des pincettes selon Juliette Boulet, elle abonde cependant dans le sens de Marie-Laurence Semaille sur ce point : il est nécessaire, et important, de maintenir des prairies, de renforcer l’autonomie fourragère. Mais attention dit-elle, car toutes les fermes en Belgique ne sont pas dans cette démarche. Et aujourd'hui, la porte-parole de Greenpeace estime que les techniques agricoles utilisées ne contribuent pas à préserver les espaces forestiers et de prairies qui sont nécessaires pour protéger le climat et la biodiversité. 

Cette taxe sur la viande alors, oui ou non ?

Pour nos deux expertes, c’est non.  Le Belge consomme deux fois trop de viande, et s’il faut l’encourager à diminuer sa consommation et à faire attention à la qualité des produits qu’il achète, cela ne doit pas passer par une taxe.  

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