Upskirting: "Le problème des photos prises sous les jupes des femmes existe aussi en Belgique"

Le débat fait rage en Angleterre: une loi devrait punir de deux ans de prison une personne qui prend une photo sous la jupe d’une femme sans son consentement, ce qu’on appelle le upskirting. Un député conservateur s’est opposé à la proposition de loi reportant ainsi son vote.

Contrairement à l’Angleterre, en Belgique, cette pratique est déjà punie par la loi. La question ne se pose donc pas. Même si dans les faits peu de femmes portent plainte.

Pourtant, le phénomène existe bel et bien, explique Lætitia Genin, coordinatrice chez Vie féminine : "Nous avons fait une enquête sur les cas de sexisme en rue. Elle a montré que le problème des photos prises sous les vêtements des femmes existait aussi en Belgique. Il y a deux situations dans lesquelles cela arrive. Dans les transports en commun, le tram, le bus ou le métro... les femmes sont souvent dans une position d’attente, debout, et c’est là que l’agression a lieu. L’autre situation dénoncée a lieu dans les salles de sport, lorsque la femme se dénude pour revêtir son vêtement de sport. C'est donc particulièrement violent et interpellant."

Des plaintes encore rares en Belgique

En Belgique, la nouvelle loi sur le sexisme dans l’espace public, votée en 2014, puni ce genre de comportements jusqu'à un an de prison. Depuis l’existence de cette loi, plusieurs plaintes ont déjà été enregistrées.

"Depuis 2016, nous enregistrons une vingtaine de plaintes chaque année pour ces faits de voyeurisme qui entre dans le cadre de la loi, déclare Olivier Slosse, porte-parole de la zone de police Bruxelles-Ixelles. C’est important que les victimes portent plainte. Pour elle, cela objective le fait qu’elles sont bien victimes d’un acte illégal et c’est aussi important pour nous, parce qu’il y a sous enregistrement de ces faits ; et cela permet aussi d’attirer notre attention sur cela, sur le terrain."

Le policier encourage donc les femmes à porter plainte, tout comme les associations de terrain. Même si celles-ci nuancent. Pour Lætitia Genin de Vie féminine, si la loi est positive, il n’est pas si facile de dénoncer ces cas d’agression : "Le problème majeur, ce sont les conditions pour déposer plainte. Et notamment le fait qu’il faut une preuve de l’agression, ce qui n’est pas toujours simple. Mais ce n’est pas impossible, un témoin des faits constitue déjà une preuve. C’est donc essentiel que les femmes portent plainte car c’est bien une agression sexuelle."

Un phénomène impuni dans plusieurs pays 

La Belgique punit donc le upskirting. Plusieurs personnes ont d'ailleurs déjà été condamnées pour cela. Mais ce n’est pas le cas dans tous les pays. En Angleterre, le débat a été lancé par une jeune fille qui a vécu l’expérience. Gina Martin avait été photographiée lors d’un festival, mais lorsqu’elle a voulu déposer plainte, elle s’est rendu compte que cette agression n’entrait dans aucun cadre juridique.

En 2017, une affaire similaire a également fait du bruit au Grand-Duché de Luxembourg, où un homme sévissait depuis plusieurs années dans les transports en commun. L’affaire a été classée sans suite, la justice estimant que cela ne relève pas "de l’attentat à la pudeur, de l’outrage au bonne mœurs ou d’atteintes a la vie privée." La loi sur la vie privée condamne une personne qui en observe une autre se trouvant dans un lieu non accessible au public… donc pas les transports en commun, comme c’était le cas ici. Cette interprétation stricte de la loi a provoqué une levée de bouclier et lancé le débat sur l’opportunité de légiférer sur ce problème inacceptable.

Notons que ce phénomène est également connu en Corée du Sud où cette photo a été prise :

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